Oeuvres
On possède malheureusement peu de docu* ments relatifs à la vie de Mathurîn Régnier, et les nombreuses recherches faites depuis quelques années surlesXVPet XVIP siècles n'ont apporté aucun renseignement nouveau sur ce poète, qui occupe cependant un des premiers rangs dans notre littérature. Un hasard heureux m'a plus favorablement traité en me faisant connaître un certain nombre de pièces inédites de cet écrivain si éminemment français, et qui donnant quelques détails sur son existence. En cherchant des vers de M"* de Rohan dans le manuscrit coté 4725 du supplément français, à la Bibliothèque impériale, je lus en tête de la page 45 : c< Plusieurs vers estant de suitte du « sieur Régnier, de diférentes années, qui « n'ont esté imprimés dans ses œuvres, et « trouvés après sa mort. » Suivent quinze pages in-folio où ces poésies sont transcrites par la même main, sur deux colonnes, avec les ti-
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très que je reproduirai scrupuleusement, et une date pour chacune.
Je me suis reporté à toutes les éditions des œuvres de ce poëte tant aimé d'Alfred de Musset, et j'ai pu acquérir la conviction que ces vers ne figuraient nulle part, non plus que dans les recueils du XVIP siècle où des pièces de Régnier ont été imprimées assez souvent. Je n'ai pas omis le Cabinet satirique^ et j'y ai retrouvé deux des pièces transcrites dans le manuscrit précité : l'une est la relation du combat de Régnier et de Rerthelot, l'autre une petite boutade badine en l'honneur de Lisette. Ces deux pièces donnent donc une authenticité incontestable à ces poésies jusqu'ici inconnues, et m'ont complètement rassuré à l'égard de ma trouvaille. Ces vers forment trente et une pièces d'inégale longueur, et quelques-unes ne sont pas indignes de Mathurin Régnier : les principales le font voir sous un aspect tout nouveau, sous celui d'un causeur rimant, laissant libre carrière dans sesbadineries avecl'évéque de Char- Ires, Philippe Hurault de Chiverny, à sa trèshumouristique humeur.
Il me reste à dire deux mots du manuscrit en question. C'est un gros registre in-folio de 4O0 pages environ, relié en parchemin , et qui n'a été écrit que par deux mains différentes. H renferme un très-grand nombre de -pièces de
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divers auteurs, la plupart malheureusement anonymes, mais toujours soigneusement datées. Le recueil commence par des pièces de Ronsard de 1536, 1545 et 1574; on y trouve les paroles de nombreux ballets, des vers satiriques très-libres, des morceaux d'actualité; puis, à partir du folio 200, surtout des pièces rimées contre Mazarin et relatives aux événements de l'époque : la dernière est de 16^, mais il faut certainement faire remonter aux premiers jours du XVII* siècle le commencement de ce manuscrit.
J'ai dit comment les vers de Régnier y sont placés et intitulés : dans ces trente et une pièces, on trouve une satire, quatorze lettres rimées que j'ai jointes aux épîtres, trois sonnets, neuf morceaux divers , un religieux et trois licencieux. De plus, j'ai extrait du Cabinet satirique la satire sur YEslongnement de la coui% qui était demeurée comme inconnue jusqu'à ce jour.
Cette nouvelle édition sera donc la plus complète qui ait été donnée des œuvres du grand poète chartrain, jusqu'à ce qu'un chercheur plus heureux ait retrouvé encore de nouveaux vers. J'ai consulté toutes les éditions antérieures, en ayant soin de rendre le texte de celle-ci complètement conforme à celui de l'édition de 1608. Je me suis servi des notes de Brossette et de Lenglet-Dufresnoy, mais en retranchant