‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 101 sur 252 · Pour si piquante, si vive · texte numérisé non relu

Pour si piquante, si vive

2. Réguler fait trop d'honneur à la fortune et k la table de son oncle I)esportes. Il jouissait en effet d'une belle fortune et paraît avoir toujours songé très-prosaïquement k cet égard. Outre son patrimoine, il avait les abbayes de Tiron,de Bonport, de Yaux-de- Gernay, et un canonicat de la Sainte-Chapelle. Balzac a dit de lai que « le loisir de dix mille escus que s'est fait Desportes par ses vers est un écueil contre lequel les espérances de dix mille poètes se sont brisées*. »

3. Desportes avait traduit en vers français les psaumes de David, qui furent imprimés chez Langelier, en 1604, et mis en musique k plusieurs parties par Denys Caignet, musicien de M. de Villeroy. La musique fut imprimée chez Pierre Ballard, en 1607.

4. La question qui fut agitée au concile de Trente, si l'on permettrait aux prêtres de se marier, avait sans doute donné lieu à ce conte.

$. Martial, liv. II, épigr. 64. « Gorrumpit sine talione co^lebs.»

Le jugement si clair, qu'ils facent un ouvrage Riche d'inventions, de sens et de langage, Que nous puissions draper comme ils font nos escrits, Et voir, comme Ton dit, s'ils sont si bien apris : Qu'ils monstrent de leur eau, qu'ils entrent en carrière. Leur âge deffaudra plus tost que la matière.

Nous sommes en un siècle où le prince est si grand, Que tout le monde entier à peine le comprend. Qu'ils facent, par leurs vers , rougir chacun de honte : Et comme de valeur nostre prince surmonte Hercule, iEnée *, Achil', qu'ils ostent les lauriers Aux vieux, comme le roy l'a fait aux vieux guerriers. Qu'ils composent une œuvre; on verra si leur livre Après mille et mille ans sera digne de vivre , Surmontant par vertu l'envie et le destin , Comme celuy d'Homère et du chantre latin. -

Mais, Rapin, mon amy, c'est la vieille querelle: L'homme le plus parfaict a manque dé cervelle*; Et de ce grand deffaut vient l'imbécillité.

Qui rend l'homme hautain, insolent, effronté; Et, selon le subject qu'à l'œil il se propose. Suivant son appétit il juge toute chose.

Aussi , selon nos yeux, le soleil est luysant. Moy-mesme, en ce discours qui fais le suffisant. Je me cognoy frappé, sans le pouvoir comprendre. Et de mon ver-coquin * je ne me puis deffendre.

Sans juger nous jugeons ; estant nostre raison

1. Première édition, £née. Celles de 1612, 1613, et autres, jEléCy qui ne signifie rien. Édition de 1642 et suivantes, Hercule^ Mnée, Hector.

2. On lit ainsi dans la première édition, tandis que dans la plu> part des autres on a mis : a manqué de cervelle.

3. De mon caprice. C'est ce que Clément Marot appelle son Aver- Un, sur la fin de son épître xlui.

108 SATYRE n.

Là-haut dedans la teste, où, selon la saison

Qui règne en nostre liumeur, les bronillars* nous embrouillent.

Et de lièvres cornus * le cerveau nous barbouillent.

Philosophes resveurs, discourez hautement s Sans boug«r de 1» terre , allez au firmament; Faites que tout le ciel branle à vostre cadence , Et pesez vos discours mesme dans sa balance ; Cognoissez les humeurs qu'il verse dessus nous, Ce qui se fait dessus, ce qui se fait dessous; Portez une lanterne aux cachots de nature; Sçachez qui donne aux fleurs ceste aimable peinture ^ ; Quelle main sur la terre en broyé la couleur. Leurs secrettes vertus, leur degrez de chaleur; Voyez germer à Tœil les semences du monde ; Allez mettre couver les poissons dedans Tonde * ; Deschiffrez l^s secrets de nature et des deux : Vostre raison vous trompe , aussi bien que vos yeux.

Or, ignorant de tout, de tout je me veux rire ; Faire de mon humeur moy-mesme une satyre ; N'estimer rien de vray, qu*au goust il ne soit tel ;

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