SUR UNE VIEILLE M
Esprit errant, ame idolastre, Corps vérole couvert d'emplastre , Aveuglé d'un lascif bandeau ; Grande nymphe à la barlequine, Qui s'est brisé toute Teschine Dessus le pavé du bordeau ;
Dy-moy pourquoy, vieille maudite, Des rufiens la calamité, As-tu si-tost quitté Tenfer?
Vieille , à nos maux si préparée , Tu nous ravis Tage dorée , Nous ramenant celle de fer.
Retourne donc , ame sorcière , Des enfers estre la portière ; Pars et t'en-va, sans nul délay, Suivre ta noire destinée , Te sauvant par la cheminée , Sur ton espaule un vieux balay.
Je veux que par tout on t'appelle Louve, chienne, et ourse cruelle, Tant deçà que delà les monts ; Je veux de plus qu'on y ajoute :
1. Cette pièce ne fut publiée qu'après la mort de Régnier, en 161 6 , dans le Cabinet satyrique.
Voil^ le grand diable qui joute Contre Tenfer et les démons.
Je veux qu'on crie emmy la rue ; Peuple, gardez-vous de la grue Qui destruit tous les esguilloiis , Demandant si c'est aventure, Ou bien un effect de nature , Que d'accoucher des ardillons.
De cent clous elle fut formée ; Et puis, pour en estre animée , On la frotta de vif-argent :
Le fer fut première matière ; Mais meilleure en fut la dernière , Qui fit son c... si diligent.
Depuis, honorant son lignage, Elle fit voir un beau ménage D'ordure et d'impudicitez ; Et puis, par Texcez de ses flameâ.
Elle a produit filles et femmes Au champ de ses lubricitez.
De moy tu n'auras paix ny tresve Que je ne t'aye veue en Gresve La peau passée en maroquin , Les os brisez, la chair meurtrie , Preste à porter à la voirie.
Et mise au fond d'un mannequin.
Tu mérites bien davantage , Serpent dont le maudit langage Nous perd un autre paradis :
Car tu changes le diable en ange ,
Nostre vie en la mort tu change, Croyant cela que tu nous dis.
Ha dieux ! que je te verray souple , Lors que le bourreau couple à couple
Ensemble pendra tes p. !
Car alors tu diras au monde Que malheureux est qui se fonde Dessus Tespoir de ses desseins.
Vieille sans dent, grande hallebarde, Vieux baril à mettre moutarde.
Grand morion, vieux pot cassé , Plaque de lict, corne à lanterne , Manche de lut, corps de guiterne *, Que n'es-tu desjà in page!
Vous tous qui, malins de nature.
En desirez voir la peinture, Âllez-vous-en chez le bourreau :
Car, s'il n'est touché d'inconstance, 11 la fait voir à la potence, Ou dans la salle du bordeau.