Jurement vulgaire usité dans quelques provinces du Midi
le grand homme que Virale !
II me souvient de Tévangile
Que le prestre a dit aujourd'huy.
Mais vous prenez beaucoup d'ennuy.
Ma servante est un peu tardive ;
Si faut-il vrayment qu'elle arrive
Dans un bon quart-d'heure d'icy :
Elle me sert tousjours ainsy.
En attendant prenez un siège.
Vos escarpins n'ont point de liège !
Vostre collet fait un beau tour !
 la guerre de Montcontour
On ne portoit point de rotonde.
Vous ne voulez pas qu'on vous tonde?
Les choses longs sont de saison.
Je fus autrefois de maison,
Docte , bien parlante et habile ,
Autant que fille de la ville :
Je me faisois bien décroter ;
Et nul ne m'entendoit peter
Que ce ne fust dedans ma chambre.
J'avois tousjours un collier d'ambre.
Des gands neufs, des souliers noircis :
J'eusse peu captiver Narcis.
Mais , hèlas ! estant ainsi belle ,
Je ne fus pas long-temps pucelle.
Un chevalier d'autorité
Acheta ma virginité ;
Et depuis , avecq' une drogue,
Ma mère, qui faisoit la rogue
Quand on me parloit de cela,
En trois jours me renpucela.
J'estois faite à son badinage.
AprèS) pour servir au ménage,
Un prélat me voulut avoir :
Son argent me mit en devoir De le servir et de luy plaire :
Toute peine requiert salaire.
Puis après , voyant en effet Mon pucelage tout refait , Ma mère, en son mestier sçavante , Me mit une autre fois en vente ; Si bien qu'un jeune trésorier Fut le troisième aventurier Qui fit bouillir nostre marmite.
J'appris autrefois dHin hermite, Tenu pour un sçavant parleur, Qu'on peut desrober un voleur Sans se eharger la conscience.
Dieu m'a donné ceste science.
Cet homme, aussi riche que laid , Me fit espouser son valet, Un bon sot qui se nommoit Biaise.
Je ne fus oncq' tant à mon aise Qu'à l'heure que ce gros manant Ailoit les restes butinant.
Non pas seulement de son maistre, Mais du chevalier et du prestre.
De ce costé j'eus mille francs ; Et j'avois jà, depuis deux ans, Âvecq' ma petite pratique.
Gagné de quoy lever boutique De cabaret à Montléry, Où nasquit mon pauvre mary.
Hélas ! que c'estoit un bon homme!
11 avoit esté jusqu'à Rome ; Il chantoit comme un rossignol ; Il sçavoit parler espagnol.
382 l»OÉSIES DIVERSES.
Il ne rccevoit point d'escornes,
Car il ne portoit pas les cornes
Depuis qu'avecques luy Je fus.
11 aYoit les membres touffus :
Le poil est un signe de force ,
Et ce signe a beaucoup d'amorce
Parmy les femmes du mestier.
11 estoit bon arbalestier :
Sa cuisse estoit de belle marge ;
Il avoit Tespaule bien large;
Il estoit ferme de roignons ,
Non comme ces petits mignons
Qui font la saincte Nitouche ;
Aussi-tost que leur doigt vous touche,
Ils n'osent pousser qu'à demy :
Celuy-là poussoit en amy,
Et n 'avoit ny muscle ïiy veine
Qui ne poussast sans prendre haleine ;
Mais tant et tant il a poussé.
Qu'en poussant il est trespassé.
Soudain que son corps fut en terré,
L'enfant Amour me fit la guerre ;
De façon que, pour mon amant,
Je pris un basteleur Normant ,
Lequel me donna la vérole ;
Puis luy prestay, sur sa parole.
Avant que je cognusse rien
A son mal, presque tout mon bien.
Maintenant nul de moy n'a cure :
Je fleschis aux lois de nature ,
Je suis aussi sèche qu'un os ;
Je ferois peur aux huguenots
En me voyant ainsi ridée ,
Sans dents, et la gorge bHdée,
S'ils ne raettoient nos visions Au rang de leurs dérisions.
Je suis vendeuse de chandelles :
Il ne s'en voit point de fidelles En leur estât, comme je suis ; Je cognois bien ce que je puis.
Je ne puis aymer la jeunesse Qui veut avoir trop de finesse ; Car les plus fines de la cour Ne me caelient point leur amour.
Telle va souvent à Téglise^ De qui je cognois la feintise ; Telle qui veut son fait nier Dit que c'est pour communier ; Mais la chose m'est indiquée :
C'est pour estre communiquée A ses amys par mon moyen , Comme Héleine fit au Troyen. »
Quand la vieille, sans nulle honte, M'eut achevé son petit conte.
Un commissaire illec passa.
Un sergent la porte poussa.
Sans attendre la chambrière , Je sortis par l'huis de derrière, Et m'en allay chez le voisin, Moitié figue, moitié raisin % N'ayant ni tristesse ny joye De n'avoir point trouvé la proye.
I . c< Les Vénitiens faisoient autrefois le commerce de raisin de Corinthe, qui estoitrare et cher. Ceux du pays où ils le prenoient, voulant gagner davantage, s'avisèrent de mesler des figues parmy le raisin de Corinlhe. Cette fraude donna lieu au proverbe , qui veut dire : Moitié bon , moitié mauvais. » (Mss. de Gaignières , Prover^ ^tsf^ançoiêy tome I.)
STANCES