‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 65 sur 252 · Imberbis juTenis , tandem custode remoto · texte numérisé non relu

Imberbis juTenis , tandem custode remoto

Gaudet equts canibusque, et aprici gramine campi ; Gereus in Tilium flecli , monitoribus asper, Utilinm tardus provisor, prodigus œris , Sublimis, cupidusque, etamata relinquere pernix.

(HoR., Art poét.)

*, Desdagne est ici au lieu de dédaigncy pour rimer avec campêgne : c'est la leçon de l'édition de 1608; dans la plupart des autres éditions, on lit : desdaigne.

L'âge au soin se tournant, homme fait, il acquiert* Des biens et des amis, si le temps le requiert ; Il masque ses discours comme sur un théâtre ; Subtil, ambitieux, l'honneur il idolâtre :

Son esprit avisé prévient le repentir. Et se garde d'un lieu difficile à sortir.

Maints fascheux accidents surprennent sa vieillesse * : Soit qu'avecq' du soucy gaignant de la richesse. Il s'en deffend l'usage, et craint de s'en servir. Que tant plus il en a, moins s'en peut assouvir : Ou soit qu'avecq' froideur il face toute chose, Imbécille, douteux, qui voudroit et qui n'ose, Dilayant, qui tousjours a l'œil sur l'avenir; De léger il n'espère, et croit au souvenir :

11 parle de son temps ; difficile et sévère.

Censurant la jeunesse, use des droicts de père ; 11 corrige, il reprend, hargneux en ses façons, Et veut que tous ses mots soient autant de leçons. Voilà doncq' de par Dieu, comme tourne la vie. Ainsi diversement aux humeurs asservie, Que chasque âge despart à chaque homme en vivant, De son tempéramment la qualité suivant.

Et moi qui, jeune encor', en mes plaisirs m'esgaye,

i . GonTersis stadiis , «las animusque tMIîs Qaarit opes et amicilias , inserTit honori ; Commisisse ca^et quod mox mutare laboret.

(HOR., Af/poé?/.)

3. Matta senêm circumTeniimt incommoda : Tel quod QaaBrit , et ioTentis miser abslinet, ac timet uti ; Vel quod res omnes timide gelideque ministrat , Dilater, spelongns, iners, aTidusque futuri ; Difflcilis , querulus , laudator temporis acti Se puero , censor castigatorque minorum.

(H0R.,/Wrf.)

Il faudra que je change ; et, malgré que j'en aye, Plus soigneux devenu, plus froid et plus rassis, Que mes jeunes pensers cèdent aux vieux soucis; Que j'en paye Tescot, remply jusqu'à la gorge. Et que j'en rende un jour les armes à sainct George '.

Mais de ces discoureurs il ne s'en trouve point, Ou pour le moins bien peu, qui cognoissent ce poiut. Effrontez, ignorants, n'ayant rien de solide. Leur esprit prend l'essor où leur langue le guide; Sans voir le fond du sac ils prononcent l'arrest. Et rangent leurs discours au point de l'intérest. Pour exemple parfaite ils n'ont que l'apparence : Et c'est ce qui nous porte à ccste indifférence. Qu'ensemble l'on confond le vice et la vertu. Et qu'on l'estime moins qu'on n'estime un festu.

Aussi qu'importe-tril de mal ou de bien faire. Si de nos actions un juge volontaire Selon ses appétits les décide, et les rend Dignes de récompense ou d'un supplice grand; Si tousjours nos amis en bon sens les expliquent, Et si tout au rebours nos haineux nous en picquent? Chacun selon son goust s'obstine en son party, Qui fait qu'il n'est plus rien qui ne soit perverty. La vertu n'est vertu; l'envie la desguise.

Et de bouche, sans plus, le vulgaire la prise. Au lieu du jugement régnent les passions.

Et donne Tintérest le prix aux actions.

Ainsi ce vieux resveur qui naguères à Rome Gouvernoit un enfant, et faisoit le prend 'homme, Contrecarroil Caton, critique en ses discours. Qui tous>urs rechignoit, et reprenoit tousjours ; Après que cet enfant s'est fait plus grand par l'âge,

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