‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 99 sur 252 · Ou une voyelle · texte numérisé non relu

Ou une voyelle

Gardez qu'une voyelle , à oourir trop hAtée , Ne soH d'une voyelle en son chemin heurtée ,

ditBoileau dans son Art poétique ^ chant i, vers 107. C'est à quoi les anciens portes français ne prenaient pas garde avant Malherbe. On a remarqué que Malherbe a évité soigneusement les hiatus dans ses poésies. On n'y en trouve qu'un seul, qui est dans la iV^ strophe de son poème intitulé Us Larmes de saint Pierre , qu'il avait composé dans sa jeunesse :

Je demeure en duiger que l'âme , qui est née Pour ne mourir jamais, meure éternellement.

On verra dans les vers inédits que je joins à cette édition combien Régnier se souciait peu d'éviter les hiatus.

Prendre garde qu'un qui , etc. Ce vers est ainsi dans la première édition faite en 1608; dans les éditions suivantes, prendre garde que uuy qui heurte, etc. Ce vers fut rétabli dès l'édition de 1642.

2. AUusion à une autre règle de Malherbe, qui est que, quand, à la fin d'un mot, Ve muet ou féminin est précédé d'une autre voyelle, U doit être élidé avec une autre voyelle au commencement du mot suivant, parce que cet e muet, ne se faisant presque point sentir dans la prononciation, ne peut tenir lieu d'une syUabe entière. Régnier seul de s'est jamais voulu assujettir k cette règle.

Froids à Thnaginer : car s'ils fontquelqae chose, C'est proser de la rime, et rimer de la prose, ûue Tart lime et relime, et polit de façon Qu'elle rend à l'oreille un agréable son \; Et voyant qu'un beau feu leur cervelle n'embrase, Ils attifent leurs mots , enjolivent leur phrase % Affectent leur discours tout si relevé d'art ^, Et peignent leurs défaux de couleur et de fard. Aussi je les compare à ces femmes jolies Qui par les affiquets se rendent embellies , Qui, gentes en habits , et sades en façons *, Parmy leur point coupé tendent leurs hameçons; Dont Tœil rit mollement avecque afféterie,

1. Édition de 1608, ils atUfetU leurg mots, ageoltivent leur frase. Dans la plupart des éditions suivantes, on lit : Us atUsent.

3. Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, PolUsei-le 8ftB9 cesse el le repolissez.

(BoiLEAU, Art poétique.)

3. Édition de i64t et Suivantes ; Affectent des discours q%Hs relèvent par arti

4. Dans la première édition de 1608, on lit sade^ qui a la même signification que gentes, c'est-à-dire gentilles, selon Borel, Antiquités gauloises, Nicot, etc. Dans les éditions suivantes, on sunis fades, qui signifie tout le contraire. L'édition de 1642 et celles qui suivent portent doucettes en façons. Dans le Reman de la Rose, on trouve sttde dans la signification de sapidus, savoureux :

AvocftU et phisleiens Sont tons liez de tels liens , Taot ont le gain et doux et sade.

Qu'ils vondroyent pour ua malade Qu'il y en eost plus de cinquante.

Clément Marot emploie le mot sades d^ns sa véritable signification, c'est-à-dire pour mignonnes, jolies, gentilles.

Et de qui le parler n>st rien que flaterie ; De rubans piolez * s'agencent proprement , Et toute leur beauté ne gist qu'en i 'ornement; Leur visage reluit de céruse et de peautre * ; Propres en leur coiffure, un poil ne passe l'autre.

Où ', ces divins esprits , hautains et relevez , Qui des eaux d'Hélicon ont les sens abreuvez; De verve et de fureur leur ouvrage estincelle , De leurs vers tout divins la grâce est naturelle, Et sont, comme l'on voit, la parfaicte beauté. Qui , contente de soy, laisse la nouveauté Que l'art trouve au palais, ou dans le blanc d'Espagne*. Rien que le naturel sa grâce n'accompagne :

Son front, lavé d'ean claire, esclate d'un beau teint ; De roses et de lys Sa nature la peint; Et, laissant là Mercure et toutes ses malices. Les nonchalances sont ses plus grands artiiees.

Or, Rapin, quant à moy, je n'ay point tant d'esprit** : Je vay le grand chemin que mon onele m'aprH, Laissant là ces docteurs , que les muses instruisent En de§ arts ^ tout nouveaux : et s 'ils font, comme ils disent, De ses fautes un livre aussi gros que le sien %

i . Moitié d'anc couleur , moitié d*une autre , comme une pie. Borel, Antiquités gauloises. Ce terme est employé dans le Boman de la ilMC, vers 9:^3 ; 18,895; et 19,398.

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