‹ ŒuvresChapitre 29 sur 84 · CONTRE VN AMOVREVX · texte numérisé non relu

CONTRE VN AMOVREVX

TRANSÏ.

POURQUOY perde % vous la parole Aussi tost que vous rencontre^ Celle que vous idolâtre^?

Devenant vous mesme une idole.

Vous estes là sans dire mot, Et nefaictes rien que le sot.

Par la voix Amour vous suffoque; Si vos souspirs vont au devant, Autant en emporte le vent, Et vostre Déesse s'en mocque, Vous jugeant de mesme imparfaict De la parole et de l'effect.

Pense% vous la rendre abatue, Sans vostre faict luy déceler?

Faire les doux yeux sans parler, C est faire V Amour en tortue.

La belle faict bien de garder Ce qui vaut bien le demander.

STANSES. 187

Vouleç vous, en la violence De vostre longue affection, Monstrer une discrétion?

Si on la voit par le silence, Un tableau d'Amoureux transi Le peut bien faire tout ainsi.

Souffrir mille et mille traverses, N'en dire mot, prétendre moins, Donner ses tourmens pour tesmoins De toutes ses peines diverses , Des coups riestre point abbatu, C'est d'un asne avoir la vertu.

QVATRAINS.

SI des maux qui vous font la guerre Vous voulezf guérir désormais.

Il faut aller en Angleterre, Où les loups ne viennent jamais.

Je riay peu rien voir qui me plaise Dedans les Psalmes de Marot ; Mais f ay me bien ceux là de Beçe, En les chantant sans dire mot.

Je croy que vous ave^faict vœu Uaymer et parent et parente ; Mais, puis que vous ayrne^ la Tante, Espargne^ au moins le nepveu.

QVATRAINS.

Le Dieu d'Amour se devoit peindre Aussy grand comme un autre Dieu, N'estoit quil luy suffit d'atteindre Jusqu'à la pièce du milieu.

Ceste femme à couleur de bois En tout temps peut faire potage :

Car dans sa manche elV a des poix, Et du heure sur son visage.

DISCOVRS

L estoit presque jour, et le Ciel sousriant Blanchissoit de clairté les peuples d'Orient; L'aurore aux cheveux d'or, au visage de roses, Desja comme à demy descouvroit toutes choses, Et les oy seaux, perche^ en leur fueilleux séjour, Commençoient, s'esveillant, à se plaindre d'amour, Quand je vis en sursaut une teste effroyable, Chose estrange à conter, toutesfois véritable, Qui, plus qu'un Hydre affreuse à sept gueules meuglant, Avoit les dents d'acier, l'œil horrible et sanglant, Et pressoit à pas torts une Nimphe fuyante, Qui, réduite aux abois, plus morte que vivante, Haletante de peine en son dernier recours, Du grand Mars des François imploroit le secours,

DISCOVRS AV ROY.

Embr assoit ses genoux, et, Vapellant aux armes, N'avoit autre discours que celuy de ses larmes.

Ceste Nimphe estoit d'âge, et ses cheveux mesleq Flottoient au gré du vent, sur son dos avale % ; Sa robe estoit d'azur, où cent fameuses villes Eslevoient leurs clochers sur des plaines fertiles Que Neptune arrousoit de cent fleuves espars, Qui dispersoient le vivre aux gens de toutes pars; Les villages espais fourmilloient par la plaine, De peuple et de bestail la campagne estoit pleine, Qui s employoient aux ars, mesloient diversement La fertile abondance avecque i ornement : Tout y reluisoit d'or, et sur la broderie Esclatoit le brillant de mainte pierrerie.

La mer aux deux costeq cest ouvrage bordoit; L'Alpe de la main gauche en biais s'espandoit Du Rhe in jusqu'en Provence, et le mont qui partage D'avecque l'Espagnol le François héritage, De VAucate à Bayonne en cornes se haussant, Monstroit son front pointu de neiges blanchissant.

Le tout estoit formé d'une telle manière Que l'art ingénieux excedoit la matière; Sa taille estoit Auguste, et son chef couronné De cent fleurs de lys d'or estoit environné.

Ce grand Prince, voyant le soucy qui la grève, Touché de pieté, la prend et la relevé, Et, de feux estouffant ce funeste animal, La délivra de peur aussi tost que de mal;

IQ2 D1SC0VRS

En purgeant le venim dont elle estoit si pleine, Rendit en un instant la Nimphe toute saine.

Ce Prince, ainsi qu'un Mars en armes glorieux, De palmes ombrageoit son chef victorieux, Et sembloit, de ses mains au combat animées, Comme foudre jetter la peur dans les armées. Ses exploicts achevé^ en ses armes vivoient. Là les champs de Poictou d'une part s'eslevoient, Qui superbes sembloient s'honorer en la gloire D'avoir premiers chanté sa première victoire.

Dieppe, de Vautre part, sur la mer s'alongeoit, Où par force il rompoit le camp qui l'assiegeoit, Et, poussant plus avant ses troupes espanchées, Le matin en chemise il surprit les trenchées. Là Paris, délivré de l'Espagnole main, Se deschar geoit le col de son joug inhumain. La campagne d'Ivry, sur le flanc ciselée, Favorisoit son Prince au fort de la meslée, Et de tant de Ligueurs par sa dextre vaincus Au Dieu de la bataille appendoit les escus.

Plus haut estoit Vendosme, et Chartres, et Pontoise, Et l'Espagnol desfait à Fontaine Françoise, Où la valeur dufoible, emportant le plus fort, Fist voir que la vertu ne craint aucun effort.

Plus bas, dessus le ventre, au naif contrefaite, Estoit près d'Amiens la honteuse retraite Du puissant Archiduc, qui, craignant son pouvoir, Creut que c'estoit en guerre assesç que de le voir.

AV ROY. itg3

Deçà delà luitoit mainte trouppe rengée, Mainte grande cité gemissoit assiégée, Où, si tost que le fer s'en rendoit possesseur, Aux rebelles vaincus il usoit de douceur, Vertu rare au vainqueur, dont le courage extresme N'a gloire en la fureur que se vaincre soy-mesme. Le chesne et le laurier cest ouvrage ombrageoit, OU le peuple dévot sous ses loix se rengeoit, Et de vœu^ et d'encens au Ciel faisait prière De conserver son Prince en sa vigueur entière.

Maint puissant ennemy domté par sa vertu Languissoit dans les fers, sous ses pieds abatu, Tout semblable à V envie, à qui Vestrange rage De Vheur de son voisin enfielle le courage; Hideuse, ba^année et chaude de rancœur, Qiii ronge ses poulmons et se masche le cœur.

Apres quelque prière en son cœur prononcée, La Nimphe en le quittant au Ciel s'est eslancée; Et son corps, dedans Pair demeurant suspendu, Ainsi comme un Milan sur ses aisles tendu, S'arreste en une place, où, changeant de visage, Un bruslant aiguillon luy picque le courage ; Son regard estincelle, et son cerveau tremblant Ainsi comme son sang d'horreur se va troublant; Son estomach pantois sous la chaleur frisonne, Et, chaude de l'ardeur qui son cœur espoinçonne, Tandis que la faveur precipitoit son cours, Véritable prophète, elle fait ce discours :

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Peuple, Vobject piteux du reste de la terre. Indocile à la paix et trop chaud à la guerre. Qui, fécond en partis et léger en desseins, Dedans ton propre sang souilles tes propres mains, Entens ce que je dis attentif à ma bouche, Et qu'au plus vif du cœur ma parole te touche.

Depuis qu'irreverent envers les immortels, Tu taches de mespris VEglise et ses autels, Qu'au lieu de la raison gouverne l'insolence, Que le droit altéré n'est qu'une violence, Que par force lefoible est foulé du puissant, Que la ruse ravit le bien à l'innocent, Et que la vertu saincte, en public mesprisée, Sert aux jeunes de masque, aux plus vieux de risée [Prodige monstrueux), et, sans respect defoy, Qu'on s'arme ingratement au mespris de son Roy, La Justice et la paix, tristes et désolées, D'horreur se retirant, au Ciel s'en sont volées. Le bon-heur aussi tost à grands pas les suivit, Et depuis le Soleil de bon œil ne te vit.

Quelque orage tousjours qui s'esleve à ta perte A comme d'un brouillas ta personne couverte, Qui, tousjours prest à fondre, en eschec te retient, Et mal-heur sur mal-heur à chaque heure te vient.

On a veu tant de fois la jeunesse trompée De tes enfans passer au trenchant de l'espée, Tes filles sans honneur errer de toutes parts, Ta maison et tes biens saccage^ des soldarts,

Ta femme insolemment d'entre tes bras ravie, Et le fer tous les jours s'attacher à ta vie!

Et cependant, aveugle en tes propres effets, Tout le mal que tu sens, c'est toy qui te le fais : Tu t'armes à ta perte, et ton audace forge L'estoc dont furieux tu te couppes la gorge.

Mais quoyl tant de mal-heurs te suffisent-ils pas? Ton Prince, comme un Dieu, te tirant du trespas, Rendit de tes fureurs les t empestes si calmes Qu'il te fait vivre en paix à l'ombre de ses palmes. Astrée en sa faveur demeure en tes cite^, D'hommes et de bestail les champs sont habite^; Le paysant, n'ayant peur des bannières estranges, Chantant coupe ses bleds, riant fait ses vendanges, Et le berger, guidant son troupeau bien nourry, Enfle sa cornemuse en l'honneur de Henry. Et toy seul cependant, oubliant tant de grâces, Ton aise trahisant, de ses biens tu te lasses.

Vien, ingrat, respon moy, quel bien esperes-lu Apres avoir ton Prince en ces murs combatu , Apres avoir trahy pour de vaines chimères L'honneur de tes ayeux et lafoy de tes pères, Apres avoir, cruel, tout respect violé Et mis à l'abandon ton pais désolé?

Atten-tu que l'Espagne, avec son jeune Prince, Dans son monde nouveau te donne une Province, Et qu'en ces trahisons, moins sage devenu, Vers toy par ton exemple il ne soit retenu ;

I96 DISCOVRS

Et qu'ayant dementy ton amour naturelle,

A luy plus qu'à ton Prince il f estime fidelle?

Peut estre que ta race et ton sang violent,

Yssu, comme tu dis, d'Oger ou de Roland,

Ne te veut pas permettre, encore jeune d'âge,

Qu'oysif en ta maison se rouille ton courage,

Et, rehaussant ton cœur que rien ne peut ployer,

Te fait chercher un Roy qui te puisse employer,

Qui, la gloire du Ciel et Veffroy de la terre,

Soit comme un nouveau Mars indomptable à la guerre,

Qui sache en pardonnant les discours estouffer,

Par clémence aussi grand comme il est par le fer.

Cours tout le monde entier de Province en Province : Ce que tu cherches loin habite en nostre Prince. Mais quels exploicts si beaux a fait ce jeune Roy, Qu'il faille pour son bien que tu faulses tafoy, Trahisses ta patrie, et que, d'injustes armes, Tu la combles de sang, de meurtres et de larmes ?

Si ton cœur convoiteux est si vif et si chaut, Cours la Flandre, où jamais la guerre ne défaut, Et plus loing, sur les flancs d'Austriche et d'Alemagne, De Turcs et de turbans enjonche la campagne; Puis, tout chargé de coups, de vieillesse et de biens, Revien en ta maison mourir entre les tiens. Tes fis se mireront en si belles despouilles; Les vieilles au foyer, enfilant leurs quenouilles, En chanteront le conte, et, brave en argumens, Quelque autre Jean de Mun en fera des Romans.

Ou si, trompant ton Roy, tu cours autre fortune, Tu trouveras, ingrat, toute chose importune,- A Naples, en Sicille, et dans ces autres lieux Où Von t'assignera, tu seras odieux, Et Von te fera veoir avec ta convoitise Qu'après les trahisons les traistres on mesprise.

Les en/ans estonneq s'enfuiront te voiant, Et V Artisan mocqueur, aux places t'effroyant, Rendant par tes brocards ton audace flétrie, Dira : Ce traistre icy nous vendit sa patrie Pour l'espoir d'un Royaume en chimères conceu, Et pour tous ses desseins du vent il a receu,

Hâl que ces Palatins vivants dans mon histoire, Non comme toy touche^ d'une bastarde gloire, Te furent differens, qui, courageux par tout, Tindrent fidellement mon enseigne debout, Et qui, se respendant ainsi comme un tonnerre, Le fer dedans la main, firent trembler la terre, Et tant de Roys Payans sous la Croix desconfis Asservirent vaincus aux pieds du Crucifix, Dont les bras retrousse^ et la teste panchée, De fers honteusement au triomphe attachée, Furent de leur valeur tesmoins si glorieux Que les noms de ces preux en sont escris aux deux.

Mais, si la pieté, de ton cœur divertie, En toy, pauvre insensé, n'est du tout amortie; Si tu n'as tout à fait retiré loin de toy L'amour, la charité, le devoir et lafoy,

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Ouvre tes yeux silleç, et voy de quelle sorte D'ardeur précipité la rage te transporte, T'envelope l'esprit, t'esgarant, insensé, Et juge V advenir par le siècle passé.

Si tost que ceste Nimphe, en son dire enflammée, Pour finir son propos eut la bouche fermée , Plus haute s'eslevant dans la vague des deux, Ainsi comme un esclair disparut à nos yeux, Et, se monstrant Déesse en safuitte soudaine, La place elle laissa de par/un toute pleine, Qui, tombant en rosée aux lieux les plus prochains, Reconforta le cœur et l'esprit des humains.

HENR Y, le cher suject de nos sainctes prières, Que le Ciel reservoit à nos peines dernières Pour restablir la France au bien non limité Que le destin promet à son éternité,

Apres tant de combats et d'heureuses victoires, Miracles de nos temps, honneur de nos histoires, Dans le port de la paix, grand Prince, puisses-tu Malgré tes ennemis exercer ta vertu.

Puisse estre à ta grandeur le destin si propice Que ton cœur de leurs traicts rebouche la malice, Et, s' armant contre toy, puisse-tu d'autant plus De leurs efforts domter le flus et le reflus, Et, comme un Sainct rocher opposant ton courage, En escume venteuse en dissiper l'orage, Et brave, t'eslevant par dessus les dangers, Estre l'amour des tiens, Veffroy des est rangers:

Attendant que ton fils, instruit par ta vaillance, Dessous tes estendars sortant de son enfance, Plus fortuné que toy, mais non pas plus vaillant, Aille les Othomans jusqu'au Caire assaillant, Et que, semblable à toy foudroyant les armées, Il cueille avecq le fer les palmes Idumées, Puis, tout flambant de gloire en France revenant, Le Ciel mesme là haut de ses faicts festonnant, Qu'il espande à tes pieds les despouilles conquises Et que de leurs drapeaux il pare nos Eglises.

Alors, rajeunissant au récit de ses faicts Tes désirs et tes vœw{ en ses œuvres parfaits, Tu ressentes d'ardeur ta vieillesse eschauffée. Voyant tout Vunivers nous servir de trophée.

Puis, n'estant plus icy chose digne de toy, Ton fils du monde entier restant paisible Roy, Sou% tes modelles saincts et de paix et de guerre, Il régisse puissant en Justice la terre, Quand après un long temps ton esprit glorieux Sera des mains de Dieu couronné dans les deux.

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