‹ Œuvres mêlées de Saint-EvremondChapitre 18 sur 107 · Lucain, PharsaL, liv. IT, vers · texte numérisé non relu

Lucain, PharsaL, liv. IT, vers

2. Un jour que je lisois cet endroit avec M. de Saint- Evremond, je le priai de m'apprendre quelles étoientles deux résolutions dont il parle ; et voici réclaircissement qu*il voulut bien me donner. « La cour, me dit-il, étant à Pontoise (en 165S) et le cardinal Mazarin considérant que M. le Prince n'en étoit pas éloigné, que Fuensaldagnes'aTançoit avec vingt-cinq mille hommes, et le duc

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. pent les yeux ou rimagination de tout le monde. Le bon sens n'est admiré quasi de personne, pour n'être connu que par des réflexions que peu de gens savent faire. Revenons à notre Annibal.

Si le métier de la guerre, tout éclatant qu'il est , méritoit seul de la considération , je ne vois personne, chez les anciens, qu'on pût raisonnablement lui préférer : mais celui qui le sait le mieux, n'est pas nécessairement le plus grand honime. La beauté de l'esprit , la grandeur de l'âme, la magnanimité, le désintéressement, la justice, une capacité qui s'étend à tout , font la meilleure partie du mérite de ces grands hommes.

• Savoir simplement tuer des gens , être plus entendu que les autres à désoler la société et â détruire la nature , c'est exceller dans une science bien funeste. Il faut que l'application de cette science soit juste, ou du moins honnête; qu'elle se tourne au bien même de ceux qu'elle assujettit, s'il est possible : toujours à l'intérêt de son pays, ou à la nécessité du sien propre.

de Lorraine avec douze mille, résolut de faire retirer le roi eu Bourgogne, ne le croyant pas en sûreté, à Paris. M. de Turenne ne se trouToit pas alors au conseil ; mais ayant appris cette résolution, il s'y rendit incessamment et dit aux ministres que si le roi quittoit Paris, il n'y rentreroit jamais, et qu*il falloit y yaincre ou périr. Cela ohligea le conseil de changer d'avis. (Des MaUeaux,)

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Quand elle devient Teniploi du caprice, qu'elle sert au dérèglement et à la fureur; quand elle n'a pour but que de faire du mal à tout le monde, alors il lui faut ôter cette gloire qulelle s'attribue, et la rendre aussi honteuse qu'elle est injuste. Or, il est certain qu'Annibal avoit peu de vertus et beaucoup de vices : l'infidélité , l'avarice, une cruauté souvent nécessaire, toujours naturellle.

D'ailleurs, on juge d'ordinaire par le succès, (juoi que disent les plus sages. Ayons toute la bonne conduite qu'on peut avoir : si l'événement n'est pas heureux , la mauvaise fortune tient lieu de faute, et ne se justifie qu'auprès de fort peu de gens. Ainsi , qu'Annibal ait mieux fait la guerre que les Romains, que ceux-ci soient demeurés victorieux, par le bon ordre de leur république, et qu'il ait péri par le mauvais gouvernement de la sienne : c'est la considération d'un petit nombre de personnes. Qu'il ait été défait par Scipion, et que la ruine de Carthage soit arrivée ensuite de sa défaite, ç*a été une chose pleinement connue, d'où s^est formé le sentiment universel de tous les peuples * .

1. Ce chapitre, sur la seconde guerre Punique, est le plus remarquable, peut-être, de l'ouvrage de Saint-. Evremond. Le chapitre suivant n'a pas le même mérite.

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