ODE IX A LA FONTAINE BELLERIE
O Fontaine Bellerie, Belle fontaine chérie De noz Nymphes, quand ton eau Les cache au creux de ta source Fuyantes le Satyreau, Qui les pourchasse à la course Jusqu'au bord de ton ruisseau,
Tu es la Nymphe éternelle De ma terre paternelle :
Pource en ce pré verdelet Voy ton Poëte qui t'orne D'un petit chevreau de laict, A qui l'une et l'autre corne Sortent du front nouvelet.
L'Esté je dors ou repose Sus ton herbe, où je compose, Caché sous tes saules vers,
Je ne sçav quov, qui ta gloire Envoira par l'univers, Commandant à la Mémoire Que tu vives par mes vers.
L'ardeur de la Canicule Le verd de tes bords ne brûle, Tellement qu'en toutes pars Ton ombre est espaisse et drue Aux pasteurs venant des parcs, Aux beufs laz de la charuë, Et au bestial espars.
Iô, tu seras sans cesse Des fontaines la princesse, Moy célébrant le conduit Du rocher perse, qui darde Avec un enroué bruit L'eau de ta source jazarde Qui trepillante se suit.
ODE XII
Si l'oiseau qu'on voit amener Par son chant le temps qui ennuyé, Peut les hommes acertener Du vray augure de la pluye, Demain le Troyen de sa buye Espandra l'eau, et si le jour Sera long temps sans qu'il s'essuye, Voilé d'un ténébreux séjour.
Donq, pour attendre que le tour De ceste tempeste ennuyeuse Se change par le beau retour D'une autre saison plus joyeuse, Evite la tourbe envieuse, Et seul en ta chambre à recoy Escry de main laborieuse Des vers qui soient dignes de toy.
Espris d'une ardeur comme moy De te vouloir rendre admirable, Pour n'estre sujet à la loy Du grand Faucheur inexorable, Pesle-mesle dessus la table Tibulle, Ovide soient ouvers Auprès de ton luth délectable.
Fidèle compagnon des vers.
Dessus, par maints accords divers Chasse de toy le soucy grave, Et le soin que ce Dieu pervers Dans un cœur amoureux engrave.
Apres l'estude, il faut qu'on lave L'esprit des Muses périssant D'un vin de reserve, en la cave Par quatre ans au fust languissant.
Pourquov te vas-tu meurdrissant, Et pourquov gennes-tu ta vie Tandis que tu es fleurissant ?
Et pourquoy n'est-elle suivie
D'esbat et d'amoureuse envie ?
Pauvre chetif, ne sçais-tu pas Qu'il ne faut qu'une maladie Pour t'emmener mourir là bas ?
ODE XVII
A LA FOREST de Gastine.
Couché sous tes ombrages vers
Gastine, je te chante Autant que les Grecs par leurs vers
La forest d'Erymanthe.
Car malin, celer je ne puis
A la race future De combien obligé je suis
A ta belle verdure :
Toy, qui sous l'abry de tes bois Ravy d'esprit m'amuses :
Toy, qui fais qu'à toutes les fois Me respondent les Muses :
Toy, par qui de ce meschant soin Tout franc je me délivre,
Lors qu'en toy je me pers bien loin.
Parlant avec un livre.
Tes bocages soient tousjours pleins
D'amoureuses brigades, De Satyres et de Sylvains,
La crainte des Naïades.
En toy habite désormais
Des Muses le collège, Et ton bois ne sente jamais
La flame sacrilège.
ODE XXII
J'ay l'esprit tout ennuyé D'avoir trop estudié Les Phaenomenes d'Arate :
Il est temps que je m'esbate, Et que j'aille aux champs jouer.
Bons Dieux! qui voudroit louer Ceux qui collez sus un livre N'ont jamais soucy de vivre?
Que nous sert d'estudier, Sinon de nous ennuyer!
Et soin dessus soin accroistre A nous, qui serons peut estre Ou ce matin, ou ce soir Victime de l'Orque noir!
De l'Orque qui ne pardonne, Tant il est fier, à personne!
Corydon, marche davant, Sçache où le bon vin se vend :
Fais après à ma bouteille Des fueilles de quelque treille Un tapon pour la boucher :
Ne m'achète point de chair, Car tant soit elle friande, L'Esté je hay la viande.
Acheté des abricôs, Des pompons, des artichôs, Des fraises, et de la crème :
C'est en Esté ce que j'aime, Quand sur le bord d'un ruisseau Je la mange au bruit de l'eau, Estendu sus le rivage, Ou dans un antre sauvage.
Ores que je suis dispos, Je veux boire sans repos, De peur que la maladie Un de ces jours ne me die, Me happant à l'impourveu, Meurs gallant, c'est assez beu.