I . Far l'association des simples idées, a. P
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sentiment, à savoir un fonds où les nerfs puisent ^, un centre où ce qu'ils puisent est élaboré -, joint à l'identité des deux centres, tout cela indique que la physiologie du sentiment ne peut pas être différente de celle de l'intellect :
» En conséquence, de même qu'il a fallu renoncer à chercher dans le cerveau des organes pour les affections ou passions et n'j- voir que des activités affectives qu'il s'agit de déterminer .
» La source des idées étant dans les impressions sensorielles, la source des sentiments est dans les im-
1. Le fonds où les nerfs puisent les impressions tant sensorielles qu'instinctives, le sensorium commun, c'est d'après M. Littré et M. Luys, la couche optique où viennent aboutir toutes les impressions sensitives tant externes qu'internes, — c'est-àdire soit produites par les objets extérieurs, soit émanées de la trame des viscères ou les organes de l'mtérieur, — et qui « par un système de fibres et de communications les transmet à la substance corticale (substance grise) des circonvolutions du cerveau proprement dit — siège des facultés tant afFectives qu'intellectuelles » (pp. ■:540-4i).
2. La substance grise du cerveau proprement dit composée de cellules nerveuses : « Il est établi que les cellules nerveuses qui composent la substance du cerveau, étant anatomiquemcnt l'aboutissement (dernier) des nerfs et, par eux, de toutes les impressions internes, ont fonctionnellemnt, l'office de faire de ces impressions des idées ; les idées une fois faites, de les juger par différences et par ressemblance, de les retenir par la mémoire, de les réunir par l'association. Rien de plus, rien de moins. Tout le développement intellectuel de l'homme a son point de départ dans ces conditions anatomiques et physiologiques » (p. 352.)
pressions instinctives. L'office des cellules nerveuses est de transformer en sentiments les impressions instinctives. Le problème de l'origine des sentiments est exactement parallèle à celui de l'origine des. idées.
» Ce genre d'activité cérébrale s'exerce sur deux ordres d'impressions instinctives, celles qui appartiennent aux instincts d'entretien de la vie individuelle et celles qui appartiennent aux instincts d'entretien de la vie de l'espèce. La première catégorie y est transformée en amour-propre, et la seconde en amour d'autrui ; sous la forme primordiale d'amour d'un sexe,, l'.un pour l'autre, de la mère pour l'enfant et de l'enfant pour la mère.
» A ce point, un coup d'oeil sur la physiologie comparée n'est pas déplacé. Chez les poissons qui sontcérébralement au plus bas degré de l'échelle des vertébrés, et qui ne connaissent ni la famille, ni les petits, l'instinct reste purement sexuel. Maisle sentiment auquel il donne naissance commence à se manifester chez plusieurs mammifères et oiseaux; un vrai ménage s'établit, seulement il n'est la plupart du temps que temporaire. Il en est de même de l'ébauche de famille qui suscite l'œuvre des parents pour les petits et des petits pour les parents. Enfin chez plusieurs, l'homme entre autres, il se forme entre les familles des liens de même nature qu'entre les membres mêmes
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de la famille ; ei la sociabilité naît ça et là sur quelques points du règne animal.
» Le londement étant ainsi posé, il n'est pas malaisé de concevoir que, des sentiments primordiaux , à mesure que l'existence se complique, tant pour l'individu que pour la société, il se forme des sentiments secondaires et des combinaisons de sentiments qui deviennent aussi indissolubles que le sont, dans l'intellect, les idées associées » (p. 357).
Ainsi, il paraît avéré qu'il n'existe point dans le cerveau âCorganes spéciaux, soit pour les diverses facultés intellectuelles, soit pour les différentes qualités, affections et passions morales bonnes ou mauvaises. Par conséquent, les qualités ou les défauts ne peuvent être ni hérités, ni innés, cette hérédité et cette innéité, avons-nous dit, ne pouvant être dans le nouveau-né que physiologique, matérielle. En quoi donc peut consister le perfectionnement progressif, historiquement transmissible du cerveau, tant sous le rapport intellectuel que sous le rapport moral ? Uniquement dans le développement harmonieux de tout le système cérébral et nerveux, c'est-à-dire tant de la justesse, delà finesse et delà vivacité des impressions nerveuses, que de la capacité du cerveau de transformer ces impressions en sentiments, en idées, et de combiner, d'embrasser et de retenir toujours déplus vastes associations de sentiments et d'idées.
igb ŒUVRES DE BAKOUMINE
Il est probable que, si dans une race, une nation, une classe, une famille, par suite de sa nature particulière, toujours déterminée par son histoire, par sa position géographique, économique, par la nature de ses occupations, par la quantité et parla qualité de sa nourriture, aussi bien que par son organisation politique et sociale, par toute sa vie en un mot, et par le caractère ou par le degré de son développement intellectuel et moral, — que si par suite de toutes ces déterminations particulières, un ou quelques-uns des systèmes de fonctions organiques, dont l'ensemble constitue la vie d'un corps humain, se trouvent développés au détriment de tous les autres systèmes, dans les parents, — il est probable, presque certain, disons-nous, que leur enfant héritera, à tel ou tel autre degré de cette fâcheuse désharmonie, — sauf à la réparer autant qu'il sera possible, et par son propre travail postérieur sur lui-même et quelquefois aussi par des révolutions sociales, sans lesquelles l'établissement d'une plus parfaite harmonie, dans le développement physiologique des individus, pris à part, peut être souvent impossible.
Dans tous les cas, disons-le, l'harmonie absolue dans le développement du corps humain et, par conséquent, aussi dans celui des humaines facultés musculaires, instinctives, intellectuelles et morales, est un idéal dont la réalisation ne sera jamais possible ;
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d'abord parce que l'histoire pèse physiologîquement, plus ou moins (et vienne le temps où l'on pourra dire de moins en moins), — sur tous les peuples comme sur tous les individus, et ensuite parce que chaque famille et chaque peuple se trouvent toujours entourés de circonstances et de conditions différentes, parmi lesquelles quelques-unes du moins seront toujours contraires à leur développement complet et normal.
Aussi, ce qui se transmet par voie d'héritage de génération à génération et ce qui peut tXve physiologiquement inné dans les individus naissant à la vie, ce ne sont ni les qualités, ni les vices, ni aucune idée, ni association de sentiments et d'idées, mais uniquement l'outillage tant musculaire que nerveux . les organes plus ou moins perfectionnés et harmonisés, par lesquels l'homme se meut, respire et se sent, reçoit les impressions extérieures et retient, imagine, juge, combine, associe et embrasse les sentiments et les idées, qui ne sont autre chose que ces impressions mêmes, tant externes qu'internes, groupées et transformées d'abord en représentations concrètes, puis en notions abstraites, par l'activité toute physiologique et, ajoutons-le, tout à fait involontaire du cerveau.
Les associations de sentiments et d'idées, dont le développement et les transformations successives constituent toute la partie intellectuelle et morale de l'histoire de l'humanité, ne déterminent pas, dans le
cerveau humain, la formation de nouveaux organes^ correspondants à chacune prise à part, ne peuvent être transmises aux individus par voie d'héritage physiologique. — Ce qui s'hérite physiologiquement c'est l'aptitude de plus en plus fortifiée, élargie et perfectionnée de les concevoir et d'en créer de nouvelles. Mais les associations mêmes et les idées complexes qui les représentent, telles que l'idée de Dieu, de la patrie, de la morale, etc., ne pouvant jamais être innées, ne sont transmises aux individus que par la voie de la tradition sociale et de l'éducation. Elles salc'ssent l'enfant dès le premier jour de sa naissance, et comme elles se sont déjà incarnées dans la vie qui l'entoure, dans tous les détails, tant matériels que moraux, du monde social au milieu duquel il est né, elles pénètrent de mille façons différentes dans sa conscience d'abord enfantine, puis adolescente et juvénile, qui naît, grandit et se forme sous leur toutepuissante influence.
Prenant l'éducation dans le sens le plus large de ce mot, y comprenant non seulement l'instruction et les leçons de morale, mais encore et surtout les exemples que donnent à l'enfant toutes les personnes qui l'entourent ; l'influence de tout ce qu'il entend, de ce qu'il voit ; et non seulement la culture de son esprit, mais encore le développement de son corps par la nourriture, par l'hygiène, par l'exercice de ses membres et de
sa force physique, — nous dirons, avec pleine certitude de ne pouvoir être sérieusement contredits par personne, que tout enfant, tout adulte^ tout jeune homme et enfin tout homme mùrest le pur produit du monde qui l'a nourri et qui Ta élevé dans son sein — un produit fatal, involontaire et par conséquent irresponsable.
Il entre dans la vie sans âme, sans conscience, sans l'ombre d'une idée ou d'un sentiment quelconque, mais avec un organisme humain dont l'individuelle nature se trouve déterminée par une infinité de circonstances et de conditions, antérieures à la naissance même de sa volonté, et qui détermine à son tour sa plus ou moins grande capacité d'acquérir et de s'approprier des sentiments, des idées et des associations de sentiments et d'idées élaborées par des siècles et transmises à chacun comme un héritage social, par l'éducation qu'il reçoit. Bonne ou mauvaise, cette éducation s'impose à lui — il n'en est aucunement responsable. Elle le forme, autant que sa nature indi« viduelle plus ou moins heureuse le permet pour ainsi dire à son image, de sorte qu'il pense, qu'il sent et qu'il veut ce que tout le monde, autour de lui, veut, sent et pense.
Mais alors, demandera-t-on peut-être, comment expliquer que l'éducation en apparence, du moins la plus identique, produise souvent, sous le rapport du
développement du caractère, de l'esprit et du cœur, les résultats les plus différents ? Et d'abord, les natures ne naissent-elles pas différentes ? Cette différence naturelle et innée, si petite qu'elle soit, est pourtant positive et réelle : différence de tempéraments, d'énergie vitale, de prédominance de tel sens ou de tel groupe de fonctions organiques sur un autre, de vivacité etde capacités naturelles. Nous avons tâché de prouver que les vices aussi bien que les qualités morales, faits de conscience individuelle et sociale, ne petivent être physiquement hérités et qu'aucune détermination physiologique ne peut condamner l'homme att mal ; le rendre irrévocablement incapable de bien ; mais nous n'avons nullement songé à nier qu'il n'y ait des natures très différentes, dont les unes, plus heureusement douées, ne soient plus capables d'un large développement humain que les autres. Nous pensons, il est vrai qu'on exagère trop aujourd'hui les différences naturelles qui séparent les individus et qu'il faut attribuer la plus grande partie de celles qui existent entre eux, non tant à la nature qu'à l'éducation différente qui a été répartie à chacun. Pour décider cette question, il faudrait, en tout cas, que les deux sciences qui sont appelées à la résoudre : la psychologie physiologique ou la science du cerveau et la pédagogie, qui est celle de l'éducation ou du développement social du cerveau, sortissent de l'état
d'enfance dans lequel elles se trouvent encore toutes les deuK maintenant. Mais la différence physiologique des individus, à quelque degré que ce soit, une fois admise, il en résulte évidemment qu'un sysième d'éducation excellent en lui-même, en tant que système abstrait, peut être bon pour l'un, mauvais pour un autre.
Pour être parfaite, l'éducation devrait être beaucoup plus individualisée qu'elle ne l'est aujourd'hui, individualisée dans le sens de la liberté et uniquement par le respect de la liberté, même dans les enfants. Elle devrait avoir pour objet non la dressure du caractère, de l'esprit et du cœur, mais leur réveil à une activité indépendante et libre, et ne poursuivre d'autre but que la création de la liberté, ni d'autre culte ou plutôt d'autre morale, d'autre objet de respect : que la liberté de chacun et de tous; que la simple justice, non juridique mais humaine ; la simple raison, non théologique, ni métaphysique, mais scientifique, et le travail tant musculaire que nerveux, comme base première et obligatoire pour tous, de toute dignité, de toute liberté et du droit. — Une telle éducation, répartie largement à tout le monde, aux femmes comme aux hommes, dans des conditions économiques et sociales fondées sur la stricte justice, ferait évanouir bien de soi-disant différences naturelles.
Si imparfaite qu'ait été l'éducation — pourra-t-on
nous répondre, — toujours est-il qu'elle seule ne saurait expliquer ce fait incontestable qu'au sein des familles les plus dépourvues de sens moral, on rencontre assez souvent des individus qui nous frappent par la noblesse de leurs instincts et de leurs sentiments, et qu'au contraire au milieu des familles moralement et intellectuellement les mieux développées, se montrent encore plus souvent des individus bas d'esprit et de cœur; ce fait semble contredire d'une manièreabsolue l'opinion qui fait résulter la plus grande partie des qualités intellectuelles et morales de l'homme de l'éducaiion qu'i] a reçue. Mais ce n'est qu'une contradiction apparente. En effet, bien que nous ayons affirmé que dans l'immense majorité des cas l'homme est presque entièrement le produit des conditions sociales au milieu desquelles il se forme, et que nous n'ayons laissé à l'héritage physiologique, aux qualités naturelles qu'il apporte en naissant, qu'une part d'action comparativement assez faible, nous n'avons pas nié cette dernière; et même nous avons reconnu que dans certains cas exceptionnels, dans les hommes de génie ou de grand talent par exemple, aussi bien que dans les idiots ou dans les natures très perverses, cette part de l'action ou Je la détermination naturelle sur le développement de l'individu — détermination aussi fatale que l'influence de l'éducation et de la société, peut être même fort grande. — Le der-
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nîer mot sur toutes ces questions appartient à la physiologie cérébrale et celle-ci n'est pas encore arrivée à un point qui lui permette de les résoudre aujourd'hui, même approximativement. La seule chose que nous puissions affirmer avec certitude aujourd'hui, c'est que toutes ces questions se débattent entre deux fatalismes : le fatalisme naturel, organique, physiologiquement héréditaire et celui de l'hériîage, et de la tradition sociale, de l'éducation et de l'organisation publique, économique et sociale de chaque pays. — Il n'y a point de place pour le libre arbitre.
Mais en dehors de la détermination naturelle, positive ou négative de l'individu, qui, plus ou moins, peut le mettre en contradiction avec l'esprit qui règne dans toute sa famille, il peut exister pour chaque cas particulier d'autres causes occultes et qui, pour la plupart du temps, restent toujours ignorées, mais que nous devons néanmoins prendre en grande considération. Un concours de circonstances particulières, un événement imprévu, un accident quelquefois très insignifiant par lui-même, la rencontre fortuite d'une personne, quelquefois un livre qui tombe entre les mains d'un individu dans un moment propice — tout cela, dans un enfant, dans un adolescent ou dans un jeune homme, lorsque son imagination fermente et qu'ell<> est encore tout ouverte aux impressions de la
vie, peut produire une révolution radicale en bien comme en mal. Ajoutez-y l'élasticité qui est propre à toutes les jeunes natures, surtout lorsqu'elles sont douées d'une certaine énergie naturelle, laquelle les fait révolter contre les influences trop impérieuses et trop despotiquement persistantes et grâce à laquelle quelquefois l'excès même du mal peut produire le bien.
L'excès du bien ou de ce qu'on appelle généralement le bien peut-il, à son tour, produire le mal? Oui, lorsqu'il s'impose comme une loi despotique^ absolue, soit religieuse, soit doctrinaire-philosophique, soit politique, juridique, sociale, ou comme loi patriarcale de la famille — en un mot, lorsque tout bien qu'il paraît être ou qu'il est réellement, il s'impose à l'individu comme la négation de la liberté et n'en est pas lui-même le produit. Mais alors la révolte contre le bien^ ainsi imposé, n'est pas seulement naturelle, elle est légitime : loin d'être un mal elle est un bien au contraire ; car il n'est point de bien en dehors de la liberté, et la liberté est la source et la condition absolue de tout bien, qui soit véritablement digne de ce nom, le bien n étant autre chose que la liberté.
Développer et prouver cette vérité qui nous paraît si simple," tel est l'unique but de cet écrit. Retournons maintenant à notre question.
L'exemple, de la même contradiction ou anomalie
apparente nous est offert souvent, dans une sphère plus large, par l'histoire des nations. Comment expliquer, par exemple, que dans la nation juive, la plus étroite jadis et la plus exclusive qu'il y ait eue au monde ; tellement exclusive et étroite que, reconnaissant le privilège pour ainsi dire absolu, la divine élection comme base principale de toute son existence nationale, elle s'est posée elle-même comme peuple favorisé entre tous, jusqu'au point de s'imaginer que son Dieu, Jehovah — Dieu le père des chrétiens — poussant sa sollicitude pour lui jusqu'à la plus sauvage cruauté envers toutes les autres nations, lui avait ordonné l'extirpation par le fer et le feu de tous les peuples qui avaient occupé avant lui la Terre-promise, afin de déblayer le terrain à son peuple-Messie ; — comment s'expliquer qu'un personnage comme Jésus- Christ, le fondateur de la religion cosmopolite ou mondiale, et par là même le destructeur de l'existence même de la nation juive, comme corps politique et social, ait pu naître en son sein ? Comment ce monde, exclusivement national est-il parvenu à produire un réformateur, un révolutionnaire religieux comme l'apôtre '
I. La suite de cet écrit est perdue ou introuvable, si toutefois elle a été élaborée.