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LVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE

ternationale réorganisée par le triomphe du principe de libre fédération, il pensa que le moment était venu où il pouvait prendre congé de ses compagnons, et il adressa aux membres de la Fédération jurassienne une lettre (publiée le 12 octobre 1873) « pour les prier de vouloir bien accepter sa démission de membre de la Fédération jurassienne et de membre de l'Internationale », en ajoutant : « Je ne me sens plus les forces nécessaires pour la lutte : je ne saurais donc être dans le camp du prolétariat qu'un embarras, non un aide... Je me retire donc, chers compagnons, plein de reconnaissance pour vous et de sympathie pour votre grande et sainte cause, — la cause de l'humanité. Je continuerai de suivre avec une anxiété fraternelle tous vos pas, et je saluerai avec bonheur chacun de vos triomphes nouveaux. Jusqu'à la mort je serai vôtre. » Il n'avait plus même trois années à vivre.

Son ami, le révolutionnaire italien Carlo Cafiero, lui donna l'hospitalité dans une villa qu'il venait d'acheter près de Locarno. Là, Bakounine vécut jusqu'au milieu de 1874, exclusivement absorbé, semblait-il, par ce nouveau genre de vie, dans lequel il trouvait enfin la tranquillité, la sécurité et un bien-être relatif. Toutefois, il n'avait pas cessé de se considérer comme un soldat de la Révolution; ses amis italiens ayant préparé un

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mouvement insurrectionnel, il se rendit à Bologne (juillet 1874) pour y prendre part: mais le mouvement, mal combiné, avorta, et Bakounine dut revenir en Suisse sous un déguisement.

A ce moment, un nuage passa sur l'amitié qui unissait Bakounine et Cafiero ; celui-ci, qui avait sacrifié sa fortune sans compter pour la cause révolutionnaire, se trouvait ruiné, par suite de circonstances qui ne peuvent être expliquées ici, et se vit obligé de mettre en vente sa villa. Bakounine dut quitter Locarno ; il alla s'établir à Lugano, où, grâce à la remise que lui firent à ce moment ses frères d'une partie de ce qui lui revenait sur Théritage paternel, il put continuer à subsister, lui et sa famille. Du reste, le refroidissement momentané qui s'était produit entre Bakounine et Cafiero ne dura pas, et les relations amicales se rétablirent bientôt. Toutefois, la maladie progressait, ses ravages atteignaient à la fois l'esprit et le corps, et Bakounine n'était plus, en 1875, que l'ombre de lui-même. En juin 1876, dans l'espoir de trouver quelque soulagement à ses maux, il quitta Lugano pour se rendre à Berne; en y arrivant, le 14 juin, i! dit à son ami le docteur Adolf Vogt : « Je viens ici pour que tu m'y remettes sur mes pieds, ou pour y mourir ». On l'installa dans une clinique (J. L. Hug-Braun's Krankenpension, Mattenhof, 3 1 7), où il reçut pen-

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