‹ Œuvres morales (volume 2)Chapitre 37 sur 93 · VAUVENARGUE5 A M. LE DUC DE BIRON · texte numérisé non relu

VAUVENARGUE5 A M. LE DUC DE BIRON

A Nancy, le 8 avril 1743.

Monsieur, je crois que vous ne pensez pas que j'aie beaucoup d'ambition. Ennuyé, cependant, de servir sans espérance , avec une santé très-faible , et porté par une secrète inclination à une vie plus

occupée 1 , je prends la liberté d'écrire au Roi la lettre que j'ai l'honneur de vous envoyer. Je serais presque sur qu'elle réussirait, si vous aviez la bonté de la mettre en des termes convenables et de l'appuyer; mais j'espère qu'au moins, Monsieur, vous voudrez bien en ôler le ridicule, en la présentant vous-même au Roi. Je vous en supplie très-humblement, Monsieur; vous me mortifieriez beaucoup de me refuser cette grâce. Vous en avez attiré sur le régiment de si peu ordinaires, que quand vous obtiendriez pour moi que je fusse envoyé auprès du roi de Prusse, où M. de Pezay avait placé autrefois M. de La Chétardie 2> personne n'en serait surpris; mais toutes les places auxquelles vous me croirez propre , me paraîtront bonnes, et si vous voulez bien, Monsieur, prendre quelque intérêt à moi , je vous assure que cela m'encouragera de telle sorte , que ni ma timidité naturelle, ni le peu d'usage que j'ai du monde, ne m'empêcheront de

1 Vauvenargues, dans les Xe et XIIe §§ des Conseils à un jeune homme, tome Ier, p. 1S6 et 190, s'adressait à luimême; cette lettre suffit à le prouver. — B.

2 La Ghétardie {Joachim-Jacqaes-Trotti, marquis de), après avoir débuté à l'âge de seize ans dans la carrière militaire, fut nommé à vingt-deux ans (1727) à l'ambassade d'Angleterre; de 1734 à 1739 il remplit les mêmes fonctions en Prusse ; en 1740 il fut accrédité près de la cour de Russie.

me rendre digne de vos bontés. Enfin , je crois qu'il ne saurait y avoir d'inconvénient à présenter ma lettre au Roi, surtout si elle lui fait penser que, depuis qu'il est lui-même son premier ministre1, cela inspire tant de confiance, qu'il n'y a plus personne aujourd'hui qui n'ose porter à ses pieds tout ce qu'il se sent de courage et de zèle pour son service.

Je suis avec un profond respect, etc.

— Permettez-moi, Monsieur, de joindre ici un petit mémoire , qui me fera connaître plus particulièrement à vous.

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