SUR LA PROVIDENCE
Les inondations ou la sécheresse font périr les fruits; le froid excessif dépeuple la terre des animaux qui n'ont point d'abri; les maladies épidémiques ravagent en tous lieux l'espèce humaine et changent de vastes royaumes en déserts ; les hommes se détruisent eux-mêmes par les guerres , et le faible est la proie du fort. Celui qui ne possède rien, s'il ne peut travailler, qu'il meure; c'est la loi du sort; il diminue et s'évanouit à la face du soleil, délaissé de toute la terre. Les bêtes se dévorent aussi entre elles : le loup, l'épervier, le faucon, si les animaux plus faibles leur échappent, périssent euxmêmes : rivaux de la barbare cruauté des hommes, ils se partagent ses restes sanglants, et ne vivent que de carnage. O terre! ô terre! tu n'es qu'un tombeau et un champ couvert de dépouilles; tu n'enfantes que pour la mort. Qui t'a donné l'être? Ton ame paraît endormie dans ses fers. Qui préside à tes mouvements? Te faut-il admirer dans ta constante et invariable imperfection? Ainsi s'exhale le
charria d'un philosophe qui ne connaît que la raison et la nature sans révélation.
sur l'économie de l'univers.
Tout ce qui a l'être a un ordre , c'est-à-dire une certaine manière d'exister qui lui est aussi essentielle que son être même : pétrissez au hasard un morceau d'argile; en quelque état que vous le laissiez, celte argile aura des rapports, une forme et des proportions, c'est-à-dire un ordre, et cet ordre subsistera tant qu'un agent supérieur s'abstiendra de le déranger. Il ne faut donc pas s'étonner que l'univers ait ses lois et une certaine économie. Je vous défie de concevoir un seul atome sans cet attribut. — Mais, dit-on, ce qui étonne, ce n'est pas que l'univers ait un ordre immuable et nécessaire, mais c'est la beauté, la grandeur et la magnificence de son ordre. Faibles philosophes! entendez-vous bien ce que vous dites? Savez-vous que vous n'admirez que les choses qui passent vos forces ou vos connaissances? Savez-vous que si vous compreniez bien l'univers, et qu'il ne s'y rencontrât rien qui passât les limites de votre pouvoir, vous cesseriez aussitôt de l'admirer? C'est donc votre très-grande petitesse qui fait un colosse de l'univers. C'est votre faiblesse infinie qui vous le représente dans votre poussière , animé d'un esprit