‹ Œuvres moralesChapitre 9 sur 90 · VANITÉ DES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

VANITÉ DES PHILOSOPHES

Faibles hommes! s'écrie un orateur, osez-vous vous fier encore aux prestiges de la raison qui vous a trompés tant de fois? Avez-vous oublié ce qu'est la vie, et la mort qui va la finir? Ensuite il leur peint avec force la terrible incertitude de l'avenir, la fausseté ou la faiblesse des vertus humaines , la rapidité des plaisirs qui s'effacent comme des songes et s'enfuient avec la vie ; il profite du penchant que nous avons à craindre ce que nous ne connaissons pas, et à souhaiter quelque chose de meilleur que ce que nous connaissons; il emploie les menaces et les promesses, l'espérance et la crainte, vrais ressorts de l'esprit humain, qui persuadent bien mieux que la raison 1 ; il nous interroge nous-mêmes et nous dit : N'est-il pas vrai que vous n'avez jamais été solidement heureux? — Nous en convenons. — N'est-il pas vrai que vous n'avez aucune certitude de ce qui doit suivre la mort? — Nous n'osons encore le nier. — Pourquoi donc, mes amis, continue-t-il , refuscriez-vous d'adopter ce qu'ont cru vos pères, ce

1 Vauvenargues a exprimé la même pensée dans le Discours sur le Caractère des différents siècles, tome Ier, p. 230; nous la retrouvons de nouveau dans les Maximes,

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