‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 110 sur 214 · LIVRE TBOISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TBOISIÈME

sa sagesse. C'est pour cela que toutes les choses corporelles sont corruptibles^ el qu'il n'y a point de corps auquel il n'arrive quelque changement qui l'altère et le corrompe avec le temps. Les pierres et le verre même servent de nourriture à quelques insectes K Ces corps, quoique fort durs et fort secs^ ne laissent pas de se corrompre avec le temps. L'air et le soleil, auxquels ils sont exposés, changent quelques-unes de leurs parties, et il se trouve des vers qui s'en nourrissent, comme l'expérience le fait voir.

Il n'y a point d'autre différence entre c^s corps fort durs et fort secs et les autres, si ce n'est qu'ils sont composés de parties fort grosses et fort solides, et par conséquent moins capables d'être agitées et séparées les unes des autres par le mouvement de celles qui viennent heurter contre elles , ce qui fait qu'on les regarde comme incorruptibles. Néanmoins ils ne sont point tels de leur nature, comme le temps, l'expérience et la raison le font assez connaître.

Mais, pour les cieux, ils sont composés de la matière la plus fluide et la plus subtile, et principalement le soleil; et tant s'en faut qu'il soit sans chaleur et incorruptible , comme disent les sectateurs d'Aristote , qu'au contraire c'est de tous les corps et le plus chaud et le plus sujet au changement. C'est même lui qui échauffe, qui agite et qui change toutes choses ; car c'est lui qui produit par son action , qui n'est autre chose que sa chaleur ou le mouvement de ses parties , tout ce que nous voyons de nouveau dans les changements des saisons. La raison démontre ces choses : mais si on peut résistera la raison, on ne peut résister à l'expérience ; cai*, puisqu'on a découvert dans le soleil, par le moyen des télescopes ou grandes lunettes , des taches aussi grandes que toute la terre qui s'y sont formées et qui se sont dissipées en peu de temps, on ne peut pas davantage nier qu'il ne soit beaucoup plus sujet au changement que la terre que nous habitons.

Tous les corps sont donc dans un mouvement et dans un changement continuel, et principalement ceux qui sont les plus fluides, comme le feu, l'air et l'eau; puis les parties des corps vivants, comme la chair et même les os, et enfin les plus durs : et l'esprit ne doit pas supposer une espèce d'im-

^ Journal des Savants du 9 août 166^.

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