‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 115 sur 214 · DE ESPRIT PUR. — PARTIE · texte numérisé non relu

DE ESPRIT PUR. — PARTIE

attacher à notre corps, et par notre corps à toutes les choses sensibles, et qu'enfin si nous voulons éviter l'erreur nous ne devons point nous y fier. Je conclus de môme qu'il est moralement impossible de connaître par les idées pures de l'esprit les rapports que les coi'ps ont avec le nôtre, qu^il ne faut pohit raisonner selon ces idées pour savoir si une pomme ou une pierre sont bonnes à manger, qu'il en faut goûter, et et qu'encore que l'on puisse se servir de son esprit pour connaître confusément les rapports des corps étrangers avec le nôtre, c'est toujours le plus sûr de se servir de ses sens. Je donne encore un exemple ; car on ne peut trop imprimer dans Fesprit des vérités si essentielles et si nécessaires.

Je veux examiner, pai' exemple, ce qui m'est le plus avantageux d'être juste ou d'être riche. Si j'ouvre les yeux du corps, la justice me paraît une chimère, je n'y vois point d'attraits. Je vois des justes misérables, abandonnés, persécutés, sans défense et sans consolation, car celui qui les console et qui les soutient ne paraît point à mes yeux. En un mot, je ne vois pas de quel usage peut être la justice et la vertu. Mais si je considère les richesses les yeux ouverts, j'en vois d'abord l'éclat et j'en suis ébloui. La puissance, la grandeur, les plaisirs et tous les biens sensibles accompagnent les richesses, et je ne puis douter qu'il ne faille être riche pour être heureux. De même, si je me sers de mes oreilles, j'entends que tous les hommes estiment les richesses, qu'on ne parle que des moyens d'en avoir, que l'on loue et que l'on honore sans cesse ceux qui les possèdent. Ce sens et tous les autres me disent donc qu'il faut être riche pour être heureux. Que si je me ferme les yeux et les oreilles, et que j'interroge mon imagination, elle me représentera sans cesse ce que mes yeux aiu'ont vu, ce qu'ils auront lu et ce que mes oreilles auront entendu à l'avantage des richesses. Mais elle me représentera encore ces choses tout d'une autre manière que mes sens , car l'imagination augmente toujours les idées des choses qui ont rapport au corps et que Ton aime. Si je la laisse donc faire , elle me conduira bientôt dans un palais enchanté semblable à ceux dont les poètes et les faiseurs de romans font des descriptions si magnifKjues , et là je verrai des beautés qu'il est iiuitile que je décrive, lesquelles me convaincront que le dieu des richesses ({ui l'habite est le seul capable de me rendre heureux. Voilà ce que mon corps est capable de me

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