‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 133 sur 214 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

yue les plaisirs et les mouvements des passions nous engagent dans l'erreur à l'égard du bien , et qu'il faut y résister sans cesse. Manière de combattre le libertinage.

Toutes les choses que nous venons d'expliquer des passions en général ne sont point libies ; elles sont en nous sans nous, et il n'y a que le seul consentement de notre volonté qui dépende absolument de nous. La vue du bien est naturellement

suivie du mouvement d'amour, du sentiment d amoui', de l'ébranlement du cerveau et du mouvement des esprits /d'une nouvelle émotion de l'àme qui augmente le premier mouvement d'amour, d'un nouveau sentiment de Tâme qui augmente le premier sentiment d'amour, et enfin du sentiment de douceur qui récompense Fâme de ce que le corps est dans rétat où il doit être. Toutes ces choses se passent dans Fàme et dans le corps naturellement et machinalement, je veux dire sans qu'elle y ait part, et il n'y a que notre seul consentement qui soit véritablement de nous. C'est aussi ce consentement qu'il faut régler, qu'il faut conserver libre, malgré tous les efforts des passions. C'est à Dieu seul à qui il faut soumettre sa liberté : il ne faut se rendre qu'à la voix de l'auteur de la nature, à l'évidence intérieure, aux reproches secrets de sa raison. 11 ne faut consentir que lorsqu'on voit clairement que l'on ferait mauvais usage de sa liberté si l'on ne voulait pas consentir; c'est là la principale règle qu'il faut observer pour éviter l'erreur et le péché.

Il n'y a que Dieu seul qui nous fasse voir avec évidence que nous devons nous rendre à ce qu'il souhaite de nous; il ne faut donc être esclave que de lui seul. Il n'y a point d'évidence dans les attraits et les caresses , dans les menaces et les frayeurs que les passions causent en nous; ce ne sont que des sentiments confus et obscurs auxquels il ne se faut point î-endre. 11 faut attendre qu'une lumière plus pure nous éclaire, que ces faux jours des passions se dissipent, et que Dieu parle. Il faut rentrer en nous-mêmes et chercher en nous celui qui ne nous quitte jamais et qui nous éclaire toujours. Il parle bas, mais sa voix est distincte; il éclaire peu, mais sa lumière est pure. Non, sa voix est aussi forte qu'elle est distincte , sa lumière est aussi vive et aussi éclatante qu'elle est pure ; mais nos passions nous tiennent toujours hors de chez nous, et par leur bi'uit et leurs ténèbres elles nous empêchent d'être instruits de sa voix et éclairés de sa lumière. Il paiie même à ceux qui ne l'interrogent pas ; et ceux que les passions ont emportés le plus loin entendent néanmoins quelques-unes de ses paroles; mais des paroles fortes, mejiaçantes et terribles, plus perçantes qu'une épée à deux tranchants, qui pénètre jusque dans les replis de lame, et qui discerne l(^s pensées et les mouvements du cœur; car tout est à découvert devant ses yeux, et il ne peut voir les déré-

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glemenls des pécheurs sans leur en faire intérieurement de sanglants reproches 11 faut donc rentrer en nous-mêmes et nous rapprocher de lui. 11 faut l'interroger, Técouter et lui obéir; car, si nous Técoutons toujours, nous ne serons jamais trompés ; et si nous lui obéissons toujouj's, nous ne serons jamais assujettis à l'inconstance des passions et aux misères dues au péché.

11 ne faut pas slmaginer , comme certains esprits forts que Torgueil des passions a réduits à la condition des bêtes , et qui, ayant longtemps méprisé la loi de Dieu, semblent enfin n'en connaître plus d'autre que celle de leurs passions infâmes ; il ne faut pas , dis-je, s'imaginer, comme ces hommes de chair et de sang , que ce soit suivre Dieu et obéir à la \oix de l'auteur de la nature, que de suivre les mouvements de ses passions et obéir aux désirs secrets de son cœur. C'est là le dernier aveuglement , c'est , selon saint |Paul , la peine temporelle de l'impiété et de l'idolâtrie, c'est-à-dire la punition des plus grands crimes ^. En effet cette peine est d'autant plus grande qu'au lieu d'apaiser la colère de Dieu, comme toutes les autres punitions de ce monde , elle l'irrite et l'augmente sans cesse jusqu'au jour terrible auquel cette juste colère éclatera sur les pécheurs.

Cependant leurs raisonnements ne manquent pas de vraisemblance, ils semblent fort conformes au sens commun, ils sont favorisés des passions, et toute la philosophie de Zénon ne saurait sans doute les détruire. Il faut aimer le bien, disent-ils; le plaisir est le caractère que la nature a attaché au bien, et c'est par ce caractère, qui ne peut êtie trompeur puisqu'il vient de Dieu, que nous le discernons du mal. Il faut fuir le mal, disent-ils encore; la douleur est le caractère que la nature a attaché au mal , et c'est par ce caractère, qui ne peut être trompeur puisqu'il vient de Dieu, que nous le discei'uons du bien. On goûte du plaisir quand on s'abandonne à ses passions; on sent de la peine et de la douleur quand on y l'ésiste. Donc l'auteur de la nature veut que nous nous abandonnions à nos passions et que nous n'y résistions jamais, puisque le plaisir et la douleur qu'il nous fait sentir dans ces rencontres sont des preuves certaines de

' lleb. c. 4.

nom. cl.

ses volontés sur nous. C'est donc suivi-e Dieu que de suivre les désirs de son cœur , et c'est obéir à sa voix que de se rendre à cet instinct de la nature qui nous porte à satisfaire nos sens et nos passions. C'est de cette sorte qu'ils raisonnent et qu'ils se confirment dans leurs opinions infâmes. C'est ainsi qu'ils tâchent de se mettre à couvert des reproches secrets de leur raison, et Dieu permet , pour punition de leurs crimes, qu'ils s'éblouissent de ces fausses lumières. Trompeuses lumières qui les aveuglent au lieu de les éclairer, mais qui les aveuglent d'un aveuglement qu'ils ne sentent point et dont ils ne souhaitent pas même d'être guéris. Dieu les livre à un sens réprouvé ; il les abandonne aux désirs de leur cœur, à des passions honteuses , à des actions indignes de l'homme, comme parle l'Écriture, afin qu'après s'être engraissés dans leurs débauches ils soient dans toute l'éternité les victimes du sacrifice de sa colère.

Mais il faut délier le nœud de la difficulté qu'ils proposent. La secte^ de Zénon, n'ayant pu le délier, l'a coupé d'abord en niant que le plaisir fût un bien et que la douleur fût un mal. Mais cette défaite est bien cavalière pour des philosophes, et je ne crois pas qu'elle fasse changer de sentiment ceux qui reconnaissent par expérience qu'une grande douleur est une grande misère. Ainsi Zénon et toute la philosophie païenne ne peut résoudre la difficulté proposée par les épicuriens , et il faut avoir recours à une autre philosophie plus solide et plus éclairée.

11 est vrai que le plaisir est bon et que la douleur est mauvaise ; que c'est le plaisir et la douleur que l'auteur de la nature a attaché à l'usage de certaines choses qui nous fait juger si elles sont bonnes ou si elles sont mauvaises , que nous devons user des bonnes et fuir les mauvaises, et suivre presque toujours les mouvements des passions. Tout cela est vrai , mais cela ne regarde que le corps. 11 faut presque toujours se laisser conduire à ses passions et à ses désirs pour conserver son corps et pour continuer longtemps une vie semblable à celle des bêtes. Les sens et les passions ne nous sont donnés que pour le bien du corps. Le plaisir sensible est le caractère que la nature a attaché à l'usage de certaines choses, afin que, sans avoir la peine de les examiner par la raison, nous nous en servissions pour la conservation du corps, mais non pas afin que nous les aimassions. Car nous

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ne devons aimer qne ce que nous reconnaissons très-certainement par la raison être notre bien.

Nous sommes raisonnables , et Dieu qui est notre bien ne veut pas (le nous un amour aveugle^ un amour d'instinct, un amour pour ainsi dire forcé; mais un amour de choix ^ un amour éclairé, un amoui* qui lui assujettisse notre esprit et notre cœur. Il nous porte à l'aimer en nous faisant connaître par la lumière qui accompagne la délectation de sa grâce qu'il est notre bien; mais il nous porte au bien du corps seulement par instinct et par un sentiment confus du plaisir, parce que le bien du corps ne mérite pas l'application de notre esprit ni l'usage de notre raison.

De plus, notre corps n'est pas nous; c'est une chose qui nous appartient , mais sans laquelle , absolument paiiant , nous pouvons subsister. Le bien de notre corps n'est donc pas notre bien. Les corps ne peuvent être le bien que des corps. Nous pouvons en user pour notre coi'ps, mais nous ne devons pas nous y attacher. Notre âme a aussi son bien, savoir ce bien seul qui est au-dessus d'elle, qui seul la conserve, et qui seul produit en elle des sentiments de plaisir ou de douleur. Car entln tous les objets de nos sens sont par euxmêmes incapables de se faire sentir ; et il n'y a que Dieu qui nous apprenne qu'ils sont présents, par les sentiments qu'il nous en donne. Et c'est ce que les philosophes païens ne comprenaient pas.

Nous pouvons et nous devons aimer ce qui est capable de nous faire sentir du plaisir, je l'avoue. Mais c'est par cette raison-là que nous ne devons aimer que Dieu, parce qu'il n'y a que Dieu qui puisse agir dans notre âme, et que les objets sensibles ne peuvent au plus que remuer les oi-ganes de nos sens. Mais qu'importe, direz-vous , de quelle part viennent ces sentiments agréables! je veux les goûter. Ingrat que vous êtes! reconnaissez la main qui vous comble de biens. Vous exigez d'un Dieu juste des récompenses injustes ; vous voulez qu'il vous récompense pour des crimes (jue vous commettez contre lui, et dans le temps même que vous les commettez. Vous vous servez de sa volonté immuable , qui est l'ordre et la loi de la nature, pour arracher de lui des faveurs que vous ne méritez pas, car vous produisez avec une adresse criminelle, dans votre corps, des mouvements qui l'obligent à vous faire goûter de toutes sortes de plaisirs. Mais la mwi

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corrompra ce corps ; et Dieu^ que vous avez fait servir à vos injustes désirs^ vous fera servir à sa juste colère^ il se moquera de vous à son tour.

Il est vrai que c'est une chose bien fâcheuse que la possession du bien du corps soit accompagnée du plaisir^ et que la possession du bien de Tàme soit souvent jointe à la peine et à la douleur. On peut croire que c'est un grand dérèglement^ par cette raison que le plaisir étant le caractère du bien^ comme la douleur celui du mal^ nous devrions sentir infiniment plus de douceur dans l'amour de Dieu que dans Tusage des choses sensibles^ puisque Dieu est le vrai ou plutôt Tunique bien de Fesprit. Cela arrivera certainement un jour^ et il y a quelque apparence que cela était ainsi avant le péehè. Au moins est-il constant qu'avant le péché on ne sentait point de douleur dans l'exercice de son devoir.

Mais Dieu s'est reth'é de nous depuis la chute du premier homme. Il n'est plus notre bien par nature^ il ne l'est plus que par grâce ; car nous ne sentons plus naturellement de douceur dans son amour^ et , bien loin de nous porter à l'aimer^ il nous éloigne de lui. Si nous le suivons^ il nous repousse; si nous courons après lui^ il nous frappe. Si nous nous opiniàtrons à le poursuivre^ il continue de nous maltraiter^ il nous fait souffrir des douleurs très-vives et trèssensibles. Mais lorsque, étant lassés de marcher dans les voies dures et pénibles de la vertu, sans être soutenus par le goût du bien ni fortifiés par quelque nourriture, nous nous repaissons des biens sensibles , il nous y attache par le goût du plaisir; et il semble qu'il nous veuille récompenser de ce que nous lui tournons le dos pour courir après ces faux biens. Enfin depuis le péché il semble que Dieu ne veuille plus que nous l'aimions, ni que nous pensions à lui, ou que nous le regardions comme notre seul et unique bien. Ce n'est que par la douceur de la grâce de notre médiateur Jésus-Christ que nous sentons que Dieu est notre bien : car le plaisir étant la marque sensible du bien, nous sentons que Dieu est notre bien ; puisque, par la grâce de Jésus-Christ , nous aimons Dieu avec plaisir.

Ainsi l'âme ne reconnaissant point son bien , ni par une vue claire ni par sentiment, sans la grâce de Jésus-Christ, elle pi cnd le bien du corps pour le sien propre, elle l'aime et s'y atlache encore plus étroitement par sa volonté qu'elle n'\

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était attachée pai' la première institution de la nature. Car le bien du corps étant demeuré le seul qui se fcisse maintenant sentir, il agit nécessairement sur Fliomme avec plus de force. Le cerveau en est plus vivement frappé , et par conséquent ràme le sent et l'imagine d^me manière plus touchante. Les esprits animaux en sont agités avec plus de violence, et par conséquent la volonté Taime avec plus d'ardeur et plus de plaisir.

L'âme pouvait, avant le péché, effacer du cerveau l'image trop vive du bien du corps et faire évanouir le plaisir sensible qui accompagnait cette image. Le corps étant soumis à l'esprit, ràme pouvait en un instant arrêter l'ébranlement des fibres du cerveau et l'émotion des esprits par la seule considération de son devoir. Mais depuis le péché cela n'est plus en sa puissance. Ces traces de l'imagination et ces mouvements des esprits ne dépendent plus d'elle, et , par une suite nécessaire, le plaisir qui est attaché par l'ordre de la nature à ces traces et à ces mouvements devient seul le maître du cœur. L'homme ne peut résister longtemps par ses propres forces à ce plaisir : il n'y a que la grâce qui le puisse vaincre entièrement 3 raison seule ne le peut, parce qu'en un mot il n'y a que Dieu comme auteur de la grâce qui, pour ainsi dire, se puisse vaincre comme auteur de la nature , ou plutôt qui se puisse fléchir comme vengeur de la désobéissance d'Adam.

Les stoïciens, qui n'avaient qu'une connaissance confuse des désordres du péché originel, ne pouvaient répondre aux épicuriens. Car leur félicité n'était qu'une idée ; puisqu'il n'y a point de félicité sans plaisir, et qu'As ne pouvaient goûter de plaisir dans les actions d'une solide vertu. Ils sentaient bien (quelque joie en suivant les règles de leur vertu imaginaire, parce que la joie est une suite naturelle de la connaissance qu'a notre âme qu'elle est dans le meilleur état où elle puisse être. Cette joie de l'esprit pouvait leur soutenir le courage pour quelque temps, mais elle n'était pas assez forte pour résister à la douleur et pour vaincre le plaisir. L'oi'gueil secret, et non pas la joie, faisait bonne mine; et lorsqu'ils n'étaient plus en vue, ils pei'daient toute leur sagesse et toute leur force, comme ces rois de théâti'e qui perdent toute leur grandeur en un moment.

U n'en est pas de môme des chrétiens qui suivent exactement les règles de l'Evangile. Leur joie est solide, parce qu'ils u. 39

savent très-certainement qu'ils sont dans le meilleur état où ils puissent être. Leur joie est grande^ parce que le bien qu'ils goûtent par la foi et par Fespérance est infini. Car Tespérance d'un grand bien est toujours accompagnée d'une grande joie; et cette joie est d'autant plus vive que Tespérance est plus forte, parce qu'une forte espérance, faisant imaginer le bien comme présent , produit nécessairement la joie , et môme le plaisir sensible qui accompagne toujours la présence du bien. Leur joie n'est point inquiète , parce qu'elle est fondée sur les promesses d'un Dieu, confirmée par le sang du Fils de Dieu , enti-etenue par la paix intérieure et par la douceur inexplicable de la charité que le Saint-Esprit répand dans leur cœur. Rien ne les peut séparer de leur vrai bien, lorsqu'ils le goûtent et qu'ils se plaisent en lui par la délectation de la grâce. Les plaisirs des biens du corps ne sont point si grands que ceux qu'ils ressentent dans l'amour de Dieu. Ils aiment le mépris et la douleur, ils se nourrissent d'opprobre, et le plaisir qu'ils trouvent dans les souffrances, ou plutôt le plaisir qu'ils trouvent en Dieu lorsqu'ils méprisent tout le reste pour s''unir à lui, est si violent qu'il les transporte, qu'il leur fait parler un langage tout nouveau, et qu'ils *se glorifient même comme les apôtres dans leurs misères et dans les injures qu'ils ont souffertes. Mais pour les apôtres ils sortirent du conseiL dit l'Écriture, tout remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le uom de Jésus «. Teire est la disposition d'esprit des véritables chrétiens lorsqu'ils ont reçu les derniers affi'onts pour la défense de la vérité.

Jésus-Christ étant venu rétablir l'ordre que le péché avait renversé, et l'ordre demandant que les plus grands biens soient accompagnés des plaish's les plus solides, il est visible que les choses doivent arriver comme on vient de le dire. Mais, outre la raison, nous avons encore l'expérience ; car dès qu'une personne forme seulement la résolution de mépriser tout pour Dieu , il est d'ordinaire touché d'un plaisir ou d'une joie intérieure qui lui fait sentir aussi vivement que Dieu est son bien qu'il le connaissait clairement.

Les vrais chrétiens nous assurent tous les jours que la joie qu'ils ont de n'aimei' et de ne servir que Dieu ne se peut ex-

* Act. 5, 41.

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primer , et il est bien juste de les croire touchant ce qui se passe dans eux-mêmes. Les impies au contraire sont toujours dans des inquiétudes mortelles ; et ceux que le monde partage avec Dieu^ partagent aussi la joie des justes et les inquiétudes des impies. Ils se plaignent de leurs misères^ et il est juste aussi de croire que leurs plaintes ne sont point sans fondement. Dieu blesse les hommes dans le fond de leur cœur lors({u'ils aiment autre chose que lui , et c'est cette blessure ([ui fait la véritable misère. Il répand une joie excessive dans leurs esprits lorsqu'ils s'attachent uniquement à lui^ et c'est cette joie qui fait la solide félicité. L'abondance des richesses et l'élévation des honneurs sont hors de nous , ils ne peuvent nous guérir lorsque Dieu nous blesse. La pauvreté et le mépris sont aussi hor^ de nous , et ils ne peuvent nous blesser lorsque Dieu nous défend.

11 est clair par les choses que nous venons d« dire que l'objet de nos passions n'est point notre bien ; que nous ne devons en suivre les mouvements que pour la conservation de noti e vie ; que le plaisir sensible est à Tégard de notre bien ce que nos sensations sont à l'égard de la vérité, et que^ de même ({ue nos sens nous trompent touchant la vérité , nos passions nous trompent touchant notre bien ; que Ton doit se rendre à la délectation de la grâce , parce qu'elle nous porte avec évidence à Tartiour du vrai bien , qu'elle n'est point suivie des reproches secrets de la raison , comme l'instinct aveugle et le plaisir confus des passions , et qu'elle est toujours accompagnée d'une secrète joie conforme à l'état dans le(|uel nous sommes ; qu'enfin, n'y ayant que Dieu qui puisse agir dans l'esprit de l'homme , l'homme ne peut trouver de félicité hors de Dieu , si on ne suppose ou que Dieu récompense la désobéissance, ou qu'il comrnande d'aimer davantage ce (jui mérite le moins d'être ahné.

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