‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 185 sur 214 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

lières qui sont nécessaires pour résoudre toutes sortes de questions.

Les questions que l'on peut former sur toute sorte de sujets sont de plusieurs espèces dont il n'est pas facile de faire le dénombrement ; mais voici les principales : quelquefois on cherche les causes inconnues de quelques effets connus ; quelquefois on cherche les effets inconnus par leurs causes connues. Le feu brûle el dissipe les bois ; on en cherche la cause. Le feu consiste dans un très-grand mouvement des parties du bois ; on veut savoir quels effets ce mouvement est capable de produiî'e^ s'il peut durcir la boue^ fondre le fer^ etc.

Quelquefois on cherche la nature d'une chose par ses propriétés ; quelquefois on cherche les propriétés d' une chose dont on connaît la nature. On sait ou l'on suppose que la lumière se transmet en un instant ^ que cependant elle se réfléchit et se réunit parle moyen d'un miroir concave^ en sorte qu'elle dissipe ou qu'elle fond les corps les plus solides^ et l'on veut se servir de ces propriétés poui' en découvrir la nature. On sait au contraire, ou l'on suppose que tous les espaces qui sont depuis la terre jusques au ciel sont pleins de petits corps sphériques extrêmement agités , et qui tendent sans cesse à s'éloigner du soleil ; et l'on veut savoir si l'effort de ces petits corps se pourra transmettre en un instant, et s'ils doivent , en se réfléchissant d'un miroir concave, se réunir, et dissiper ou fondre les corps les plus solides.

Quelquefois on cherche toutes les parties d'un tout ; quelquefois on cherche un tout par ses parties. On cherche toutes les parties inconnues d'un tout connu , lorsqu'on cherche toutes les parties aliquotes d'un nombre, toutes les racines d'une équation, tous les angles droits que contient une figure, etc. Et l'on cherche un tout inconnu dont toutes les parties sont connues, lorsqu'on cherche la somme de plusieurs nombres, l'aire de plusieurs figures, la capacité de plusieurs vases ; ou un tout dont une partie est connue , et dont les autres, quoique inconnues, renferment quelque rapport connu avec ce qui est inconnu : comme lorsqu'on cherche quel est le nombre dont on a une partie connue 15, et dont l'autre qui le compose est la moitié ou le tiers du nombre inconnu ; ou loi'squ'on cherche un nombre inconnu qui soit égal à 15 et à deux fois la racine de ce nombre inconnu.

Enfin on cherche quelquefois si certaines choses «ont égales

ou semblables à d'auti es , ou de combien elles sout iuégales ou différentes. On veut savoir si Saturne est plus grand que Jupiter^ ou à peu près de combien ; si Tair de Rome est plus chaud que celui de Marseille, ou de combien.

Ce qui est généial dans toutes les questions, c'est qu'on ne les forme que pour connaître quelque vérité ; et parce que toutes les vérités ne sont que des rapports, on peut dire généralement que dans toutes les questions on ne cherche que la connaissance de que^iues rapports , soit de rapports entre les choses , soit de rapports entre les idées , soit de rapports entre les choses et leurs idées.

11 y a des rapports de plusieuj's espèces ; il y en a entre la nature des choses, entre leur grandeur, entre leurs parties , entre leurs attributs , entre leurs qualités , entre leurs effets , entre leurs causes , etc. Mais on peut les réduire tous à deux , savoir, à des rapports de grandeur et à des rapports de qualité ; en appelant rapports de grandeur tous ceux qui sont entre les choses considérées comme capables du plus et du moins , et rapports de qualité tous les autres. Ainsi l'on peut dire que toutes les questions tendent à découvrir quelques rapports, soit de grandeur, soit de qualité.

La première et la principale de toutes les règles est qu'il faut connaître très-distinctement Tétat de la question qu'on se propose de résoudre , et avoir des idées de ses tej'mes assez distinctes, pour les pouvoir comparer, et pour en reconnaître ainsi les l'apports inconnus.

Il faut donc premièrement apercevoir très-clairement le rapport inconnu que Ton y cherche ; car il est évident que si Ton n'avait point de marque certaine pour i-econnaître ce j'apport inconnu lorsqu'on le cherchait , ou lorsqu'on l'aurait trouvé, ce serait en vain qu'on le chercherait.

Secondement, il faut autant qu'on le peut se lendre distinctes les idées qui répondent aux termes de la question , en ôtant réquivo(iue des termes, et claires, en les considérant avec toute l'attention possible. Car si ces idées sont si confuses et si obscures qu'on ne puisse faire les comparaisons nécessaires pour découvrir les rapports que l'on cherche, l'on n'est point encore en état de résoudre la (pies lion.

En troisième lieu, il faut considérer avec toute l'attention possible les conditions exprimées dans une question , s'il y en a quelques-unes , parce que sans cela l'on n'entend que con-

Page 1