‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 26 sur 214 · LIVRE PHEMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PHEMIER

ne pouvons pas faire par les autres. Cependant si on Texamine on y trouvera plusieurs défauts.

Car premièrement ce moyen ne nous sert que pour les objets qui sont sur la terre, puisqu'on n'en peut faire usage que très-rarement et même fort inutilement pour ceux qui sont dans l'air ou dans les cieux. Secondement, on ne s'en peut servir sur la terre que pour des choses éloignées de peu de lieues. En troisième lieu , il faut être assuré qu'il ne se trouve entre nous et l'objet ni vallées , ni montagnes, ni autre chose semblable qui nous empêche de nous servir de ce moyen. Enfin je crois qu'il n'y a personne qui n'ait fait assez d'expériences sur ce sujet pour être persuadé qu'il est extrêmement difficile de juger avec quelque certitude de l'éloignement des objets par la vue sensible des choses qui se trouvent entre eux et nous , et on ne s'y est peut-être que trop arrêté.

Voilà tous les moyens que nous avons pour juger de la distance des objets; on y a fait remarquer des défauts considérables , et on en doit conclure que les jugements qui sont appuyés sur des moyens si peu sûrs doivent être aussi trèsincertains.

Il est facile de là de faire voir la vérité des propositions que j'ai avancées. On a supposé l'objet C assez éloigné d'A, dont il peut en plusieurs rencontres s'avancer vers I> ou s'approcher vers B , sans qu'on le reconnaisse , puisqu'on n'a pas de moyen assuré pour juger de sa distance. Il peut même reculer vers D lorsqu'on le croira s'approcher vers B , paixe que l'image de l'objet s'augmente et s'agrandit quelquefois sur le nerf optique , soit à cause que la matière transparente qui est entre l'objet et l'œil peut faire une plus grande réfraction en un temps qu'en un autie, soit parce qu'il arrive quelquefois de petits tremblements à ce nerf, soit enfin parce que l'impression que fait l'union peu exacte des rayons sur ce même nerf se répand et se communique aux pai ties qui n'en devaient point être agitées , ce qui peut venir de plusieurs causes différentes. Ainsi l'image des mêmes objets se trouvant plus grande dans ces occasions , elle donne sujet à l'âme de croire que l'objet s'approche. 11 en faut dire autant des autres propositions.

Avant que de finir ce chapitre, il faut remarquer qu'il nous importe beaucoup , pour la conservation de notre vie ^

DES SEINS

Ae connaître mieux le mouvement ou le repos des corps à proportion qu'ils sont plus proches de nous , et qu'il nous est assez inutile de savoir avec exactitude la vérité de ces choses quand elles se passent dans des lieux fort éloignés. Car cela montre évidemment que ce que j'ai avancé généralement de tous les sens , qu'ils ne nous font connaître les choses que par rapport à la conservation de notre corps et non pas selon ce qu'elles sont en elles-mêmes, se trouve exactement vrai en cette rencontre, puisque nous connaissons mieux le mouvement ou le repos des objets à proportion qu'ils s'approchent de nous, et que nous ne saurions juger par les sens quand ils sont si éloignés qu'ils semblent qu'ils n'aient plus ou presque plus de rapport à nos corps ; comme quand ils sont à cinq ou six cents pas de nous , s'ils sont d'une grandeur médiocre ; ou même plus près que cela, s'ils sont plus petits ; ou enfin plus loin de quelque chose , s'ils sont phis grands,

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