‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 56 sur 214 · LIVRE DhUXlÈMK · texte numérisé non relu

LIVRE DhUXlÈMK

et de l'autre, par la délicatesse et la grossièreté^ par Fhumidité et la sécheresse , par la facilité et la difficulté de se ployer des fibres du cerveau^ et enfin par le rapport que les esprits animaux peuvent avoir avec ces fibres. Et il serait fort à propos que d'abord chacun tâchât d'imaginer toutes les différentes combinaisons de ces choses^ et qu'on les appliquât soi-même à toutes les différences qu'on a remarquées entre les esprits ; parce qu'il est toujours pliis utile et même plus agréable de faire usage de son esprit , et de faccoutumer ainsi à découvrir par lui-même la vérité , que de le laisser corrompre dans Foisiveté , en ne l'appliquant qu'à des choses toutes digérées et toutes développées. Outre qu'il y a des choses si délicates et si fines dans la différence des esprits , qu'on peut bien quelquefois les découvrir et les sentir soi-même^ mais on ne peut pas les représenter ni les faire sentir aux autres.

Mais afin d'expliquer autant qu'on le peut toutes ces diffé- ^ rences qui se trouvent entre les esprits , et atin qu'un chacun remarque plus aisément dans le sien même la cause de tous les changements qu'il y sent en différents temps ^ il semble à propos d'examiner en général les causes des changements qui arrivent dans les esprits animaux et dans les fibres du cerveau^ parce qu'ainsi on découvrira tous ceux qui se trouvent dans l'imagination.

L'homme ne demeure guère longtemps semblable à luimême ; tout le monde a assez de preuves intérieures de son inconstance ; on juge tantôt d'une façon et tantôt d'une autre sur le même sujet ; en un mot , la vie de l'homme ne consiste que dans la circulation du sang et dans une autre circulation de pensées et de désirs, et il semble qu'on ne puisse guère mieux employer son temps qu'à rechercher les causes de ces changements qui nous arrivent , et apprendra ainsi à nous connaître nous-mêmes.

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