C) LIVRE DEUXIÈME
viandes font en peu de temps. Cet air entre des branches de la trachée-artère dans celle deV artère veineuse: delà il se mêle et se fermente avec le reste du sang dans le cœur • et^ selon sa disposition particuUère et celle du sang, il produit de très-grands changements dans les esprits animaux, et par conséquent dans la faculté d'imaginer.
Je sais qu'il y a quelques personnes qui ne croient pas que Tair se mêle avec le sang dans les poumons et dans le cœur, parce qu'ils ne peuvent découvrir avec leurs yeux , dans les branches de la trachée-artère et dans celles de Fartère veineuse , les passages par oii cet air se communique. Mais il ne faut pas que l'action de l'esprit s'arrête avec celle des sens ; il peut pénétrer ce qui leur est impénétrable et s'attacher à des choses qui n'ont point de prise pour eux. 11 est indubitable qu'il passe continuellement quelques parties du sang des branches de la veine artérieuse dans- celles de la trachée-artère ; l'odeur et l'humidité de l'haleine le prouvent assez ; et cependant les passages de cette communication sont imperceptibles. Pourquoi donc les parties subtiles de l'air ne pourraientelles pas passer des branches de la trachée-artère dans l'artère veineuse , quoique les passages de cette communication ne soient pas visibles ? Enfin il se transpire beaucoup plus d'humeurs par les pores imperceptibles des artères et de la peau qu'il n'en sort par les autres passages du corps ; et les métaux mêmes les plus soKdes n'ont point de pores si étroits qu'il ne se rencontre encore dans la nature des corps assez petits pour y trouver le passage libre , puisque autrement ces pores se fermeraient.
11 est vrai que les parties grossières et branchues de l'air ne peuvent point passer par les pores ordinaires du corps , et que l'eau même , quoique fort grossière , peut se glisser par des chemins où cet air est obligé de s'arrêter. Mais on ne parle pas ici de ces parties les plus grossières de l'air ; elles sont, ce semble, assez inutiles pour la fermentation. On ne parle que des plus petites parties roides , piquantes, et qui n'ont que fort peu de branches qui les puissent arrêter, parce que ce sont apparemment les plus propres pour la fermentation du sang.
Je pourrais cependant assurer, sur le rapport de Silvius , (jue l'air môme le plus grossier passe de la trachée- artère dans le cœur, puisqu'il assure lui-même qu'il l'y a vu passer par
DE L*IMAGINATIOi\. — PARTIE.
l'adresse de M. Swammerdam. Car il est plus raisonnable de croire un homme qui dit avoir vu qu'un million d'autres qui parlent en Tair. 11 est donc certain que les parties les plus subtiles de l'air que nous respirons entrent dans notre cœur ; qu'elles y entretiennent avec le sang et le chyle la chaleur qui donne la vie et les mouvements à notre corps, et que, selon leurs différentes qualités , elles apportent de grands changements dans la fermentation du sang et dans les esprits animaux.
On reconnaît tous les jours la vérité de ceci par les diverses humeurs , et les différents cai actères d'esprit des personnes de différents pays. Les Gascons, par exemple, ont Timagination bien plus vive que les Normands. Ceux de Rouen et de Dieppe et les Picards diffèrent tous entre eux , et encore bien plus des Bas-Normands , quoiqu'ils soient assez proches les uns des autres. Mais si on considère les hommes qui vivent dans des pays plus éloignés , on y rencontrera des différences encore bien plus étranges , comme entre un Italien et un Flamand ou un Hollandais. Enfin il y a des lieux renommés de tout temps par la sagesse de leurs habitants , comme Theman et Athènes * ; et d'autres pour leur stupidité, comme Thèbes, Abdère et quelques autres.
Alhenis ténue cœluni , ex que aculiores etiam putantur Attici; crassum Thebis.
l. Du changement des esprits causé par les nerfs qui vont au cœur et aux poumons. — U. De celui qui est causé par les nerfs qui vont au foie , à la l ate , et dans les viscères. — UI. Que tout cela se fait contre notre volonté, mais que cela ne se peut faire sans une providence.
La troisième cause des changements qui airivent aux esprits animaux est la plus ordinaire et la plus agissante de toutes ; parce que c'est elle qui produit, qui entretient et qui fortifie toutes les passions. Pour la bien comprendre, il faut savoir que la cinquième, la sixième et la huitième paire des nerfs envoient la phipai t de leurs rameaux dans la poitrine et dans le ventre, oii ils ont des usages bien utiles pour la
( C'ic, De fato.)
Abderitanae pectora plebis habes.
Bœotura in crasso jurares aere natum.
( RI art. )