‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 80 sur 214 · PÎlUE · texte numérisé non relu

PÎlUE

Uue peut-il conclure de ces descriptions pompeuses et magnifiques des changements qui arrivent dans le monde, et que peuvent-elles contribuer, à sa justilication? La lune est différente dans ses phases, l'année dans ses saisons, les campagnes changent de face l'hiver et l'été; il arrive des débordements d'eaux qui noient des provinces entières, et des tremblements de terre qui les engloutissent ; on a bâti de nouvelles villes ; on a étal)ii de nouvellcL' colonies ; on a vu des inondations de peuples qui ont ravagé des pays entiers ; enihi toute la nature est sujette au changement , donc il a eu raison de quitter la robe pour prendre le manteau ! Quel rappoi't entre ce qu'il doit prouver, et entre tous ces changements et plusieurs autres qu'il recherche avec grand soin et qu'il décrit avec des expressions forcées, obscures et guindées Le paon se change à chaque pas qu'il fait ; le serpent entrant dans quelque trou étroit sort de sa propre peau et se renouvelle; donc il a raison de changer d'habit! Peut-on de sangfroid et de sens rassis tirer de pareilles conclusions? et pourrait-on les voir tirer sans en rire, si cet auteur n'étourdissait et ne troublait l'esprit de ceux qui le lisent ?

Presque tout le reste de ce petit livre de Pallio est plein de raisons aussi éloignées de son sujet que celles-ci, lesquelles certainement ne pi-ouvent qu*'en étourdissant lorsqu'on est capable de se laisser étourdir ; mais il serait assez inutile de s'y arrêter davantage. 11 suftit de dire ici que si la justesse de l'esprit, aussi bien que la clarté et la netteté dans le discours, doivent toujours paraître en tout ce qu'on écrit, puisqu'on ne doit éci'ire que pour faire connaître la vérité, il n'est pas possible d'excuser cet auteur, qui, au rapport même de Saumaise, le plus grand critique de nos jours, a fait tous ses efforts pour se rendre obscur, et qui a si bien léussi dans son dessein, que ce commentateur était prêt de jurer qu'il n'y avait personne qui l'entendît parfaitement . Mais quand le génie de la nation, la fantaisie de la mode qui régnait en ce

' Ch. 2 et 3 de Pallio.

^ Multos etiara vidi postquam bene œstuassent ut eum assequerentur , nihil praeler sudorem et iiianem animi fatigatioaem lucratos , ab ejiis lectione discessisse. Sic qui scotiuus haberi , \iderique dignus qui hoc cognomentum haberet , \oluit, adeo quod voluit à semetipso inipetravit, et efliccre id quod optabal \aluit , ut liquido jurarc ausitii nemiucm ad hoc tempus extitisse , qui pwi.sit jurai e hune hbclUim a capite ad calccm usque totuni a se non minus bene intellectum quam lectutn. Sa! m. in epist. ded. Comvi. in Terf,

# LIVUE DEUXIÈME.

temps-là, et eiiliii la natiu-e de la satire ou de la raillerie, seraient capables de justifier en quelque manière ce beau dessein de se rendre obscur et incompréhensible, tout cela ne pourrait excuser les méchantes raisons et l'égarement d'un auteur qui, dans plusieurs autres de ses ouvrages aussi bien que dans celui-ci, dit tout ce qui lui vient dans Tesprit, pourvu que ce soit quelque pensée extraordinaire et qu'il ait quelque expression hardie par laquelle il espère faire parade de la force , ou pour mieux dire du dérèglement de son imagination.

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