DE L*IMAGINATION.-— UI*' PARTIE
société avec les autres hommes , il nous a donné une inclination pour tout ce qui est capable de nous lier avec eux, la(iuelle nous ne pouvons vaincre par nous-mêmes. 11 est chiméi-ique de dire que la douleur ne nous blesse pas , et que les paroles de mépris ne sont pas capables de nous offenser, parce qu'on est au-dessus de tout cela. On n'est jamais audessus de la nature, si ce n'est par la gràce^ et jamais stoïque ne méprisa la gloire et l'estime des hommes par les seules forces de son esprit.
Les hommes peuvent bien vaincre leurs passions par des passions contraires, ils peuvent vaincre la peur ou la douleui* par vanité ; je veux dii'e seulement qu'ils peuvent ne pas fuir ou ne pas se plaindre lorsque , se sentant en vue à bien du monde, le désir de la gloire les soutient et airete dans leur corps les mouvements qui les portent à la fuite. Ils peuvent vaincre de cette sorte 5 mais ce n'est pas là vaincre , ce n'est pas Là se délivrer de la sei'vitude; c'est peut-être changer de maître pour quelque temps , ou plutôt c'est étendre son esclavage ; c'est dcA enir sage , heureux et libre seulement en apparence , et souffrir en effet une duie et cruelle servitude. On peut l'ésister à l'union naturelle que Ton a avec son corps par l'union que Ton a avec les hommes^ parce qu'on peut résister à la nature par les forces de la nature ; on peut résister à Dieu par les forces que Dieu nous donne. Mais on ne peut résister par les forces de son esprit ; on ne peut entièrement vaincre la nature que par la grâce, parce qu'on ne peut , s'il est permis de parler ainsi , vaincre Dieu que par un secours particulier de Dieu.
Ainsi cette division magnifique de toutes les choses qui ne dépendent point de nous, et desquelles nous ne devons point dépendre, est une division qui semble conforme à la raison , mais qui n'est point conforme à l'état déréglé auquel le péché nous a réduits. Nous sommes unis à toutes les créatures par l'ordre de Dieu , et nous en dépendons absolument le désordi'c du péché. De sorte que ne pouvant être heureux lorsque nous sommes dans la douleur et dans l'inquiétude , nous ne devons point espérer d'être heureux en cette vie, en nous imaginant que nous ne dépendons point de toutes les choses desquelles nous sommes naturellement esclaves. Nous ne pouvons être heureux que par une foi vive et par une forte espérance qui nous fasse jouir par avance des biens fu-
turs; et nous ne pouvons vivre selon les règles de la vertu, et vaincre la nature , si nous ne sommes soutenus par la grâce que Jésus-Christ nous a méritée.