‹ ŒuvresChapitre 27 sur 56 · QUATRIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME MÉDITATION

Des vérités nécessaires, de l'ordre immuable, et des lois éternelles en général.

1. 0 Dieu, que d'obscurités et de ténèbres dans mon esprit ! Je ne puis comprendre ce que c'est que Tordre, et j'en veux faire la règle de mes volontés. Je conçois bien que la beauté de Tordre est plus aimable que toutes les beautés sensibles. Oui , je le connais ; mais en quoi consiste cette beauté , c'est ce que je ne puis découvrir. Plus je pense à elle , plus elle s'éloigne de moi ; et lorsque je fais quelque effort pour la retenir, elle m'échappe et s'évanouit comme un fantôme qui disparaît à la lumière. Hélas ! n'est-ce point que mes désordres blessent la beauté de Tordre? n'est-ce point que la laideur de mes péchés lui fait horreur ? Mais , si cela est , d'où vient que cette beauté , qui m'échappe lorsque je m'applique à la regarder, se présente à moi lorsque je la néglige , et que je voudrais même qu'elle m'oubliât ? D'où vient qu'elle me représente mes désordres, qu'elle me montre ses charmes, qu'elle m'exhorte à l'aimer? 0 beauté que je sens toujours en moi-même , et que je ne puis contempler selon mes désirs ! je sais que vous êtes la première des beautés, qu'il n'y a rien de beau que par rapport à vous, et que je suis tout difforme lorsque je ne suis point formé sur vous. Mais, quoique votre lumière me pénètre, je ne puis découvrir qui vous êtes. Il me semble que je vous connais , quand je ne pense point à vous ; mais, quand je m'applique à vous contempler, je ne comprends rien du tout en vous.

2. 0 Jésus ! vous m'avez dit que vous êtes Tordre aussi bien que la vérité, et je Tai cru. Mais qu'ai-je conçu alors?

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Vérité, ordre, que conçois-je quand je pense à vous? Lorsque les pensées des hommes sont conformes à la vérité , elles sont vraies ; lorsque leurs actions sont dans l'ordre, elles sont justes. Chose étrange ! je sais quand des pensées sont vraies , je sais quand des actions sont justes, et je ne comprends pas ce que c'est que la vérité et l'ordre qui règlent tout. 0 mon unique maître , je ne fais que me troubler moi-même , lorsque vous ne m'éclairez pas. Je veux passer toutes les beautés sensibles pour m'élever jusqu'à vous. Mais , hélas ! je ne trouve point de prise dans tout ce qui n'a point de corps. Je ne suis point accoutumé à contempler les beautés purement intelligibles. Le poids de mon corps appesantit mon esprit, je retombe et je me laisse conduire par mon imagination , qui me rassure et me délasse en me représentant des proportions de figures, des beautés sensibles , ombres et faibles rayons delà beauté que je désire. 0 Jésus, faites-moi comprendre comment vous êtes la vérité et Tordre : découvrez-vous à moi, et que je sache précisément ce que c'est que j'aime avec tant d'ardeur , afin que mon amour pour vous augmente à proportion de mes connaissances !

3. Il y a, mou fils, beaucoup plus de sentiment que de lumière dans toutes les pensées que tu as sur la vérité et sur Tordre. Tu t'arrêtes trop aux expressions sensibles , avec lesquelles on parle ordinairement de ces choses , et ces expressions réveillent plutôt en toi des sentiments confus que des idées claires. Rentre donc en toi-même , et n'écoute que moi.

4. Lorsque tu vois que 2 fois 2 font 4, et que 2 fois 2 ne font pas 5 , tu vois des vérités ; car c'est une vérité que 2 fois 2 font 4, ou que 2 fois 2 ne font pas 5. Mais que vois-tu alors sinon un rapport d'égalité entre 2 fois 2 et 4 , ou un rapport d'inégalité entre 2 fois 2 et 5 ? Ainsi les vérités ne sont que des rapports, mais des rapports réels et intelligibles. Car, si un homme s'imaginait voir un rapport d'égalité entre 2 fois 2 et 5, ou un rapport d'inégalité entre 2 fois 2 et 4 , il verrait une fausseté, il verrait un rapport qui ne serait point, ou plutôt il croirait voir ce qu'effectivement il ne voit point.

5. Or tous les rapports se réduisent à trois genres : aux rapports entre les êtres créés , aux rapports entre les idées intelligibles, et aux rapports entre les êtres et leurs idées. Mais comme je renferme seulement en ma substance les idées

purement intelligibles, il n'y a que les rapports qui sont entre ces idées qui soient des vérités éternelles, immuables, nécessaires. Le rapport d'égalité entre 2 fois 2 et 4 est une vérité éternelle , immuable, nécessaire ; mais les rapporte qui sont entre les êtres créés ou entre ces êtres et leurs idées n'ont pu commencer avant que ces êtres fussent produits, car il n'y a point de rapport entre des choses qui ne sont point : un néant considéré comme tel ne peut être double ou triple d'un autre néant, ni même lui être positivement égal.

6. Ainsi je suis la vérité éternelle, parce que je renferme en moi-même toutes les vérités nécessaires. Je suis la vérité , parce qu'il n'y a rien d'intelligible hors de moi : ce n'est point que je répande la lumière dans les esprits comme une qualité qui les éclaire, mais c'est que je leur découvre ma substance comme la vérité ou la réalité intelligible dont ils se nourrissent; c'est que je les unis immédiatementà moi-même comme à la raison qui les rend raisonnables ; c'est que je me donne tout entier à chacun d'eux, que je les pénètre et que je remplis toute la capacité qu'ils ont de me recevoir. Mais tu n'es pas en état de comprendre clairement comment je me communique aux hommes.

7. Afin que tu conçoives maintenant comment je suis l'ordre, la règle, la loi immuable et nécessaire de Dieu mon père et de tous les esprits créés , tu dois savoir qu'entre les idées intelligibles que je renferme il y a des rapports de grandeur et des rapports de perfection. Les rapports de grandeur sont entre les idées des êtres de même nature, comme entre l'idée d'une toise et l'idée d'un pied ; et les idées des nombres mesurent ou expriment exactement ces rapports , s'ils ne sont incommensurables. Les rapports de perfection sont entre les idées des êtres ou des manières d'être de différente nature, comme entre le corps et l'esprit , entre la rondeur et le plaisir. Mais tu ne peux mesurer exactement ces rapports. 11 suffit seulement que tu comprennes que l'esprit, par exemple, est plus parfait ou plus noble que le corps, sans savoir exactement de combien; et tu n'en douteras pas, si tu sais bien distinguer l'àme du corps, et si tu compares ce qui arrive à ton corps avec les propriétés admirables de ton esprit.

8. Or il y a cette différence entre les rapports de grandeur et les rapports de perfection , que les rapports de grandeur sont des vérités toutes pures, abstraites, métaphysiques, et

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que les rapports de perfection sont des vérités et en même temps des lois immuables et nécessaires; ce sont les règles inviolables de tous les mouvements de l'esprit. Ainsi ces vérités «sont l'ordre, que Dieu même consulte dans toutes ses opérations; car, aimant toujours toutes choses à proportion qu'elles sont aimables, les différents degrés de perfection règlent les différents degrés de son amour et la subordination qu'il établit entre ses créatures. Il est vrai que maintenant tout est dans le désordre; mais c'est une suite du péché qui a tout corrompu par la nécessité même de Tordre ; car Tordre même veut le désordre pour punir le pécheur, n'étant pas juste que le pécheur commande à son corps. Mais je ne veux pas t'expliquer à présent pourquoi Dieu qui aime Tordre a permis le péché, qui a tout jeté dans la confusion et dans le désordre ; je t'en entretiendrai une autre fois *.

9. Afin que tu comprennes clairement que je suis Tordre immuable et la loi éternelle, il suffit que tu sois persuadé de deux vérités incontestables : la première , que mon père m'aime par un amour nécessaire, à cause qu'il m'engendre par la nécessité de sa nature et qu'il me communique toute sa substance; la seconde, que je renferme nécessairement dans la simplicité de mon être des perfections différentes , puisque je sais qu'il y a différentes perfections dans les créatures, et que je ne les puis connaître que par la différence de leurs idées qui sont en moi. Car enfin , si ce qui est en moi représentant corps était en tout sens la même perfection que ce qui est en moi représentant esprit, tu vois bien que je ne pourrais pas savoir la différence qu'il y a entre un esprit et un corps , puisque je ne puis découvrir les différentes perfections des créatures que par les différences qui se trouvent dans leurs idées.

10. S'il est donc vrai que mon père m'aime par la nécessité de sa nature , et que je renferme dans l'infinité de ma substance et dans la simplicité de mon être des perfections différentes , car c'est une des propriétés de l'infini de comprendre tout et de demeurer simple > il est évident que mon père a nécessairement plus d'amour pour ce qu'il y a en moi de plus parfait, que pour ce qu'il y a de moins parfait, je veux dire pour ma substance, en tant que participante par un être

> Voy. les Conversations chrétiennes y deuxième entretien, de l'édition de 1695v ou le deuxième entretien sur la Mort.

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plus noble que par un être moins noble ; et supposé que l'idée que j'ai de l'esprit de l'homme renferme cent fois plus de perfection que celle que j'ai de son corps, il est nécessaire que Dieu , qui aime toutes choses à proportion qu'elles sont aimables, aime cent fois plus l'esprit intelligible que le corps intelligible. Cependant il n'y a rien en moi que Dieu n'aime infiniment; car Dieu n'aime aucune chose d'un amour fini, et même il n'y a rien en ma substance que d'infiniment aimable.

11. Tu es surpris de ce que d'un côté je dis que Dieu aime inégalement les perfections inégales que je renferme , et que de l'autre je t'assure que mes diverses perfections, et les différents degrés d'amour selon lesquels Dieu les aime, sont effectivement infinis. Mais tu dois savoir qu'il y a les mêmes rapports entre les infinis qu'entre les finis, et que tous les infinis ne sont pas égaux. Il y a des infinis doubles, triples, centuples les uns des autres ; etquoique le plus petit des infinis soit infiniment plus grand qu'aucune grandeur finie, quelque grande qu'on la veuille imaginer, et qu'ainsi entre le fini et l'infini il ne puisse y av oir de rapport fini et que l'esprit humain puisse comprendre, néanmoins tu peux mesurer exactement les rapports de grandeur que les infinis ont entre eux ; de même que tu peux souvent découvrir les rapports qui sont entre les nombres incommensurables, sans pouvoir jamais déterminer les rapports que ces nombres ont avec l'unité, ni avec aucune partie de l'unité. Lorsque Dieu conçoit une infinité de dizaines et une infinité d'unités, il conçoit un infini dix fois plus grand qu'un autre. Dieu conçoit sans doute que deux corps se peuvent mouvoir durant toute l'éternité ; il sait à présent toutes les lignes que décriront les corps qu'il a créés , et que tu peux penser devoir être en mouvement des siècles infinis. Si tu supposes donc qu'un de ces corps se meuve une, deux, ou trois fois plus vite que quelque autre, la ligne de son mouvement sera une, deux , trois fois plus grande que celle que cet autre corps décrira. Ainsi tu vois clairement que les infinis peuvent avoir entre eux des rapports finis ; ils peuvent même avoir entre eux des rapports infinis, car l'esprit se représente des infinis infiniment plus grands les uns que les autres l.

1 Comme si un eorps se remuait ea augmentant son mouvement selon quelque progression durant toute l'éternité, et que l'on comparât ce mouvement avec un autre qui serait uniforme.

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Mais il n'est pas nécessaire que je m'arrête à te le faire comprendre.

12. Si tu conçois clairement que mon père, par la nécessité de sa nature, aime inégalement, quoique infiniment, les perfections inégales, quoique infinies, que je renferme dans l'immensité de ma substance infiniment infinie, tu n'auras pas de peine à comprendre que tous les rapports de perfection qui sont en moi sont l'ordre nécessaire, la loi éternelle, la règle immuable de tous les mouvements des esprits créés ; car, Dieu aimant par la nécessité de sa nature toutes choses à proportion qu'elles sont aimables , il ne peut pas créer des Aolontés ou imprimer dans les esprits des mouvements pour aimer sans ordre, ou pour aimer davantage ce qui est le moins aimable. Ainsi tout amour naturel est nécessairement conforme à la volonté de Dieu, qui ne peut jamais s'éloigner de Tordre.

1 3. Pourquoi penses-tu que tous les hommes aiment naturellement la beauté? C'est que toute beauté, du moins celle qui est l'objet de l'esprit, est lisiblement une imitation de l'ordre. Si un peintre habile dans son art a disposé de telle manière toutes les figures d'un tableau, que le principal personnage v soit le plus en vue , que les couleurs de son vêtement soient les plus vives, que l'air du visage et la posture du corps de tous ceux qui l'environnent portent à le considérer, et marquent les mouvements de l'àme dont ils doivent être agités à son occasion, tout plaira dans l'ouvrage de ce peintre, à cause de l'ordre qui s'y rencontre. Lorsque dans une assemblée chacun prend la place qui lui est due , et observe avec soin de plaire et de rendre honneur à la personne qui a le plus de qualités ou de mérite connu, rien ne choque ; mais si un malhonnête homme, ou par ses manières, ou par ses discours, veut s'attirer l'attention ou le respect qu'il doit luimême à quelque autre, il déplaira nécessairement à ceux, mêmes qui n'y ont point d'intérêt, parce qu'il blesse l'ordre. On doit remarquer l'ordre en toutes choses, car il se rencontre partout; et ceux qui le connaissent et qui en font la règle de leurs actions se rendent toujours aimables , parce qu'ils sont conformes à ce que l'on aime par une impression naturelle et invincible.

14. L'ordre et la vérité se rencontre même dans les beautés sensibles, quoiqu'il soit extrêmement difficile de l'y décou-

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vrir: car ces sortes de beautés ne sont que des proportions, c'est-à-dire des vérités ordonnées ou des rapports justes et réglés. Par exemple, une voix est belle lorsque les vibrations ou les secousses que cette voix produit dans Fair sont eommensurables entre elles. Une voix est rude au contraire et chante mal, lorsqu'elle ébranle Fair par des secousses ou des vibrations dont les rapports sont incommensurables; et plus ces rapports approchent de l'égalité, plus les consonnances en sont douces , quoiqu'elles ne continuent pas toujours d'être les plus agréables , à cause que l'oreille, sentant des rapports trop simples, s'en dégoûte par la même raison que l'esprit se lasse de contempler des vérités trop faciles à découvrir. Ce n'est pas néanmoins que l'âme découvre ces rapports entre les vibrations qui causent différents sons, ni qu'elle s'en afflige ou s'en réjouisse par elle-même; mais c'est qu'elle est tellement faite pour connaître la vérités que, pourvu que les mouvements qui arrivent à son corps ne le blesse point ou ne lui soient point utiles , Dieu a dû faire sentir à l'âme du plaisir lorsque les rapports de ces mouvements se pourraient mesurer par quelque chose de fini ; et au contraire, il a voulu lui faire sentir quelque peine lorsque ces mouvements sont incommensurables et par conséquent incompréhensibles à l'esprit humain. Car tu dois savoir que Dieu imprime dans l'âme tous les sentiments agréables ou désagréables qu'elle se donnerait à elle-même, si, ayant beaucoup d'amour pour la vérité et pour l'ordre, elle pouvait agir en elle et connaître exactement tous les mouvements qui se produisent dans son corps. Je t'instruirai quelque jour plus particulièrement de ces vérités.

1 :6. Cependant prends bien garde à ne pas aimer les beautés sensibles, ni à te rendre le goût trop fin et trop délicat pour les discerner. Il n'y a rien qui affaiblisse tant l'esprit et qui corrompe tant le cœur. Comme les rapports sensibles se découvrent avec plaisir, tu négligerais bientôt la recherche des rapports intelligibles, qui peuvent seuls éclairer ton esprit. Lorsqu'on aime une beauté qui touche les sens, ne t'imagine pas qu'on l'aime à cause de l'ordre qui s'y peut rencontrer, car le plus souvent on ne l'y découvre pas; c'est soi-même que l'on aime, c'est son propre plaisir; et si on aimait alors quelque chose de distingué de soi, ce ne serait point Dieu que

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l'on aimerait, mais l'objet sensible; ce ne serait point la véritable cause de son plaisir, mais celle qui en est l'occasion. Cependant le mouvement d'amour que Dieu imprime en l'homme ne lui est pas donné afin que l'homme s'arrête à s'aimer. L'homme n'est pas son bien à soi-même; il ne peut se rendre ni plus heureux ni plus parfait; Dieu lui imprime du mouvement afin qu'il s'élève au-dessus de soi-même et des objets sensibles, afin qu'il recherche la vérité et qu'il aime la beauté de Tordre. Ainsi il doit être toujours en action, jusqu'à ce qu'il ait rencontré celui qu'il aime par l'amour naturel, dont il abuse pour aimer les créatures.

0 Jésus! ordre, vérité, lumière, nourriture solide des esprits, je vous dois mille actions de grâces pour tous les biens que vous me faites ! 0 pasteur de nos âmes ! qui habitez dans le plus secret de notre raison, et qui nous nourrissez sans cesse de la substance intelligible de la vérité, que tous les esprits vous adorent et vous rendent grâces de vos bienfaits !

Hélas ! à quoi pensent les hommes î Ils chantent vos louanges, lorsque vous avez nourri leur corps de la chair des animaux et des fruits de la terre, et ils oublient de vous rendre grâces, après que vous avez nourri leur esprit de votre substance; ils s'imaginent quelquefois n'avoir rien reçu de vous, et souvent même ils se glorifient de vos dons. Cependant, ô bonté infinie ! vous continuez de vous offrir à eux , afin que, vivant de vous, ils se conservent la viej mais, insensibles à vos bienfaits, ils vous rejettent avec mépris, ou du moins sans vous connaître pour leur bienfaiteur.

0 manne céleste ! vous êtes le pain des anges, et les hommes charnels vous regardent comme une viande creuse et légère; ils ne peuvent penser à vous sans dégoût et sans une espèce d'horreur. Vous renfermez en vous tout ce qu'il y a de délicatesse et de substance dans les mets les plus exquis, et ils vous préfèrent les poireaux, les oignons et les choux, des aliments terrestres et grossiers qui les remplissent de vapeurs et de fumée, à vous, ô vérité intelligible, qui pénétrez tous les esprits de votre lumière !

O Dieu, pardonnez-nous notre ingratitude ou notre ignorance î Nous sommes tous des ingrats et des insensés, ou plutôt des stupides et des misérables; le péché nous assujettit au corps, et par le corps il nous frappe d'un aveuglement et

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d'une insensibilité effroyable. Ayez donc pitié de rions, et nous délivrez de là tyrannie de ce corps qui jette le trouble et la confusion dans toutes les facultés de notre âme.

0 Jésus! quand sera-ce qu'étant assis à votre table dans votre royaume, nous goûterons paisiblement la douceur infinie de la vérité ? Quand sera-ce que, vivant de votre substance, tout remplis et pénétrés de vous, nous n'aimerons que vous et votre père dans l'unité de votre esprit?

0 Jésus! je me console présentement par la nourriture sacrée de votre corps, car je sais que vous en voulez nourrir les hommes pour leur apprendre d'une manière sensible que vous êtes réellement leur vie et leur aliment , et qu'un jour ils vivront de votre substance par la contemplation paisible et continuelle de la vérité. Je me console donc par la part qui m'est donnée au sacrifice pacifique de votre corps et de votre sang. Mais ma consolation n'est pas entière. Votre sacrement ne fait qu'augmenter mes désirs, et, quoique je vous reçoive réellement , comme je vous possède sans vous reconnaître, je sens que je ne vous possède que d'une manière très-imparfaite. Car, hélas ! est-ce posséder la vérité, est-ce vivre de sa substance que de ne la pas contempler? Est-on rempli et pénétré de la splendeur du père, lorsqu'on vous a reçu sous les apparences sensibles de la nourriture ordinaire? Ne vous êtes-vous pas voilé, ô Jésus, dans ce sacrement , pour nous donner un gage qu'un jour notre foi se changera en intelligence; que maintenant nous vous possédons sans le savoir, mais que le jour heureux viendra auquel nous connaîtrons clairement en combien de manières vous êtes la vie et la nourriture ce notre esprit?

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