‹ Œuvres. Nouv. éd., avec une préf. et des notesChapitre 120 sur 138 · SA · texte numérisé non relu

SA

S'ENSTJYVENT LES EPITAPHES

L'an mil cinq cens xxviii , ung nommé Chrislofle , jeune compaignon, fut condamné à esire pendu el esiranglé , par Varrest de la Court, en une potence, en la place Haubert, lequel fut exécuté comme il est escript par le Rondeau qui s'ensuyt.

ort fiiz, puis vif, en moins de demye heure Et par arrest jugé estre pendu Et estranglé, puis après dépendu Pour m'attacher au gibet sans demeure.

Coulleur j'avoys semblable à une meure, La cocde au col, en charette estendu ; Mort fus.

Et neantmoins fauldra qu'encore meure, Supposé que, comme bien entendu, M'estois à Dieu et sa mère rendu ; Les requérant de cueur qu'on me sequeure Mort fus.

Epitaphes.

Epitafhe de feu JacquesdeBeaolne',

en son vivant seigneur de Semblançay-lèz-Tonrs.

trésoriers, amasseurs de deniers, Vous et voz clercs, se n'estes gros asniers ^^IM Bien retenir debvez ce quolibet,

^-^r^ Que pareil bruyt avez que les musniers.

Car, par larcin, en ces jours derniers,

Vostre Guydon fut pendu au gibet.

des cincq lionnorables personnes tuez et occis en la,

forest de Bière, mil cinq cens xxx iiii ,

le unziesme jour de mars , et , par especial , faisant

mention de feu maistre Jehan Hobelin , en

son vivant licentié-es-loix , advocat au

bailliage d'Aucerre.

viateurs, qui cy devant passez.

Mémoire ayez souvent des trespassez.

^^)i( Et mesmement, vous , parens et amys, ^î^^^w^ Leurs héritiers, quant en terre sont my

1 . Surintendant des finances, pendu a Montfaucon, comme concussionnaire, iby.-;.

EpitAPHES. a'rg

Oui de leurs biens, lorsqu'ilz sont décédez, Vous jouissez, et d'iceulx sucedez; En contemplant, par un piteulx remort.

De cinq humains la douloureuse mort, Occiz, tuez, l'an passé puis naguyère, Cruellement en la forez de Bière ', Que l'on disoit mil cinq cens xxx iiii, Dont n'est besoing du contraire en debatre, Par gens mauldictz, meurdriers, meschans souldars En ung Jeudi, le xi jour de Mars.

Ces cinq humains, vertueulx, renommez, Desditz meurdriers furent là consommez; Entre lesquelz Maistre Jehan Hobelin Y souffrit mort, par leur voulloir malin. Du quel le corps gist icy, soubz la lame. Le doulx Jésus ait pitié de son ame.

Amen.

L'Epitaphe

de feu noble dame Anthoinette du Chesnay,

en son vivant feinme de messire Jac(iues de Gyverlay,

chevallier, seigneur de Cbampoles.

gn y devant gist noble Dame Anthoinette ; Sage et prudente, en vertu pure et necte, Et du Chesnay en son seurnom nommée .

1^ Plaine de grâce et bonne renommée,

Bibrre , pr^s Fontainebleau ?

■iSo Epitaphes.

Aux indigens et povres charitable

Fut et estoit, et en dictz véritable.

En son vivant, pour se bien alyer,

Espouse estoit du noble chevallier

Encor vivant Jacques de Gyverlay,

D'honneur garny tant ou plus qu'homme lay,

Et bon renon, de Charapoles Seigneur,

Et en vertu le parfaict enseigneur.

Or pour narrer la bonté de la Dame,

Qui toujours a vescu sans quelque biasme,

Esprit ne sçait pour assez le descrire

N'en ce tableau suffisamment l'escripre ;

Tant en avoit que vivant dirigier

Ne le sçaroit bonnement, n'ériger,

Ne luy donner souffisante louange

Se sens n'avoit et entendement d'ange.

Le bruyt a eu d'estre grant aumosnière Et de Thobye en avoit la manière; Laquelle, ayant entière affection Aux povres gens, et la dévotion De leur bailler et exiber l'aumosne, En leur donnant, ainsi que Dame bonne.

De peste ' lors, qui l'an passé courut, Frappée en fut, et de faict en mourut. Par quoy, povres, ne devez estre las Prier Jésus pour elle, et dire : helas, Perdu avons nostre mère nourrice,

I. Ce fut vers t53i que cette peste fit les plus grarirti» ravages dans VAuxevrois.

Epitaphes. 281

Qui nous estoit en son vivant propice.

Et vous aussi, tant jeunes que anciens, De Batilly devoctz paroissiens, Et auquel lieu le corps est inhumé De ladicte, comme j'ay résumé, Pareillement, vous, messieurs de l'Eglise, Ne devez point, comme chose requise La oublier, mais de voz yeux pleurer.

Et le bon Dieu pour son ame implorer De luy donner entier repos durable Avecques luy es saincts cieulx pardurable. Ledict Seigneur, son espoux, d'un bon zelle De cueur dévot et consentement d'elle, Fondé ilz ont des Dimenches la messe La première, et de dire sans cesse, Au peravant d'icelle commencer.

Au Temps Paschal, « Regina ; » le lesser Au jour futur que on dit La Trinité, Feste qui est de grant solempnité.

Où a Regina » chanter délaisseront Et le « Salve, Regina » chanteront.

Item aussi, messes des Trespassez Pour leurs amys et parens jà passez; Ung « Libéra » avec « De profundis »

Pour eulx aussi ont fondé estre dictz Les vendredis, par chascune sepmaine.

Rente assignée en leur terre et demaine Ont seurement, pour la fondation Entretenir en grant dévotion.

28î Epitaphks.

Laquelle Dame, ainsi qu'on se remembre.

Le îi jour du moys de Septembre L'an mil cinq cens xxxi deceda, Et le sien corps à la terre céda ; Supplions Dieu que de la noble Dame Avecques lui en Paradis soit l'ame.

Amen.

L'Epitaphe

de feu noble homme maistre Estiemie Fichet , en soa vivant greffier de la Grarye de Dijon.

^ y devantgistMaistreEstienneFichet, '^,T)è Qui le sien cueur, et son esprit fichet

A acquérir de tout chascun la grâce ;

Or, d'Atropos a passé le guichet ; Et de son dard, duquel tout homme chet Et par lequel il prent fin et trespasse, Au bon deffunct n'a consentu l'espace De s'exempter du rigoreux passage.

Sans y penser l'homme humain n'est pas saige.

En son vivant, Greffier de la Grurye De Dijon fut, exempt de brouUerye, Ains droit et ferme, en tous lieux approuvé. Subgect n'estoit à nulle trompe rye, Moult reprouvoit menteurs et menterye, En (litz estoit véritable trouvé;

Epitaphes. 283

De gens d'honneur bon preud'homme trouvé Il a esté, comme on dit en son temps. Grans et petis estoient de luy contens. Regrectez-le, vous tous rhetoriciens, En pleurs et plaincts, jeunes et anciens : Expert estoit à composer Epistres.

Faictes de luy, en tresbons essiens ', Epitaphes, et vous moustrez sciens En luy donnant de bon renon les tiltres. Escrivez-les et en faictes registres.

Priez pour luy, qui cy gist soubz la lame, Le doulx Jésus, qu'avec luy soit son ame. Amen.

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