‹ Œuvres. Nouv. éd., avec une préf. et des notesChapitre 37 sur 138 · Au nid · texte numérisé non relu

Au nid

2. Sans doute, en un petit coin; cuinet, petit coin, encore usité dans le patois Boulonnois.

DU RÉSOLU. 6i

L'autrier soir, mon œil guigiioit Une mignonne fort humaine Qui contre moi se desdaignoit, Ou à tout le moins se faignoit, D'une face assez mondaine '.

Devant son huys je me pourmaine Soubz l'espoir de parler à elle.

Son mari vient, qui se demaine Et me dit : « Galant, qui vous meine? » De ce quartier tirez de Telle. »

Pour garder l'honneur de la belle Je n'y feiz pas longue demeure.

Puis le mari à sa fumelle Hongne, frongne, grongne, grumelle Par l'espace d'une grosse heure.

Près la maison, je vous asseure, Mot à mot je ouyz leur devis.

Le mari brait, la femme pleure :

0 Enné! Si Dieu ne me sequeure, » Je mourray d'ennuy, se je vis ; » Vous avez très mauvais advis, » Car sans cesser me tourmentez.

» Si mignons sont d'amours raviz » En leurs espritz joyeulx et vifz » Qu'en puis-je mais? Brief , vous mentez, » Mon mary; si vous y sentez » Quelque chose, si me le dictes. »

I. Quoique d'une face trop mondaine pour autoriser une telle apparence de résers'e.

«2 Monologue

— « Ouy, par Dieu , car vous les temptez,

» D'ung tas de souhaictz les crettez • ,

» Et voz yeulx en font les poursuictes. »

Après plusieurs autres redictes

Proférées par ledict mari ,

Tost après se trouvèrent quictes

De leurs paroUes trop despites,

De quoy je ne fuz pas marry.

Ung mot fut dict , dont je me ry,

Par la mignonne, fort propice,

Moult bien taillé et escarry

Qu'elle avoit aprins en Berry.

C'estoit ung mot de haulte lice.

Qu'il y ayt cautelle ou malice

En elle, non , comme je pence.

Aussi ne suis-je pas si nice,

Ne pareillement si novice ,

D'en dire mal en son absence,

Encores moins à sa présence.

S'ainsi estoit, je mentiroye.

Elle est belle, bonne, en substance,

Je le prens sur ma conscience

Dire autrement je ne sçauroye ;

Or, en effect, je me feroye

Tuer pour elle et assommer

Batre, navrer jusqu'à grand playe.

1. Vous leur mettez en tète, vous leur faites relever la tête par les désirs que vous leur inspirez. Peut-être faut-il lire : quêtez.

DU Résolu. 63

Foy de mon corps, elle est tant gave Que je suis contrainct de l'aymer.

Si quelcun m'en venoit blasmer Contrefaisant le loriquart , Je lui dirois tost, sans chommer, Ung bien brief mot , pour le sommer Et faire taire le coquart.

Tautostje me tire à l'escart, La nuyct survint, puis je me couche.

De soupper j'en donne ma part; Le Résolu , comme il appart , N'est pas fort subject à sa bouche.

Le jour venu je me descouche.

Fus-je ' accoustré, fus-je agencé, Bien pigné, miré, je me mouche; Je sors, je pars, puis je m'approuche Près son huys, où je fuz tensé, Pour en estre recompensé.

Fortune envoya le milourt Jouer aux champs, mesgre, eslencé, Triste et pensif, presque insensé, De jalousie sot et lourt.

La dame me veit sur le gourt *, Gay et gaillart , selon la mode; Elle m'appelle brief et court ; J'entre gayment dedans sa court Aussi fier qu'ung roy Herode *.

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