JE.MN
Quant ce vient que la cloche sonne , Je m'en vois courir au moustier.
JOYEUSETÉ
C'est bien rentré.
JENIN
J'ay bon mestier D'avaller ung verre de vin ; Hé ! hé! j'ay esté au devin Pour sçavoir quant Bon Temps viendra En ce pays, et s'y tiendra.
Ma foy, j'ay grant fain de le veoir.
Hal se Bon Temps je puis avoir Vous verrez bien Jenin Ma Fluste Tirer souvent contre la bute, J'entens au pot et au godet.
Jamais ce folastre Bodet
LES HABITANS d'AuXERRE. Il
Ne fut si brave que je suis.
Quantz chevilles en ung pertuys y en fault-il, dictes le moy?
JOTEUSETÉ.
Tu n'es qu'un sot.
JENIN
J'ay veu le Roy, Et aussi la Royne Aliéner, Qui est richement parée d'or, Voire vrayment qui est bien fin.
Et aussi monsieur le Dauphin Et le petit Duc d'Orléans.
LE VIGNERON
Tu les a veuz?
JENIN
J'estois leans, Et vous y veiz, Joyeuseté.
PEUPLE FRANÇOIS
Jenih, c'est assez caqueté Parler nous fault d'autre matière.
JENIN
Je prins arsoir en ma ratière Plus de quatre-vingts souriceaux.
PEUPLE FRANÇOIS
Tais-toy, ou tu aras les seaulx '.
I. Des douches, à titre de fou. Peut-être faut- il voir la un jeu de mots sur le mot seau, sceaux, tu seras assez fou pour
12 Satire pour
Entens-tu bien, Jenin Ma Flûte?
JENIN
Pour tirer d'une hacquebute
Je n'en crains Martin ne Gaultier. '
LE VIGNERON
Il fault mectre sur le mestier Aucuns usuriers dépravez, Gros et gras et plus detravez * Que pourceaulx en la mengeoire.
JENIN
Coupper leur fault comme a ung haire " La queue près du cul
LE VIGNERON
C'est raison ; Car, par finesse et traïson, En se monstrant fier et reberbe, Vont achapter le blé en herbe Et n'en font point de conscience,
PEUPLE FRANÇOIS
Et par leur damnable science Sur aucuns jeunes marjolletz,
être chancelier ; mais ce genre de raillerie rabelaisienne est rare chez CoUerye , dont la satire est généralement simple, brutale, sans recherche et sans arrière-pensée.
1 . Deux noms qui sont , dans la l)Ourgeoisie champenoise du xve siècle, s>"nonynies de gens malins, habiles, et à bonnes foï'tunes.