I. Chaudronnier
LYIIII.
'il advenoit qu'en toute diligence,
Considéré mon extrême indigence,
On me voulsist ayder et secourir.
Au bon Jésus, sans péché encourir,
Dire pourroy : o benoiste allegence.
A ceulx qui ont des princes la régence Et avec eulx secrète intelligence Par ce temps cher ne vouldrois recourir. S'il advenoit.
En plainctz piteux j'exibe ma science Quant j'ay fin froit ', je prens en patience ; A mon besoin nul n'oze requérir ; Et se de moy l'on se veult enquérir.
Au Plat d'Argent je faiz ma résidence.
S'il advenoit.
j^vri^sp. ce bon jour que libéralité ^M/u'^M ^^^^ avoir bruyt en généralité |fe=\^ Par les seigneurs , damoiselles et dames , «r^^^ssnrfe II vous plaira, en priant pour voz âmes. De m'estrener sans prodigalité.
I. Très -froid; locution encore nsite'e dans le patois picard.
2i6 Rondeaux.
L'un plus, l'un moins, selon sa qualité, Peult bien monstrer la cordialité Qui est en luy, en charitable dragmes.
A ce bon jour.
De supplier pour mon utilité Par ce rondeau, ce n'est qu'habilité; Avoir n'en puis nulz blasmes ne diffames. Le roy des roys, qui donne loz et famés. Vous tienne en paix et en tranquillité, A ce bon jour.
charité, o de vertu princesse, Dont vient cecy que vous avez [prins cesse De secourir les honteux despourveuz, Telz comme moy, qui ne suis des pourveuz. Mais plain d'ennuy de douleur et triste.sse ?
De composer Epistre m'est simplesse Rondeaulx, Chansons, pourautantqu'on délaisse De me bien faire après qu'on les a veuz, 0 charité !
Plus ([ue jamais nécessité m'opresse, Car de payer où je doy l'on me presse, Mes créditeurs je voy sur moy esmeuz; Et, qui ]>is est, aujourd'huy sont desmeuz Ceulx qui maidoient, et ne sçay pour quoy esse, 0 charité !
Rondeaux. 217
ng bon seigneur, qu'on supplie et [ invocque Et auquel Dieu donne prospérité, S'on a de luy reconfort; Charité A ce l'indnyt, l'esraeut et le provoque.
Son franc vouloyr ne desdit, ne révoque, Car de vertu n'est point déshérité Ung bon seigneur.
Se pour coucher Epistre en équivoque, Faire Rondeaulx, j'ay du bien mérité Que n'ay pas eu, neantmoins vérité De secourir les indigens convoque Ung bon seigneur.
e desnué d'habitz de corps et teste
K'est pas en point pour se trouver
[en feste,
Ne se monstrer aux gens dignes
( d'honneur,
Mais au bon Dieu, qui donne le bon eur,
De luy ayder souvent fait sa requeste
De son ennuy personne ne s'enqueste.
Délaissé est comme une povre beste, Privé, exempt d'ung libisral donneur
arS ROiNDEAUX.
Le desnué.
Pour composer Epistres rien n'aqueste, Moins en Rondeaux, où gist toute sa queste ; Recommandé n'est d'aulcun sermonneur, Plus esbahy se voit qu'ung ramonneur Qui peu de bien en ce monde conqueste ,
Le desnué.
a plume au vent je gecte à l'aven- JM [ture,
miM Et me voyant maleureux de nature Partir me fault en ayant regreetz Non obstant ce qu'ay à Sainct Innocent, [cent Jà long temps a, esleu ma sépulture.
S'ung bon seigneur payoit ma nourriture, Quelqu'autre aussi me donnoit ma vesture, Hors de Paris ne me verriez absent , La plume au vent.
Mais charité, qui est la couverture Des nobles cueurs, fera mon ouverture A gens d'honneur d'un courage décent, Et amitié, qui mon affaire sent.
Ne souffrira mon cas mectre en rature , La plume au vent.
Rondeaux.
;.5r. u despourveu, qui n'a la seulle busche, f/yQ^ Faulte d'Argent a faict mètre une embusche p Pour l'exempter de bois et cotterez, ^ Mais espoir a que vous l'escotterez Par charité, qui jamais ne trébusche.
Soubz ung froit vent comme ung coq il se huche. De luy aider il vous appelle et huche, Meu de pitié, ses plains escouterés Au despourveu.
Les grans trésors prise autant qu'une cruche ; Se son estât bien au long on espluche Moult est petit, ce point là notterés.
Et en tous lieux de luy racompterés Que son vaillant ne vault point une huche Au despourveu.
Rondeler et composer Epistre Prosaiquer, coucher en ryme plate, Ou Ballader, jà ne fault qu'on en flate, N'y ay gaigné la valleur d'ung pulpitre. D'y acquérir office, croce ou mitre.
Au temps qui court ne fault jà que me haste , A Rondeler.
220 ROINDKAUX.
Cil qui n'entend des loix ung seul chapitre Est eslevé aussi hault qu'uiig Pilate Et vestu de velours et d'escarlate, Mais estimé je suis moins qu'ung belistre A Rondeler.
LXYll.
'Infortuné le plus des plus du monde Auquel malheur sur tous humains habonde, Privé, exempt de tous biens terriens, ?^^ Supposé qu'en ce monde n'a riens.
De vivre en joye et plaisir il se fonde.
Le près tondu besoing n'est qu'on le tonde, Dire en luy doibt: « Rustre, couvres la blonde » Quant bas de poil est sur tous les chrestiens L'Infortuné.
D'entretenir la Dame blanche ou blonde Et y lâcher, ou y lever la bonde Y est expert, ce point là je soustiens, Et de jazer, caqueter, je le tiens Mondain et gay; c'est, pour parolle ronde, L'Infortuné.
Rondeaux.
on bon Seigneur, soyez le bien venu 3; Autant et plus s'il m'estoit advenu ^ Quelque bon eur que souvent je souhaite; Faulte d'Argent jour et nuyt me deshaite Pareillement mon petit revenu.
Or emprunter du gros et du menu Depuis troys ans de fait m'a convenu Pour ung procès qui guières ne me haicte, Mon bon Seigneur.
En y pensant ne sçay qu'est devenu Le mien esprit, tant m'est mesadvenu Que de cerveau j'ay moins qu'une chouette. Le nonobstant, au chant de l'alouette De prier Dieu pour vous m'est souvenu , Mon bon Seigneur.
elle suis, aussi est elle à moy, Puis qu'à moy est, à elle aussi je suis; Quant mon plaisir avec elle poursuis, Le sien poursuit avec moy sans esmoy.
S' elle me voit, de bon cueur je la voy, De moy jouyt quant d'elle je jouyz, A elle suis.
222 Rondeaux.
S'a requoy vit, aussi viz-je à requoy ', A ses plaisirs les miens plaisirs je duictz, Les siens aux miens y sont aussi reduictz, Sans enquérir ne demander pourquoy A elle suis.
etit tetin, mammelle ronde Est bien séant à la mignonne Qui a blanche et joyeuse trongne , Et à la brunette et la blonde.
Mais doulx maintien, belle faconde, Begnin recueil vault, qui qu'en grongne, Petit tetin.
J'en sçay bien qui hantent le monde , Et qui font tresbien leur besongne, Qui ayment bien qu'on les hallongne , Et n'ont pas, c'est où je me fonde, Petit tetin.