‹ Œuvres. Nouv. éd. rev. et annotéeChapitre 1 sur 183 · H. TERNAUX COMPANS · texte numérisé non relu

H. TERNAUX COMPANS

•/ }' avoit , au XVI lie siècle , un homme t^p spirituel qui étoit de l'Académie des In- }^^scriptions — permettez -moi, Monsieur, de commencer cette dédicace comme un conte de fées. — // avoit été poussé là, vous le pensez bien, par les Egyptiens, les Chinois et les Etrusques ; il ne tarda pas cependant à négliger ces protecteurs naturels de tout savant françois. Comme il possédoit un fonds d'audace chamarré de naïveté, il se promit d'apprendre à ses collègues l'histoire de la Littérature françoise, et il énonça sur ce sujet quelques vérités simples, naturelles, faciles à comprendre. Ses amis espérèrent qu'il ne s'en relèverait pas. Mais les Etrusques commençoient à céder la place aux Indiens que nous voyons aujourd'hui; l'opinion publique ne s'alarma pas trop de leur délaissement. Noire académicien conquit donc la réputation d'homme à

idées , ce qui équivaut à peu près à ce que nous appelons maintenant homme à paradoxe; sa renommée s'en augmenta. Il se crut alors tout permis et fit un Mémoire pour prouver qu'il avpit existé une littérature en France avant Malherbe. Il assura que cette littérature n'étoit pas absolument sauvage, et qu'elle était arrivée à un certain degré de civilisation, puisqu'elle avait connu plusieurs des genres poétiques recommandés par le législateur du Parnasse. Il ajouta timidement qu'elle avait produit quelques morceaux qui n'étaient pas sans valeur. On railla dans les bans cercles ce Welche effronté, et, s'il n'avait eu un cuisinier renommé et des laquais robustes, on l'eût envoyé tenir compagnie, dans les épigrammes philosophiques, aux Larcher, aux Nonotte, aux Freron. Il avait, il est vrai, pris certaines précautions afin de ne point passer pour un esprit complètement faible : il avait composé des contes grivois, et il ne défendait pas les moines.

Il est aujourd'hui permis de ne pas réunir tant de qualités et de soutenir la même thèse que ce savant grand seigneur. Chacun des volumes de la Bibliothèque elzevirienne apporte des argumens indestructibles en faveur de ces idées. Le but du présent livre est plus hardi encore : il tend à démontrer que l'esprit français ne date pas du siècle dernier.

Vous êtes, Monsieur, expert en toutes ces matières, et l'an peut vous parler des gens d'esprit du temps passé avec autant de confiance qu'an parlait de leurs ancêtres aux nobles de l'ancien régime. Je me suis

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