Murmures, manières, grimaces de coquetterie effrontée
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De cueurs humains et mondains esperis, Eco sans plus , après plusieurs soubzris , Ung seul baiser requist à Narcisus :
— Riens n'est si dur en amours que reffus.
Par son orgueil fier et presumption , Despit , oultrage et félonne nature, En se mirant par grant elation ' A sabeaulté et plaisante stature, Eust en desdaing la povre créature, Sans la laissier parvenir à son esme ^•. [mesme.
— C'est bien congneu, qui se congnoist soy
Et en effect, par l'inhumanité De Narcisus , qui le baisier desnye, La povre Eco, par grande austérité, Usa en pleurs le surplus de sa vie.
En gémissant fut en voix convertie Et endura mutation subite :
— Ung cueur piteux en lermes se délite.
Ce Narcisus après, considérant Que par dame avoit esté prié, S'en orguillit, et, tout en se mirant, Après qu'il s'en eust en soy glorifié.
Par le vouloir des Dieux fut tost mué En une fleur qui es fontaines croist :
— Orgueilleux cueur soy mesme se deçoipt.
I. Par grande vanité de sa beauté, etc. 2t. But, intention , désir.
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Notez, enfans: car, comme la beaulté De la fleur est incontinent passée, L'honneur du monde, qui n'est que vanité, En ung mouvement ' est aussi abaissée.
Si a esté ceste histoire brassée Pour ceulx qui fiers et trop orgueilleux sont : ~ Dieu et Nature sans cause riens ne font.
I. L'édit. d'Urbain Coustelier met: en un moment. Nous avons préféré supposer l'élision de \'c au milieu du mot et nous conformer aux anciennes éditions , qui toutes donnent mouvement, mot plus énergique d'ailleurs et plus çn rapport avec l'image fournie par le verbe abaisser.
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BALLADES Sur les Etats-Generaux.
Les quatre ballades qui suivent et les Vers Manteaulx , qui y jouent un rôle important, ont attiré à bon droit l'attention de ceux qui, directement ou indirectement, se sont occupés de Coquillart. Il y a là un léger mystère historique que l'on n'est pas encore parvenu à percer. M. Le Roux de Lincy, dans son Recueil des Chants historiques, M. Tarbé, dans les notes de son édition, pensent que ces pièces font allusion aux Etats généraux de 1484; le premier assure que les Vers Manteaulx sont les partisans du duc de Lorraine, le second avoue qu'il n'a rien découvert sur ces personnages. C'est aussi le résultat auquel nous sommes arrivé. Les extraits que nous avons pu consulter des archives de Reims sont muets sur ce sujet, comme aussi les Chroniques et les Mémoires qui parlent des événements contemporains des Etats de 1468 et de 1484. L'étude du texte de ces ballades nous a suggéré de nombreuses conjectures. Voici celle qui nous a paru la plus vraisemblable; nous n'avons pas d'ailleurs la prétention de dire le dernier mot là-dessus.
Il faut voir, dans ces quatre ballades, des pièces écrites sans doute à propos des Etats de 1484, mais aux diverses périodes de la tenue de ces Etats, et indiquant des
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nuances d'opinion, des intentions diverses, suggérées par les bruits qui se répandoient à Reims sur les actes et les conséquences des actes de cette assemblée. Les Princes indiqueroient le parti du duc d'Orléans , Charles d'Angouléme, Jean de Foix, le comte de Dunois, les ducs d'Alençon et de Bretagne. Les mystérieux Vers Manteaulx, que les Princes traitent avec un si profond mépris, qu'on accuse de se faire les échos des ridicules plaintes de tout le monde, qu'on menace du supplice des vilains, la potence, ceux-là seroient les chefs du parti populaire, soit aux Etats, soit au dehors, où l'on supposoit qu'ils vouloient organiser une nouvelle Jacquerie.
Peut-être devons-nous ici indiquer que 50 ans avan on nommoit Compagnons de la Verde Tente ceux des Gantois révoltés qui tenoient les champs contre les partisans du duc Philippe de Bourgogne.
La première ballade semble écrite avant la réunion de l'assemblée. Coquillart indique aux Princes que leurs efforts ambitieux amèneront des soulèvements dans le peuple, ou qu'ils seront vaincus aux Etats par l'union du parti populaire et de la régente Anne de Beaujeu, qui s'étoit en effet attiré la faveur publique par la dimmution des tailles, par le renvoi et la punition des favoris de Louis XI. Dans la seconde ballade il parle aux adversaires des Princes et leur montre la ruine et le bourreau comme le dernier mot des émeutes. Il conclut dans la troisième et parle au nom de la Bourgeoisie rémoise, aussi hostile aux tentatives de la Féodalité qu'aux mouvements séditieux du commun peuple; il prévoit qu'une nouvelle Jacquerie pourroit bien être accompagnée d'une nouvelle ligue du Bien public, et maudit l'une et l'autre. La quatrième ballade paroît indiquer que les Etats sont terminés , et qu'après la défaite des Princes les craintes d'une sédition populaire existent toujours.
Il est nécessaire de rappeler que les allusions de ces pièces n'ont sans doute d'autre origine que les comméra-
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ges de la cité rémoise. Le silence de l'histoire sur les Vers Manteaulx le prouveroit. L'incorrection du texte de ces ballades dans les premières éditions, leur suppression dans les éditions postérieures, en seroient une nouvelle preuve, en montrant que les premiers imprimeurs ne les ont pu expliquer et que les seconds les ont jugées inutiles. Peutêtre enfin ne faut-il voir là qu'une fantaisie de Coquillart, un développement d'imagination , une lutte poétique entre le poète rémois et quelques uns de ses amis. Le malicieux poète a peut-être tendu un piège à ses commentateurs, et nous a ainsi fait faire un roman historique à propos d'une de ses facéties. Nous avons du en courir la chance , et chercher, malgré cette crainte , la position respective des personnages indiqués dans ses ballades.