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III. Travaux concernant la vision des couleurs

Il nous a paru indispensable de faire précéder la présente traduction des principales œuvres ophtalmologiques de ThomasYoung de quelques mots d'introduction pour en préciser aussi bien l'importance au point de vue de l'ophtalmologie, que la place considérable qu'elles occupent dans l'histoire de cette science. Ce faisant, nous aurons sans doute suffisamment démontré le besoin auquel répond cette publication qui n'a jamais été faite, à notre connaissance, en langue française.

L'ophtalmologie qui, actuellement, comprend la connaissance de la structure et de toutes les fonctions non seulement de l'œil sain mais aussi de l'œil malade, ainsi que les moyens de le guérir, s'est depuis un peu plus d'un siècle, développée en quelque sorte à l'état de science spéciale. Primitivement elle bifurquait en deux branches. L'une, plus théorique, faisait partie de l'optique et, pour ce motif, restait confinée dans le domaine propre des physiciens. L'autre plus particulièrement pratique, se rattachait à la Chirurgie générale. Or, on peut considérer que Young fut le fondateur de l'optique physiologique, comme Daviel le fut de la Chirurgie oculaire moderne.

Cela ne veut pas dire, bien entendu, que Young fut le premier et seul initiateur de toute connaissance de l'œil. Avant lui la découverte de la chambre obscure (Porta, Léonardo environ en l'an

1500) avait naturellement provoqué la comparaison de l'œil humain avec cet appareil. Kepler (1604) avait expliqué la formation de l'image au fond de l'œil. Scheiner (1619) avait exécuté ses célèbres expériences, Mariotte (1668) avait découvert la tache aveugle, et Newton (1704) la décomposition de la lumière blanche. On savait aussi que l'œil pouvait s'accommoder à différentes distances, mais le mécanisme de l'accommodation demeurait inconnu et sur ce point le monde des savants était divisé en plusieurs camps ne jurant chacun que par son hypothèse propre.

Parmi les anomalies de la réfraction, la myopie était connue depuis l'époque la plus reculée. A maintes remarques surgissant ça et là, on s'aperçoit que l'hypermétropie n'était pas absolument lettre close. Young lui-même la mentionne plusieurs fois sans la considérer comme neuve.

Mais lorsque, quittant la domaine de l'ancienne ophtalmologie, on entre dans le champ ouvert par les travaux de Young, on semble tomber dans un monde nouveau. Ses œuvres donnent pleinement la sensation de la modernité ; on les dirait d'hier à peine. Il sait et il prouve que l'œil, accommodé à l'état de repos pour la distance la plus grande, peut avec un effort s'accommoder à de plus faibles distances, et obtient ce changement par une augmentation de courbure du cristallin. Ses données sur la construction optique de l'œil n'auraient besoin que de quelques légères corrections pour être à la hauteur de nos connaissances actuelles. Par sa détermination de l'indice du cristallin il obtient un résultat auquel, après de grands écarts, force a été de revenir. Il découvre l'astigmatisme, mesure son degré et propose de le corriger à l'aide de verres sphériques placés obliquement, moyen que le public emploie aujourd'hui plus souvent qu'on ne le pense. Il détermine la position du remotum, l'amplitude de l'accommodation, les limites du champ visuel et du chaijip de regard, l'aberration chromatique de l'œil, l'angle a etc. etc. Toutes ces découvertes et observations sont condensées dans son admirable mémoire „ Sur le mécanisme de l'œil " (1801), qu'il écrivait, dit-il lui-même, à l'âge de 27 ans et dans l'espace de quelques

mois — mémoire qui est, tout à la fois et en réalité une dioptrique complète de Toeil humain et un traité des anomalies de refraction, en ce sens que tous les cadres y ont été consignés et prévus, quelques-uns même restés vides encore, de telle sorte qu'à l'heure actuelle il suffirait d'y joindre la nomenclature moderne et des observations cliniques pour le rendre complet. Malheureusement celles-ci font complètement défaut, car à part quelques amis, Young ne semble avoir jamais examiné d'autres yeux que les siens. On se demande jusqu'à quel point serait avancée notre spécialité aujourd'hui, si par un hasard heureux Young avait été placé à la tête d'un service d'ophtalmologie, au lieu d'être forcé de gagner sa vie en exerçant la médecine générale, qui ne lui réussissait pas du tout.

Par la suite Young semble avoir comme abandonné cet ordre de recherches. En tout cas, les résultats qu'il en a publiés sont d'assez mince importance. Ils les a consignés dans ses leçons de Philosophie naturelle en un chapitre qui fait un excellent petit traité populaire d'optique physiologique, mais qui ne contient que peu d'observations personnelles. — Il faut, toutefois, faire exception pour sa théorie de la vision des couleurs, qui de tout ce qu'il a publié sur l'optique physiologique a certainement contribué le plus à sa gloire, quoiqu'il ait témoigné en faire peu de cas par la façon dont il en parle dans ses „ lectures". Nous devons avouer, du resté, que nous même préférons de beaucoup le mémoire „ sur le mécanisme de l'œil".

Malgré leur originalité et leur haute valeur, les travaux de Young ne parvenaient pas à fixer l'attention en Angleterre. Il faut reconnaître, d'ailleurs, que ses écrits, particulièrement ceux de sa jeunesse, sont d'une lecture difficile. On peut même douter que certaines parties du „ Mécanisme de l'œil" aient été jamais entièrement comprises.

Une autre circonstance, — bien propre à démontrer l'influence parfois dangereuse pour la science de la mémoire des hommes de génie, dont l'ombre trop grande est étouffante pour leurs successeurs, — une autre circonstance, disons-nous, venait jeter la défais

veur sur les travaux de Young. Au moment même où il faisait connaître le résultat de ses recherches sur la vision, il publia sa grande découverte de l'interférence des rayons lumineux. Cette découverte le mettait en opposition directe avec les idées de Newton, qui faisaient loi en Angleterre à cette époque et étaient tenues pour indiscutables et inattaquables. Il vint donc heurter l'opinion anglaise et la scandaliser à un point difficile à imaginer. Sa conduite sacrilège lui valut d'être en son pays mis à l'écart pendant plus d'un quart de siècle.

C'est de France que lui vint la justice, de France où, à cette même époque, l'optique prenait un développement jusqu'alors inconnu, grâce aux découvertes de Malus, de Biot, grâce surtout aux incomparables travaux de l'immortel Fresnel. En outre, l'intérêt qu' Arago, alors tout puissant, portait à ces recherches, contribuait puissamment à attirer de ce côté l'intérêt du public savant. Ce sera l'éternelle gloire de Fresnel de n'avoir pas hésité à reconnaître la large part prise par Young à la fondation de l'optique moderne, et d'avoir ainsi, le vengeant des injustes dédains, qu'il subissait en son pays, contribué, lui premier, à faire rendre le tribut de reconnaissance dû au grand homme méconnu. Arago, d'autre part, employa son influence à le faire nommer de l'Institut à titre d'associé étranger, et à sa mort, l'honora d'une notice biographique, véritable chef d'oeuvre, que nous n'avons pu nous défendre d'insérer en tête de la présente édition. En maître vulgarisateur qu'il était, capable de mettre les données de la science à la portée du grand public avec un art qui ne fut, croyons nous, jamais dépassé, Arago trouva là l'occasion d'écrire sur l'optique des pages auxquelles nous ne connaissons de comparables que les célèbres leçons de Tyndall.

Grâce donc aux efforts d' Arago, les travaux de Young vinrent bien à la connaissance des physiciens ; mais ils n'en continuèrent pas moins à rie point exister aux yeux du monde médical, à qui il fallait cinquante ans et l'intervention de Donders pour se décider à en utiliser les résultats.

YçuNG mort, les progrès de la science ophtalmologique ne se développent qu'avec lenteur. Airy (1827) invente les verres cylindriques pour la correction de l'astigmatisme ; Sturm (1845), en un mémoire dont on a beaucoup trop exagéré la valeur, émet la théorie des faisceaux astigmates, que Young, du reste, avait déjà développée ; PuRKiNJE, observateur de premier ordre et dont plusieurs observations attendent encore leur vérification, découvre (1823) les images qui portent son nom et que Young n'eût certainement pas manqué de remarquer, s'il n'eût borné ses recherches à ses propres yeux. Puis Max Langenbech (1849), Cramer (1853), et Helm- HOLTZ (1855) viennent, à l'aide de ces images, corroborer les preuves que Young avait déjà données du changement du cristallin pendant l'accommodation ; Listing (1853) découvre la loi qui porte son nom, et Bœhm (1845) découvre la corrélation qui existe entre l'hypermétropie, l'asthénopie — „hebetudo visus" — et le strabisme convergent ; Bruecke (1846) trouve le muscle cilaire et ouvre le chemin qui mènera à la grande découverte de l'ophtalmoscope (1851).

Malgré l'importance de toutes ces découvertes, l'ophtalmologie pratique n'en tirait encore à peu près aucun profit. Les progrès, qu'elle parvenait à faire, étaient principalement de nature chirurgicale : amélioration de la technique de l'iridectomie antérieurement pratiquée(1711)par les oculistes anglais Woodhouse etCnESELDEN ; invention par Daviel (1748) de l'extraction de la cataracte, qui supplantait la réclinaison ; perfectionnement des instruments chirurgicaux, dû à Béer et plus tard à Desmarres ; premiers débuts hésitants et mal assurés de l'opération de strabisme ; enfin découverte par Mackenzie (1844) de l'ophtalmie sympathique. — Quant an choix de lunettes il était à peu près demeuré le monopole des opticiens, qui, il faut l'avouer, ne paraissaient pas s'être trop mal acquittés de leur tâche. Ils avaient, du moins, l'avantage de ne pas sembler partager la peur que manifestait en ce temps là, la généralité des médecins à l'endroit des verres convexes forts.

Et c'est ainsi que, chacune de son côté, les deux branches de

l'ophtalmologie opérèrent leur développement respectif, jusqu'au jour où, vers 1860, elles furent heureusement réunies grâce à un concours de circonstances diverses, parmi lesquelles il faut citer au premier rang l'invention de l'ophtalmoscope qui a puissamment contribué à démontrer aux praticiens l'utilité de connaissances théoriques — et ensuite, les efforts faits par Donders, à partir de 1858, en vue d'aboutir à ce résultat.

La raison de la grande influence qu'exerça cet homme éminent sur le développement de l'ophtalmologie moderne est des plus singulières à noter. On se tromperait gravement en la cherchant dans l'originalité de ses travaux. En somme, le nombre d'idées et de faits nouveaux dont la science lui est exclusivement redevable, est assez restreint et ce qu'il a mis en lumière n'est pas à l'abri de toute critique (rôle de l'angle a dans le développement du strabisme, méthode de mensuration de l'astigmatisme an moyen de la fente sténopéique, etc.). Mais, ce qui le distinguait au plus haut point, c'était une prodigieuse faculté de s'assimiler les travaux d' autrui et d'en exposer la substance avec précision et clarté. Il est difficile de rencontrer deux individualités de nature plus différente que celles de YouNG et de Donders. Le premier dédaigneux des chemins battus, véritable pathfinder comme disent les Anglais, ne se plaisait qu'aux sentiers vierges de tout pied humain. L'autre, au contraire, bornait son talent — presque sans égal, du reste — à élargir les voies ouvertes par de plus hardis pionniers, et à les rendre praticables au commun des mortels. Supérieurement doué pour appliquer à la Clinique les données scientifiques, il savait avec l'imperturbable et impeccable bon sens qui le caractérisait, s'arrêter juste au point où pouvait commencer l'exagération, ce piège insidieusement tendu sous le pas de tous ceux qui introduisent dans. la pratique des idées nouvelles, et ne savent pas toujours résister aux tentations de la généralisation. ^

^ Rien ne saurait mieux que l'histoire de Tastigmatisme donner une idée du genre d'influence que Donders exerça. S'il fallait citer, sur cette anomalie et sa correction, un seul fait qu'on lui pût attribuer en propre, on serêiit dans

DoNDERS donc, prenant texte des idées de Young et de quelques autres encore, tels que Bœhm et Stellwag, écrivit sur les anomalies de réfraction et d'accommodation un traité qui est resté et restera classique. La partie théorique y est si bien et si clairement exposée qu'elle est, on peut le dire, mise à la portée même des personnes qui ont reçu une éducation scientifique des plus sommaires. En outre, à coté d'excellentes observations cliniques, qui viennent remplir les cadres antérieurement établis, mais laissés vides par YouNG, on y trouve édifié de toutes pièces la nomenclature moderne. Mais là où Donders donna la mesure de ce bon sens dont nous l'avons loué, c'est lorsque, comprenant que pour faire avancer une science en quelque sorte double, comme l'est l'ophtalmologie, on ne peut séparer le laboratoire de la clinique et réciproquement, il fonda sur ce principe son admirable institution d'Utrecht, où, pendant tant d'années et surtout à partir de la mort de von Graefe, les jeunes savants désireux de vouer leurs efforts à l'ophtalmologie, accoururent de tous les points de l'Europe, pour travailler sous l'œil et la direction du maître. La science vit rarement une période plus fertile en résultats que le fut pour l'ophtalmologie, celle qui va de 1850 à 1870, et pendant laquelle elle éprouva une transfor-

le plus grand embarras. Ce n'est ni lui qui Ta découverte, ni lui qui en a établi la théorie, ni lui qui a inventé les verres cylindriques. Il ne saurait pas même se prévaloir de lui avoir assigné son nom dû à Whewell. S'il a montré que son siège principal est dans la cornée, encore doit-il partager cet honneur avec Knapp et surtout avec Helmholtz, l'inventeur de l'ophtalmomètre — instrument, qui, soit dit en passant, a eu, plus qu'on ne semble le croire, le don d'attirer l'attention sur le phénomène de l'astigmatisme. Et cependant, Donders a su exposer et traiter la question d'une manière telle que, d'obscure et diffuse qu'elle était jusqu'à lui, elle devint nette et compréhensible pour tous. Il en a tellement bien démontré l'importance clinique qu'il a amené, bon gré mal gré, les opticiens à munir leur boîtes d'essai de verres cylindriques, et presque du même coup contraint les oculistes à les employer.

Fait curieux et bien caractéristique, dans les ouvrages traitant de ces questions, on peut à chaque instant relever des phrases de ce genre : „M. X. et après lui M. Donders ont trouvé ..." Et à maints endroits où l'on ne s'exprime pas ainsi, on pourrait le faire très justement.

mation comparable à celle que subit l'optique au commencement de ce siècle ou à celle qui, de nos jours, s*est opérée dans la Chirurgie générale sous l'influence des travaux de Pasteur.

Nous avons cru devoir plus spécialement insister, sur l'influence de DoNDERS, parce que les travaux de ce maître ont eu pour principal effet d'ouvrir la voie par où ont passé les idées et les découvertes de YouNG, pour parvenir jusqu'au public médical ; mais il est juste aussi de noter ce que la découverte de l'ophtalmoscope et les autres admirables travaux de von Helmholtz ont mis au jour d'aperçus nouveaux pour les Cliniciens, et la maîtrise non moins grande que, sous le domaine de la Clinique pure, von Graefe a exercée, entraînant à sa suite une pléiade de savants de plus modeste envergure.

L'influence de ces trois hommes sur l'ophtalmologie a fait l'objet de fréquentes comparaisons. Mais comment établir lequel d'entre eux fît plus fortement sentir la sienne ? Nous avons essayé de caractériser la nature de celle de Donders. Entre von Helmholtz et von Graefe il existe cette différence, que, de tous les faits nouveaux établis par le premier — exception faite toutefois de ses hypothèses dont plusieurs, nous devons l'avouer, nous paraissent moins solides — il ne s'en trouvera peut-être pas un de quelque importance qui ne demeure inébranlable aux attaques du temps, tandis que, pour le second, de vastes parties de son œuvre ont déjà vieilli et tombent en ruine. Et cependant on commettrait une véritable injustice envers von Graefe si l'on remarquait qu'il a pu commettre quelques erreurs, sans rappeler aussitôt cette citation de YouNG faite par Arago dans sa biographie : „ Aucune étude n'est aussi compliquée que celle de la médecine, elle surpasse les homes de l'intelligence humaine " ; et si l'on oubliait d'établir que ses observations cliniques, ses travaux sur les paralysies oculaires, le strabisme, le glaucome etc. lui assurent, et pour toujours, une place d'honneur parmi les grands médecins.

Depuis la mort de von Graefe le développement de l'ophtalmologie a pris une allure moins vive. L'école allemande s'est sur-

tout cantonnée dans les travaux histologiques et les essais d'application à l'ophtalmologie des données nouvelles de la bactériologie (Leber et ses élèves). L'école française a surtout appliqué ses efforts, d'une part à découvrir et développer de nouvelles méthodes de détermination des anomalies de refraction — telle que l'ophtalmométrie (Javal) et la skiascopie (Cuignet, Parent) — et d'autre part à améliorer la technique opératoire (de Wecker, Panas). — Les deux plus grands progrès obtenus par la pratique durant cette période sont l'emploi des procédés antiseptiques et de la cocaïne, qui lui viennent, du reste, de la médecine générale. En ce qui concerne la partie théorique, il semble qu'on ait laissé tomber dans l'oubli, les sages préceptes et les exemples de Donders qui n'admettait pas qu'on établît une séparation entre la théorie et la pratique dans les études et l'enseignement. On a, en effet, fondé quelques laboratoires, où l'on s'est en quelque sorte appliqué à garantir les recherches des savants des bruits de la clinique, comme si l'on voulait expressément contraindre l'ophtalmologie à reprendre ses anciennes divisions.

Dans la revue que nous venons de passer des grands hommes qui ont fait l'ophtalmologie ce qu'elle est aujourd'hui, nous ne voyons personne dont la taille surpasse celle de Young. Lorsque pour la première fois, il y a dix ans, nous ouvrîmes son mémoire sur le mécanisme de Vœil, ce qui nous frappa dès l'abord, fut la fertilité en procédés ingénieusement employés à l'étude des fonctions de l'œil et la connaissance profonde qu'il avait de cet organe. Mais notre étonnement fut grand de voir que l'expérience fondamentale qui est comme le pivot où s'appuie tout le mémoire, était tombée dans l'oubli, n'ayant été, semble-t-il, reproduite qu'une seule fois (par von Helmholtz), et encore sans succès. Au cours des années, l'idée de cette expérience n'a cessé de nous obséder chaque jour davantage. Elle a été pour nous le point de départ d'une série de recherches dont nous publieront ultérieurement les résultats.

C'est ce même mémoire sur „ le Mécanisme de l'œil " qui a été la raison déterminante — comme il en est le morceau capital —

de la présente édition de l'œuvre ophtalmologique de Young. Sans doute, les „ observations sur la vision^ y écrites alors qu'il avait vingt ans, sont de peu de valeur, quoiqu'on y sente déjà la main du maître à venir, surtout aux remarques qui les terminent, et son hypothèse sur la vision des couleurs est suffisamment connue — trop peut-être — par les travaux de v. Helmholtz et ses successeurs ; mais son mémoire sur le Mécanisme de l'œil, le seul sur lequel il peut et doit être jugé, demeurera le véritable monument de sa gloire, tant que les faits bien observés prévaudront contre les éphémères et vagues hypothèses, c'est à dire éternellement.

La présente édition des œuvres ophtalmologiques de Th. Young contient les ouvrages suivants

1**. Observations on vision. Philosophical Transactions for 1793. p. 169.

2°. On the mecanism of the eye. Philosophical transactions for 1801 p. 23.

3°. Les parties concernant la vision des couleurs des deux mémoires suivants:

a) On the théorie of light and coloiirs. Philosophical transactions for 1802 p. 12 et

b) An account of some cases of the production of colours not hitherto described, Philosophical transactions 1802 p. 387.

c) Une note sur le daltonisme, ajoutée par Young au titre du mémoire de Dalton: On some fads relating to the vision of colou/rs, Manch. M. V. 28 dans „ A catalogue of works relating to natural philosophy a/nd the mechanical arts, ^ London 1807. p. 315.

d) La partie concernant la vision des couleurs du 37*^™® chapitre les leçons de Young. (A course of lectures on natwral philosophy and mechanical arts. London 1807.)

4°. Le 38»^°*® chapitre des leçons : On vision.

Les mémoires qui ont été publiés dans les Philosophical transactions, ont plus tard été réimprimés dans le deuxième volume des „ lectures ". Dans cette deuxième édition Young a fait un certain nombre de changements, qui ne sont pas sans importance. C'est ainsi que le mémoire Observations on vision a été écrit pour démontrer que le cristallin est de nature musculaire et que les rayons de la figure étoilée doivent être considérés comme des tendons. Plus tard Young découvrit son erreur, et dans la deuxième édition de ce mémoire il a corrigé les expressions, de sorte que le premier but du mémoire est devenu à peu près méconnaissable.

Dans la présente édition nous avons partout suivi le texte contenu dans les lectures, à une exception près. Dans le mémoire On the mecanism of the eye il se trouvait un certain nombre de „ Propositions dioptriques", qui ont une importance considérable, parce qu'on y trouve le premier développement de la théorie de l'astigmatisme, ainsi que le premier essai de calcul de l'indice total du cristallin. Dans la deuxième édition Young a enlevé ces propositions, parce que les théorèmes correspondants avec leurs démonstrations se trouvent compris dans les chapitres Dioptries a/nd Catoptrics et Optical instruments de ses Mathématical éléments of natural philosophy, également imprimés dans le deuxième volume des Lectures. Pour ne pas être obligé de réimprimer ces deux chapitres, ce qui nous aurait mené trop loin, nous avons gardé les propositions dans leur forme première.

Les mémoires contenus dans les transactions ont été réimprimés dans les Miscellaneous works of Th. Young by George PeacocK, London 1855. Le texte est celui des transactions et ne contient par conséquent pas les changements que Young y faisait plus tard. — Les lectures ont été réimprimées à Londres 184f5, mais cette édition ne contient ni les mémoires des Transactions ni les Mathématical éléments.

Nous nous sommes efforcé, dans cette traduction d'interpréter clairement et fidèlement la pensée et la parole de Young. Cependant nous croyons utile et loyal de prévenir le lecteur que, — pour beaucoup de motifs, dont les moindres ne sont pas la concision du texte qui le rend par endroits extrêmement obscur et à peu près intraduisible littéralement, et aussi la désuétude où sont tombées les formules employées par Fauteur, formules qui si elles étaient rendues en leur intégrité, compliqueraient d'une diflSculté inutile la lecture d'une œuvre déjà passablement ardue en elle-même, — nous avons dû renoncer, à grand regret et aussi rarement que possible à serrer le texte de trop près, et il nous a fallu remplacer ou accompagner les formules vieillies, par celles qui ont plus généralement cours aujourd'hui. Nous avons en outre cru utile d'ajouter en maints endroits des notes et des figures explicatives, d'un côté pour rendre plus claires les expressions plus ou moins obscures de Young, d'un autre côté pour ajouter des expériences vérifiant les siennes ou pour esquisser les progrès que la science a fait depuis. Tout ce qui est dû à notre main est imprimé en caractères plus petits, et les figures que nous avons ajoutées sont marquées avec la lettre T pour pouvoir être distinguées de celles de Young même.

Il ne me reste plus qu'un devoir à remplir, devoir facile entre tous. C'est de remercier tous ceux, — et ils sont nombreux — qui m'ont aidé d'une façon ou d'une autre dans la publication du présent volume. Je dois citer particulièrement la direction de la fondation Ca/rlsberg de Copenhague, qui a bien voulu publier le livre à ses frais, mes nombreux amis, qui ont voulu se prêter à mes expériences et mon maître M. Javal, à qui je suis redevable de plus d'un utile conseil.

LABORATOmE d' OPHTALMOLOGIE A LA SORBONNE.

Paris, le 8 avril 1893.

M. Tscherning.

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