I. Différentes théories de l'accommodation de l'œil
La première théorie de l'accommodation que j'aie trouvée est celle de Kepler. Il admet que les processus ciliaires allongent
Taxe de Tœil en contractant le diamètre du globe par leur force musculaire. Mais les processus ciliaires ne semblemt pas contenir de fibres musculaires, et ils n'ont pas non plus de liens au moyen desquels ils puissent produire un tel effet.
Descartes s'imaginait que cette même contrïiction, et l'allongement qui en serait la conséquence, était eflfectuée par le cristallin, qu'il supposait de nature musculaire, en considérant les processus ciliaires comme ses tendons. Il n'essayait pas de démontrer la nature musculaire du cristallin, et il ne prenait pas en considéra-, tion suffisante la manière dont il est attaché aux processus ciliaires. Il dit que le cristallin devient en même temps plus convexe ; dans sa Dioptrique il ne semble pas attribuer un effet important à ce changement, mais dans son Traité de Vhomme il explique l'action très minutieusement.
De la Hire maintient que l'œil ne subit aucun autre changement que la contraction et la dilatation de la pupille. Sans essayer de confirmer cette opinion par une démonstration mathématique, il la fonde sur une seule expérience, que le docteur Porterfield et le docteur Smith ont démontrée être fausse. Haller adopte également cette hypothèse, qui semble pourtant en contradiction avec les principes connus de l'optique et incompatible avec l'expérience journalière.
Le docteur Pemberton suppose que le cristallin contient des fibres musculaires qui aplatissent l'une des surfaces, tandis qu'elles rendent l'autre plus convexe. Mais le docteur Jurin a prouvé qu'un tel changement ne produirait pas l'effet voulu.
Le docteur Porterfield pense que les processus ciliaires tirent le cristallin en avant tout en augmentant la convexité de la cornée. Vu leur structure, insertion et direction, les processus ciliaires sont absolument hors d'état de pouvoir produire une telle action, et d'après les calculs du docteur Jurin il n'y a pas de place pour un mouvement suffisamment grand de ce genre sans un allongement très visible de l'axe de l'œil, allongement qu'on n'observe pas.
L'hypothèse du docteur Jurin consiste à admettre que Tiris contient des fibres musculaires près de son insertion à la cornée, et que la contraction de cet anneau musculaire rend la cornée plus convexe. Il dit que les fibres de ces muscles peuvent aussi bien échapper à l'observation que celles du muscle de l'anneau interne [sphincter]. Mais si un tel muscle existait, il devrait, pour vaincre la résistance des membranes, être beaucoup plus fort que le sphincter, qui n'est destiné à agir que sur l'iris même. A l'endroit indiqué, l'iris ne montre, en outre, que des fibres radiaires qui, avant l'insertion à la sclérotique, se perdent en une substance granulée, brunâtre, dont l'apparence rappelle les ligaments capsulaires ; commune à l'iris et aux processus ciliaires, cette dernière substance peut être séparée des deux. L'apparence de l'anneau interne de l'iris n'est pas absolument incompatible avec celle d'un muscle annulaire. — La théorie avec laquelle il veut expliquer l'accommodation pour des objets situés à grande distance est ingénieuse, mais une telle accommodation n'existe pas.
MusscHENBROEK a émis l'hypothèse que le relâchement de la zonule ciliaire — ainsi nommée par Zinn, mais qui semble ne pas être autre chose que la partie de la capsule du corps vitré, qui reçoit l'impression des processus ciliaires — permettrait aux enveloppes de l'œil de pousser le cristallin et la cornée en avant. Un tel relâchement volontaire est sans exemple dans l'économie animale, et s'il existait, les enveloppes de l'œil n'agiraient pas comme il se l'imagine ; l'effet ne pourrait pas en outre avoir lieu, sans qu'on puisse observer le changement. — La contraction de la zonule ciliaire est aussi insuffisante que superflue.
On a encore supposé que la pression des muscles externes, surtout celle des deux obliques, pourrait allonger l'axe de l'œil. Mais leur action ne serait ni assez régulière ni assez forte ; car on ne produit aucun changement dans la netteté de la vision même en exécutant une pression bien plus forte, qu'on ne pourrait les supposer en état de produire.
D'autres prétendent que les muscles raccourcissent l'axe ; ceux-là ont moins de raison encore, puisque un tel changement aurait pour effet d'allonger la distance focale, qui en réalité a son maximum lorsque l'œil est en état de repos.
Ceux qui maintiennent que les processus ciliaires puissent aplatir le cristallin, ignorent leur structure et l'effet exigé : ils sont encore moins capables de pousser le cristallin en arrière, et une telle action ne concorderait pas non plus avec [les résultats de] l'observation.
Différents physiologistes ont encore émis d'autres suppositions. ZiNN s'imagine que les processus ciliaires se gonflent de Uquide, de manière à pousser le cristallin en avant. Sauvages suppose que l'anneau de Petit se gonfle par un fluide électrique et change ainsi la forme du cristallin. Moulin admet que la cornée est rendue plus convexe par ses ligaments, qui en réalité sont des nerfs. BouRDELOT se figure que la contraction de la pupille augmente la convexité du cristallin. Mais toutes ces opinions sont assujeties à des objections aussi sérieuses que celles que j'ai énumérées ici.