‹ Œuvres ophthalmologiques de Thomas YoungChapitre 6 sur 34 · III. Solutions de différentes questions d'optique · texte numérisé non relu

III. Solutions de différentes questions d'optique

Je demande ici la permission d'essayer la solution de quelques problèmes d'optique, auxquels les auteurs n'ont pas fait beaucoup d'attention.

1° Musschenbroek demande quelle est la raison des radiations latérales qui apparaissent autour de la flamme d'une bougie qu'on regarde en clignant des yeux. Je réponds : Les radiations les plus en évidence sont celles qui, en divergeant en bas, forment chacune un angle d'environ sept degrés avec la verticale. Cet angle est égal à celui que les paupières fermées forment avec l'horizon, et Musschenbroek attribue avec raison ces radiations à la réfraction à travers la couche de liquide voisine des bords des paupières. — Les radiations latérales sont dues à de la lumière réfléchie par les cils.

2° On a demandé d'où vient la croix lumineuse qui accompagne l'image de la flamme d'une bougie, vue dans une glace. Elle dépend de la direction de la friction qui a été employée pour polir la glace. Les rayures horizontales produisent la partie verticale de la croix, et les rayures verticales la partie horizontale, d'une manière facile à comprendre.

3° Pourquoi voit-on des étincelles, lorsqu'on frotte ou com-

prime l'œil dans l'obscurité ? Ceci est la quatrième question de Musschenbroek. Lorsque dans l'obscurité on exerce une pression sur la partie opaque de l'œil avec un corps large, un doigt par exemple, il apparaît un phosphène circulaire du côté opposé ; la lumière du disque est faible et celle du bord bien plus forte : mais en appliquant une petite surface, la tête d'une épingle ou l'ongle, l'image est petite et lumineuse. Le phénomène est évidemment dû à l'irritation que la pression produit sur la rétine ; l'esprit rapporte l'impression à l'endroit d'où viendrait un rayon lumineux, qui, après avoir traversé la pupille, frapperait la rétine à la même place. L'irritation a son maximum à l'endroit où la flexion est la plus grande, c'est-à-dire à la circonférence et quelquefois au centre de la partie déprimée. — En présence de lumière [objective], la circonférence seule est lumineuse et le disque noir, que l'œil soit ouvert ou fermé ; et un objet situé à l'endroit où le phosphène se projet est presque invisible. Il s'ensuit que la tension et la compression de la rétine détruisent en partie toute autre irritation que celle qu'elle produit elle-même par la flexion de la rétine : et cette dernière est si faible que la lumière apparente du disque est moins forte que celle de toutes les autres parties de la rétine, éclairées par des rayons ayant traversé les paupières. Cette expérience démontre une vérité, qu'on peut du reste déduire de beaucoup d'autres arguments, à savoir que la prétendue rectification de l'image renversée, formée sur la rétine, ne dépend pas de la direction du rayon incident. Dans sa seizième question Newton a décrit ce phosphène, comme montrant les couleurs de la queue du paon, mais je ne vois que du blanc, et il semble plus naturel que ce soit cette couleur, qu'on observe lorsqu'il n'y a rien, qui tende à produire une couleur déterminée, puisqu'on doit considérer le blanc comme une composition ou une moyenne de toutes les différentes sensations de lumière existantes. Elle semble correspondre à la forme moyenne sur laquelle Sir Josuah Reynolds a si élégamment insisté clans ses discours. On peut peut-être en tirer quelques principes de beaux contrastes de couleurs, car il est probable que les couleurs qui,

combinées, s'approchent du blanc, produisent l'effet le plus agréable, placées à côté l'une de l'autre. — Il est à remarquer que la sensation de lumière, produite par la pression sur l'œil, cesse aussitôt que le mouvement de pression cesse. La cause de l'irritation de la rétine n'est donc pas la forme différente qu'elle a prise, mais le changement même, et la sensation de lumière semble dépendre directement de petits mouvements de certaines parties du nerf optique.

En comprimant la partie antérieure de l'œil en plusieurs reprises, jusqu'à produire un certain degré de douleur, et en exerçant ensuite une pression continue sur la sclérotique en même temps qu'une pression interrompue sur la cornée, on observe fréquemment des lignes lumineuses, ramifiées et quelquefois anastomosant entre elles, qui se dirigent de toutes les parties du champ visuel vers un centre, situé un peu en dehors et au-dessus de l'axe de l'œil. Le centre correspond à l'insertion du nerf optique. L'apparition des lignes est probablement due à des mouvements dans la rétine, qui se produisent lorsque les veines qui accompagnent l'artère centrale et qui se vident sous la pression, se remplissent soudainement de nouveau, la pression ayant cessé. Il est pourtant probable que cette expérience ne réussira pas toujours facilement, car le changement de l'état des vaisseaux exige des circonstances particulières pour atteindre un degré sensible.

„PHIL. TRANSACTIONS" 1801. VOL. XCII, P. 23 LU A LA SOCIÉTÉ ROYALE, LE 27 NOVBR. 1800

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