‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 110 sur 552 · SUR LA MORT ET SIR LE PURGATOIRE · texte numérisé non relu

SUR LA MORT ET SIR LE PURGATOIRE

consommée encore; mais encore que ces deux paroles nous décrivent parfaitement l'état des âmes dans le purgatoire, peut-être ne le comprendriez-vous pas assez, si je ne vous en proposais une plus ample explication.

Disons donc, Messieurs, avant toutes choses, ce que veut dire cette sainteté que nous appelons confirmée ; et, afin de l'entendre sans peine, posez pour fondement cette vérité, qu'il y a une différence notable entre la, mort considérée selon la nature et la mort considérée et envisagée selon les connaissances que la foi nous donne. La mort considérée selon la nature, c'est la destruction totale et dernière de tout ce qui s'est passé dans la vie : In illa die peribiint omnes cogitationes eorum ^ Il regardait la mort selon la nature; mais, si nous la considérons d'une autre manière, c'est-à-dire selon les lumières dont la foi éclaire nos entendements, nous trouverons. Chrétiens, que la mort, au lieu d'être la destruction de ce cjui s'est passé dans la vie, en est plutôt la confirmation et la ratification dernière. C'est pourquoi [TF^sprit-Saint] a dit : [« In quocumque loco] cecidcrit lignum, ibi erit - : Où l'arbre sera tombé, il y demeurera pour toujours. » C'est-à-dire : tant que l'homme est en cette vie, la malice la plus obstinée peut être changée par la pénitence, la sainteté la plus pure peut être abattue par la convoitise. Gémissez, fidèles serviteurs de Dieu, de vous voir en ce lieu de tentations, où votre persévérance est toujours douteuse, à cause des combats continuels où elle est exposée à tous moments.

Mais quand est-ce que vous serez fermes et éternellement immuables dans le bien que vous aurez choisi ? Ce sera lorsque la mort sera venue confirmer et ratifier ])our jamais le choix que vous avez fait sur la terre de cette meilleure part qui ne vous sera plus ôtée ^ : grand privilège de la mort, qui nous affermit dans le bien, et c|ui nous y rend immuables. Que si vous voulez savoir, Chrétiens, d'où lui vient cette belle prérogative, je le vous dirai en un mot par une excellente doctrine de la

LPs. CXLV, 4. Avec inexactitude dans le texte, 2. Eccl., x(, "f. — Ms. : (( ... leSau- t'omnie dans l'attribution. Cette paveur a dit: Ubi ceciderit arbor, ibi rôle ne .se lit pas dans l'ÉTangile. uerit. — Citation faite de mémoire, ii. Luc, x. 42.

J48 s en I.A MORT

divine Kpître aux Hébreux. Saint Paul nous y enseigne^ mes Frères, que la nouvelle alliance que Jésus-Christ a contractée avec nous, n'a été confirmée et ratifiée que |)ar sa mort à la croix '. Et cela, pour quelle raison? ("est à cause, Hit ce grand apôtre, que cette mort est un testament: Novum icsianuntum^ ; et nous savons j)ar expérience que le testament n'a de force qu'après la mort du testateur. Mais, quand il a rendu l'esprit, aussi le testament est invariable : on n'y peut ni ôter ni diminuer : Ncjno dctrahit, aut siipcrordinat ^. Et c'est pour cela. Chrétiens, C|ue notre Sauveur nous apprend lui-même qu'il scelle son testament par son sang: Novum testamentmn in meo sanguine*. Jésus-Christ fait son testament ; il nous laisse le ciel jiour notre héritage, il nous laisse la grâce et la rémission des péchés ; bien plus, il se donne lui-même. Voilà un présent merveilleux. Mais il meurt sans le révoquer; au contraire, il le confirme encore en mourant. Cette donation est invariable et éternellement ratifiée par la mort de ce divin testateur. Reconnaissez donc. Chrétiens, que la mort de Notre-Seigneur est une bienheureuse ratification de ce qu'il lui a plu de faire pour nous ; mais il veut aussi en échange que notre mort ratifie et confirme ce C|ue nous avons fait pour lui. Il a confirmé par sa mort le testament par lequel il se donne à nous : il ne s'y peut jJus rien changer; et il demande aussi. Chrétiens, que nous confirmions par la nôtre le testament par lequel nous nous sommes donnés à lui. Ce qui se pouvait changer avant notre mort devient éternel et irrévocable aussitôt que nous avons expiré dans les sentiments de la foi et de la charité chrétienne. C'est pourquoi, ô morts bienheureux, qui êtes morts en Notre-Seigneur, dans la participation de ses sacrements, dans sa grâce, dans sa paix et dans son amour, j'ai dit que votre sainteté était confirmée. Votre mort a tout confirmé ; et, en vous tirant du lieu fie tentations, elle vous a affermis en Dieu pour l'éternité tout entière.

1. Hebr.. ix, 15, 10, 17. An grec (yMiTi'.). Ta Yulgate porte:

'J. I Cor., .XI, 2-î. j\V»i') fpernit...

:î. Galat.. Hi, 15. — Pcforis re- 4. Luc, xxil, 2o. iiiarque que Bossuet suit ici la leçon

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