‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 157 sur 552 · Beau passage, supprimé pour commencement · texte numérisé non relu

Beau passage, supprimé pour commencement

abréger : « Us se sentent eux-mê- **• Première rédaction : qui l'èn-

mes quelquefois pressés, et se plai- gage,... ne laisse pas de le satisfaire,

gnent de cette contrainte ; mais, ^- ^ar. : et le pousse.

Chrétiens, ne les croyez pas ; ils se 10- Var. : aux divers emplois qui

moquent, ils ne savent ce qu'ils veu- les poussent, comme un vent, — qui

lent. Celui-là qui se plaint qu'il tra- les pressent, vaille trop, s'il était délivré de cet

quasi quadu.n Itbtitate uurw perfruiintur vago quodam desidtrio sua '.

Voilà, si je ne me trompe, une peinture assez naturelle de la vie du monde et de la vie de la cour. Que faites-vous cependant, grand homme d'aitaires, homme qui êtes de tous les secrets, et sans lequel cette grande comédie du monde manquerait d'un personnage nécessaire ; que faites-vous pour la grande affaire, pour l'affaire de l'éternité? C'est à l'affaire de l'éternité que doivent [p. v] céder tous les emplois; c'est à l'affaire de l'éternité que doivent servir tous les temjis. Ditesmoi, en quel état est donc cette affaire? — Ha! pensons-y^, direz-vous. — Vous êtes donc averti que vous êtes malade dangereusement, puisque vous songez enfin à votre salut. Mais, hélas ! que le temps est court pour démêler une affaire si enveloppée que celle de vos comptes et de votre vie ! Je ne parle point en ce lieu, ni des douleurs qui vous pressent ^, ni de la crainte qui vous étonne, nî des vapeurs qui vous offusquent : je ne regarde que l'empressement. Écoutez de quelle force on frappe à la porte ; on la rompra bientôt, si l'on n'ouvre. Sentence sur sentence, ajournement sur ajournement, pour vous appeler devant Dieu et devant sa Chambre de justice. Écoutez avec quelle presse* il vous parle par son prophète ^ : La fin est venue-, la fin est venue ; maintenant la fin est sur toi, et j'envoierai ma fureur contre toi, et je te jugerai selon tes voies ; et tu sauras que je suis le Seigneur^. — O Seigneur, que vous me^ pressez! — Encore une nouvelle recharge : La fin est venue, la fin est venue * : la justice, [p. vi] que tu croyais endormie, s^est éveillée contre toi; la voilà qu^elle est à la

^.S. Aiig., in Fs. cxxxvi, 9. — gnant),pour la refaire telle que nous

Bossuet écrit ut an lieu de tanquam. la donnons dans le texte.

2. Var. : j'y veux penser. 4. Ce mot ne satisfait pas Bossuet.

o. Var. : ni de la maladie qui vous Souligné, mais non remplacé,

accable. — Une première rédaction, ô. Ezech., vu, 2-4.

(l'abord ainsi conçue : ((. ni de la ma- 6. En marge le latin : Finis vtnit,

ladie qui vous accable, ni des vapeurs ■venit finis .. niinc finis super te. Et

(jui vous offusquent, ni de la crainte immitlam fiirorem meum in te.... et

qui vous étonne, ni de votre famille .''cietis quia ego Dominus. (Ezech.,

qui vous distrait, » est ensuite dis- vir, 2-4.)

tribuée dans l'ordre suivant au 7. Var. ; nous,

moyen de chiffres sur chacjue mem- 8. Eu marge: Finis venit, venit

bre de phrase 2, 4, 3, 1. Délinitive- finis; evigilavit adversum te; ecce

ment Bossuet .'efface (en souli- venit. {Jbid., G.)

porte. Ecce venit. Le jour de vengeance est prociie. '^l'outes les terreurs te semblaient vaines, et toutes les menaces trop éloignées ; et viaintenant, dit le Seigneur, je te frapperai de près, et je mettrai tous tes crimes sur ta tête, et tu sauras que je suis le Seigneur qui frappe \ Tels sont, Messieurs, les ajournements par lesquels Dieu nous appelle à son tribunal et à sa Chambre de justice. Mais enfin voici le jour qu'il faut comparaître : Ecce dies, ecce venit, egressa est contritio ". L'ange qui préside à la mort recule d'un moment à l'autre, pour étendre le temps de la pénitence ; mais enfin il vient un ordre d'en haut: Fac conclusioîiem^ : Pressez ; concluez ; l'audience est ouverte, le juge est assis ; criminel, venez plaider votre cause. Mais que vous avez peu de temps pour vous préparer^ ! Ha ! que vous jetterez de cris superflus ! Ha ! que vous soupirerez amèrement après tant d'années perdues! Vainement, inutilement: il n'y a plus de temps pour vous; vous entrez^ au séjour de l'éternité. Je vous vois étonné ^ et éperdu en présence de votre juge; mais regardez encore vos accusateurs : ce sont les pauvres qui vont s'élever contre votre dureté inexorable.

Troisième Point.

[P. 1] J'ai remarqué. Chrétiens, que le grand apôtre saint Paul, parlant, dans la H*' à Timothée *, de ceux qui s'aiment eux-mêmes et leurs j^laisirs, les appelle « des hommes cruels, sans affection, sans miséricorde : Imyni-

1. En marc,'e : Venit tempus, prope soleil visible qui commence et. qui

fit dlef occisionis... Nu7ic de propln- finisse les jours, les saisons, les an-

quo effundam iram meam super te..., nées. Rien ne finit en cette contrée ;

et imponam tibionuiia scelera tua... c'est le Seigneur lui-même qui va

Et scietls quia ego sum Dominus commencer de mesurer toutes choses

percutiens. (Jbid., 7-9.) par sa propre infinité. — On peut

''. Ezech., VII, 10. pardonner à Deforis, selon laremai-

'A. Ihid., 23. que de Gandar, d'avoir voulu con-

4. Ici est répétée en marge une server dans son texte ces belles phrase, qu'on ne peut pourtant pas pensées. Ajoutons qu'il vaut mieux supprimer dans la page précédente : encore courir tout droit, avec Bos- (( 0 Dieu ! que le temps est court suet, k la conclusion.

pour démêler une afliaire si enve- G. Yar. : Vous êtes étonné et éper-

ioppée que celle de vos comptes et du : vous le serez beaucoup davan-

de votre vie! n (Uf. Gandar, Choix tage, quand vous entendrez le cri

de Sermons, p. 393, n. ô.) de vos pauvres frères contre votre

5. Var. : Vous êtes au séjour de dureté inexoj»able : troisième point, l'éternité. Voyez qu'il n'y a plus de 7. II Tiia., ili, 3, 4,

tes sine affectione,... sine benignitate\... voluptatum mnatores » ; et je me suis souvent étonné d'une si ?trange contexture. En effet, cette aveugle attaclie aux plaisirs seujble d'abord n'être que flatteuse, et ne paraît ni cruelle ni malfaisante ; mais il est aisé de se détromper, et de voir dans cette douceur apparente une force maligne et pernicieuse. Saint Augustin nous l'explique par cette comparaison : Voyez, dit-il ^, les buissons hérissés d'épines, qui font horreur à la vue; la racine en est douce et ne pique pas ; mais c'est elle qui pousse ces pointes perçantes qui ensanglantent^ les mains si violemment : ainsi l'amour des plaisirs. Quand j'écoute parler les voluptueux dans le livre de la Sapience, je ne vois rien de plus agréable ni de plus riant : ils ne parlent que de fleurs, que de festins, que de danses, que de passetemps : « Ccronemus nos rosis * : Couronnons nos têtes de fleurs, avant qu'elles soient flétries. » Ils invitent tout le monde à leur bonne chère, et ils veulent leur faire part de leurs plaisirs : Nemo nostrum exsors sit luxuriœ nostrse^. Que leurs paroles sont douces! que leur humeur est enjouée ! que leur compagnie est désirable ! Mais, si vous laissez pousser cette racine, les épines sortiront bientôt ; car écoutez la suite de leurs discours : « Opprimons, ajoutent-ils, [p. 2] le juste et le pauvre : Oppriviamiis pauperem jiistmn "^ ». « Ne pardonnons point à la veuve, » ni ^ à l'orphelin. Quel est,Messieurs,ce changement, et qui aurait jamais attendu d'une douceur si plaisante une cruauté si impitoyable? C'est le génie de la volupté : elle se plaît à opprimer le juste et le pauvre, le juste qui lui est contraire, le pauvre qui doit être sa proie; c'est à dire: on la contredit, elle s'effarouche; elle s'épuise elle-même, il faut bien qu'elle se remplisse par des pilleries ; et voilà cette volupté si commode, si aisée et si indulgente, devenue cruelle et insupportable. Vous direz sans doute. Messieurs, que vous êtes bien éloignés de ces excès ; et je crois facilement qu'en cette assemblée, et à la vue d'un roi si juste, de telles inhumanités n'oseraient paraître : mais sachez que l'oppres-

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