‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 244 sur 552 · SUR LARDEUR DE LA PÉNITENTE · texte numérisé non relu

SUR LARDEUR DE LA PÉNITENTE

^lercredi de la Passion, 29 mars 1G62.

« Cp discours', où respirent toutes les tendresses de la charité chrétienne, est un des phis beaux que Bossuet nous ait laissés, » dit (îandar en l'introduisant dans son Choix de sprnionx (p. 483). La préférence, on le verra, était justifiée. Seulement le savant éditeur avait tort de croire qu'il n'y avait « presque rien à chanjrer » dans les anciennes éditions. Ainsi on peut s'éton ner que les deux premières phrases, addition m.Trixinale qui donne au début un caractère si saisissant, ne figurent ni dans son texte, ni même dans les notes.

Et. ecce muller, quse erat ni civitate peccalrix, vt cngnorit qunri accuhiiisset iu domn pharissei, attulit ulabasfrum vugiienti^...

Et voici fju'tme femme connue par ses désordres dans la ville, aussitôt qu'elle eut connu ■'' que Jésus était en la maison du pharisien, elle lui apporta ses parfums, et se jeta à ses pieds, etc.

(Luc, vil, 37).

Aussitôt : quelle diHo;pnce ! ("est qu'elle sait que Jésus-Christ veut être pressé*. Jésus-Christ veut être pressé ; ceux qui vont à lui lenlenient n'y peuvent ja-

1. M?, fr. 1'2.~<2o, f. 8-3-07. In-4, manuscrit, quand il est parfaitement avec marge. intelligible. D'ailleiirs,Bo«!SUct,qiiand

2. Le texte était d'abord (f. 84) : il traduit l'Evangile, se préoccupe Vides havc midierem ? comme au bien moins de l'élégance que de la sermon jtrécédent. — Il » été chan- fidélitt' littérale.

gé pour amener le nouveau début. 4. Ces deu.x premières phrases

.".. Édit. : qu'elle eut nppris. — On sont écrites en surcharge, comme le

a voulu ain.«i faire disparaître une texte du sermon. Nous ne pensons

répétition. Bien <|u'elle provienne pas que l'ancien début : <( Jésus-

apparemment d'une inadvertance, Christ veut être pressé ; ceux... »

ce n'est pas à nous de corriger le devienne une variante.

SIR l'ardeur de la pénitence. 317

mais atteindre : il aime les âmes généreuses qui lui arrachent sa grâce par une espèce de violence, comme cette fidèle Chananée ; ou qui la gagnent promptement par la force d'un amour extrême, comme Madeleine pénitente. V^oyez-vous, Messieurs, cette femme qui va chercher Jésus-Christ jusqu'à la table du pharisien ^ ? C'est qu'elle trouve que c'est trop tarder que de différer" un moment de courir à lui. 11 est dans une maison étrangère ; mais partout où se rencontre le Sauveur des urnes, elle sait qu'il y est toujours pour les pécheurs. C'est un titre infaillible pour l'aborder, que de sentir qu'on a besoin de son secours ^ ; et il n'y a point de rebut à craindre, pourvu qu'on ne tarde pas à lui exposer ses misères.

Allons donc, mes Frères, d'un pas diligent, et courons avec Madeleine au divin Sauveur, qui nous attend depuis tant d'années ; que dis-je, qui nous attend ? qui nous prévient, qui nous cherche, et qui nous aurait bientôt trouvés, si nous ne faisions effort pour le perdre*. Portons-lui nos parfums avec cette sainte pénitente, c'est-à-dire de saints désirs ; et allons répandre à ses pieds des larmes pieuses. Ne différons pas un moment de suivre l'attrait de sa grâce ; et, pour obtenir cette promptitufle, qui fera le sujet de ce discours, demandons la grâce du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge. [/Ive.]

Une lumière soudaine et pénétrante brille aux veux de Madeleine : une flamme toute pure et toute céleste commence à s'allumer dans son cœur ; une voix s'élève au fond de son âme, qui l'appelle, par plusieurs cris redoublés, aux larmes, aux regrets, à la pénitence. Fl!e est troublée et inquiète ; sa vie passée lui déplaît, mais elle a peine à changer si tôt : sa jeunesse vigoureuse "' lui demande encore quelques années ; ses anciens attacliements lui reviennent, et semblent se plaindre en

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