DANS L'OCTAVE DE NOËL
Aux Carmélites de la rue du Bouloi, 30 décembre 1G63.
Il ne nous est parvenu que deux fragments pour représenter un Avent partiel, prêché par Bossuet en 1603, aux Carmélites de la rue du Bouloi, à l'aris. D'après La liste véritable et générale..., il devait partager cette station avec un des prédicateurs favoris de la reine mère, François Faure, évêque d'Amiens. Ce qui a été conservé dans l'œuvre de Bossuet n'est qu'une prolongation, pour ainsi dire, de cet Avent : une esquisse pour le dimanche dans l'octave de Noël, et une autre pour le mardi suivant, jour de la Circoncision.
Dans la première de ces deux circonstances, la petite communauté, qui d'abord n'avait été qu'une maison de repos et une sorte d'infirmerie pour les Sœurs malades du grand couvent du faubourg Saint-Jacques, fêtait avec solennité la faveur qui venait de lui être accordée, grâce à la protection déclarée des deux reines, Anne d'Autriche et Marie-Thérèse, de former un nouveau monastère, ayant un gouvernement propre et une existence in^ dépendante. « Le 30 décembre, dit la Gazette (du 5 janvier 1664), la reine mère alla avec la reine au couvent de la rue du Bouloi, où Leurs Majestés entendirent Vêpres et la prédication de l'abbé Bossuet, dont elles furent très satisfaites. »
Dans les notes trop incomplètes i que l'orateur a jetées confusément sur le papier, il n'y a que des allusions assez lointaines au sacrifice que le divin Enfant veut recevoir « de la main des grands. »
Erat pater ejus et tnater niiraiitcS'. Son père et sa mère étaient étonnés.
(Luc, ir, 33.)
Je remarque dans rtivangile que le caractère particulier des nivsitères de la sainte enfance de Jésus-Christ notre Sauveur, c'est d'imprimer dans les âmes, par leur profondeur, par leur simplicité, par leur sainteté, un
1. Ms. fr. 12821, f. 270. jours, ajoutait (f. 271) : u super his
2. Le texte se borne à ces six mots, qnœ dicehavlnr de illo... de.= choses en tête de l'avant- propos; le second qui se disaient de lui.» (Ms. : Eexorde, écrit le preinier, comme tou- rant...}
Sermons de Bossuet.— IV, 33
514 Sl'R LES MYSTÈRES
t-toiiiiement iiilime et secret des voies inconnues de Dieu et de^a sagesse cachée. Un enfant naît dans une étable, pauvre, inconnu, méprisé ; et toutefois, ô prodige ^ ! le ciel et la terre s'en remuent, les anges descendent, une étoile " brille, les pasteurs le font connaître dans Bethléem, les Mages dans la ville royale, Siméon et Anne dans le Temple même. Ceux qui sont de loin le cherchent ; ceux qui sont près le méconnaissent ou le persécutent. Dieu fait des miracles inouïs pour le découvrir, et dans la suite il en fait de non moins surprenants pour le cacher. Le ciel se déclare en sa faveur, et à peine peut-il trouver un asile dans toute la terre. On lui prédit tout ensemble et des grandeurs extraordinaires et des humiliations terribles. Que peut faire une âme religieuse dans un si grand mélange de choses si sagement rassemblées, sinon de se laisser jeter insensiblement avec Joseph et Marie dans cette sainte admiration que je lis dans mon évangile ? « Erat ^ pater ejus et mater mirantes : Son père et sa mère étaient étonnés. » Je ne j)uis vous dire, mes Sœurs, combien de grâces étaient renfermées dans cet étonnement sacré : un recueillement très profond, une secrète attention à ce qui se passe, une attente respectueuse de je ne sais ciuoi de grand "* qui se prépare, une dépendance absolue des desseins cachés (le Dieu ^, un abandon aveugle à sa grande et occulte providence. Voilà les saintes dispositions, ou plutôt voilà les grandes vertus qui sont renfermées dans cette admiration de la sainte Vierge : erant nnrantes ; et j'espère que nous entrerons dans ces mêmes sentiments par son entremise, que [nous] lui allons demander avec les paroles de l'Ange : Ave.
Qui est celui, dit le Sage, qui a meauré les hauteurs du ciel et les profondeurs de Vahime^? C'est-à-dire qui est celui qui a pu comprendre ^ et les grandeurs infinies d'un Dieu considéré en lui-même, et les profondes bas-