‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 407 sur 552 · ESQUISSE DU PANÉGYRIQUE DE SAINT SULPICE · texte numérisé non relu

ESQUISSE DU PANÉGYRIQUE DE SAINT SULPICE

Nos autem non spiritiini liujus mutidi accepimus, sed Spiritum qui ex Deo est, ut sciamus quœ a Deo donata sunt nobis.

Pour nous, nous n'avons pas reç'U l'esprit de ce monde, mais un Esprit qui vient de Dieu, pour connaître les choses qu'il nous a données.

(I Cor., II, 12.)

Chaque compagnie a ses lois, «es coutumes, ses maximes et son esprit ^ ; et lorsque nos emplois ou nos dignités nous donnent place dans quelque corps, aussitôt on nous avertit de prendre l'esprit de la compagnie dans laquelle nous sommes entrés. Cette grande société, que l']^criture appelle le monde, a son esprit qui lui est propre; et c'est ce que l'apôtre saint Paul appelle dans notre texte l'esprit du monde. Mais, comme la grâce du christianisme est répandue en nos cœurs pour nous séparer du monde et nous dépouiller de son esprit, un autre esprit nous est donné, d'autres maximes nous sont proposées; et c'est pourquoi le même saint Paul, parlant de la société des enfants de Dieu, a dit ces belles paroles : « Nous n'avons pas reçu l'esprit de ce monde; mais un Esprit qui est de Dieu, pour connaître les dons de sa grâce : Ut sciamus, etc. »

Si le saint que nous honorons et dont je dois prononcer l'éloge, avait eu l'esprit de ce monde, il aurait été rempli des idées du monde, et il aurait marché, connue les autres, dans la grande voie, courant après les délices et les vanités ; mais, étant plein au contraire de l'Esprit de Dieu, il a connu parfaitement les biens qu'il nous donne : un trésor qui ne se perd pas, une vie qui ne finit ))as, l'héritage de Jésus-Christ, la communication de sa gloire', la société de son trône '^. Ces grandes et nobles idées ayant effacé de son cœur les idées du monde, la cour ne l'a point corrompu par ses faveurs, ni engagé par ses attraits, ni trompé par ses espérances ; et il nous enseigne, par ses saints exemples, à nous défaire entièrement de l'esprit du monde, i)our recevoir l'esprit du

1. La même idée se trouve déjà 2. Var. : rie sa justice; — de sa

dans le sermon pour la Pentecôte grâce, (t. II, p. 493). 3. Var. : de sa gloire.

christianisme. Venez donc apprendre avijourd'hui... [Ave]

Jésus-Clirist, ce glorieux conquérant, a eu à combattre !e ciel, la terre et les enfers; je veux dire la justice de Dieu, la rage et la furie des démons, des persécutions inouïes de la part du monde. Toujours grand, toujours invincible, il a triomphé dans tous ces combats ; tout l'univers publie ses victoires. Mais celle dont il se glorifie avec plus de magnificence, c'est celle qu'il a gagnée sur le monde ; et je ne lis rien dans son Évangile, qu'il ait dit avec plus de force que cette belle parole : « Prenez courage, j'ai vaincu le monde : Confidite, ego vici mnndum ^ »

Il l'a vaincu, en effet, lorsque, crucifié sur le Calvaire, il a couvert, pour ainsi dire, la face du monde de toute l'horreur de sa croix, de toute l'ignominie de son supplice. Non content de l'avoir vaincu par lui-même, il le f^urmonte tous les jours par ses serviteurs. Il est sorti de ses plaies un esprit victorieux du monde, qui, animant le corps de l'Église, la rend saintement féconde pour engendrer tous les jours une race spirituelle, née pour triompher glorieusement * de la pompe, des vanités et des délices mondaines.

Cette grâce victorieuse des attraits du monde n'agit pas de la même sorte dans tous les fidèles. Il y a des saints solitaires, qui se sont tout à fait retirés du monde ; il y en a d'autres non moins illustres, lesquels, y vivant sans en être, l'ont, pour ainsi dire, vaincu dans son propre champ de bataille. Ceux-là, entièrement détachés, semblent désormais n'user plus du monde ^ ; ceuxci, non moins généreux, en usent comme n'en usant pas, selon le précepte de l'Apôtre ■*. Ceux-là, s'en arrachant tout à coup, n'ont plus rien à démêler avec lui ; ceux-ci sont toujouis aux mains, et gagnent de jour en jour, par un long combat, ce que les autres enijior-

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