SERMON SUR LE FAUX HONNEUR
destinés au III' dimanche, 1665.
La nuit du ii au 13 dée-enibrc, du samedi au dimanche, mourait un des personnages les plus sympatliiques de la cour, Gaston de Foix. fils aîné de la comtesse de Fleix et petit-fils de la marquise de Senecey, protectrices de Bossuet. (T,edieu, t. I, p. 93). Agé seulement de vingt-sept ans, il laissait, dit la Gazette de France, un deuil inconcevable dans toute sa famille et même en cette cour, par ses belles qualités.
Bossuet, en vrai disciple de saint Vincent de Paul, s'était établi au chevet du malade. « Celui-ci, rapporte Ledieu, ne voyait goutte, tant il était couvert de petite vérole : ses paupières en étaient collées et ses mains toutes gâtées. Mais, touché de componction et percé jusqu'au vif des tendres exhortations de son confesseur, il lui prenait les mains et les serrait de joie ^. » Li j)rédication de ce jour fut supprimée; et le motif en ayant été connu de tous les courtisans, la conduite de l'orateur parut encore plus éloquente que tous ses discours.
« Si Bossuet, a-t-on dit, n'a pas prêché le troisième dimanche de l'Avent, 1663, il n'a pas non plus laissé de sermon pour ce jour-là^. » D'où on conclut qu'il n'écrivait pas ses sermons à l'avance, même à la cour. Il faut retourner cet argument. Si l'auteur pouvait au besoin, conmie le mardi précédent, fête de l.i Conception, se borner à relire une de ses compositions précédentes, eu jetant seulement quelques corrections ou quelques notes sur le papier, il ne négligeait pas, pour les c-irconstances prévues, de méditer et d'écrire. Les débris d'un sermon, qu'il n'a pas prêché, sont là pour l'attester''. Bossuet, en effet, reprenant ce sujet impf)rtant, sur le faux Horiitcvr <Ju monde, dans le carême royal qu'il donna quel((ues mois plus tard, refit, sur le mémo plan, tout son discours. Il supprima alors l'ancien manuscrit, réservant seulement les exordes, dnut le premier, n'étant pas sur le même évangile, ne faisait pas double emploi.
1. Ledieu, Mémoires, \i.9îi. — Cité, notice Ju ./dm scciris, attribué par avec plus de détails daus V Histoire erreur au 111^ dimanche 1669. Nous critique de la Prédication de Bossuet, verrons ci-après qu'il est de 1665, et p. 220. pour le IX*" dimanche.
2. Lâcha», t. A'III. p. 197, dsns la .■?. Ms. fr. 12821, f. 212-216.
Miserunt J udœi ab Jerosohjmis sacprdotes et lecitas ad eum, nt infcrrogarent cum: Tu quix a?
Les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites à Jean-riptiste, pour lui demander:
Qui êtes-vous ?
(Joan., I, 19.)
Le maître de l'humilité paraîtra bientôt sur la terre : l'Église, pour nous préparer au mystère de sa naissance \ nous propose aujourd'hui l'exemple admirable de la modestie de saint Jean-Baptiste ; et par là nous devons apprendre que l'une des plus saintes dispositions que nous puissions apporter à recevoir Jésus- Clirist naissant, c'est le mépris de ce faux iionneur qui établit dan.5 le monde tant de mauvaises coutumes et tant de maximes dant^ereuses.
I/honneur du monde ^, Messieurs, c'est cette grande statue que Nabuchodonosor veut que l'on adore. Elle est d'une hauteur prodigieuse : AJtitudinc ciihitorutn se.raf^inta ^ ; parce que rien ne paraît plus grand ni plus élevé que l'honneur. Elle est toute d^or, dit l'Écriture, parce que rien ne semble plus éclatant. « Toutes les nations et tous les peuples adorent cette grande statue : Omnes tribus et linguœ adoraverunt statuam aurecim "'». tout le monde sacrifie à l'honneur; et ces fifres, et ces trompettes, et ces hautbois, et ces tambours, qui retentissent autour de la statue, ne sont-ce pas les applaudissements et les cris de joie qui. composent ce que les lu m mes appellent la gloire ? C'est donc cette grande
1 . Malgiv un déliut <|ui désifi^ne si clairement le temps de TAvent.
ledition de 1870 (à Bnr-le-Duo, chez Gruérin. par une société d'ecclésiastiques) imagine d'imputer ce sermon îiU carême (t. VII, p. l'.M).