‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 110 sur 532 · JOAN., VII · texte numérisé non relu

JOAN., VII

Les hommes, presque toujours injustes ^, le sont en ceci principalement que la vérité leur est odieuse. Ce n'est pas qu'ils ne pensent tous avoir de l'amour pour elle ; et en effet, Chrétiens, quand la vérité ne fait autre chose que de se montrer elle-même dans ses belles et adorables maximes, un cœur serait bien farouche qui refuserait son affection à sa divine beauté. Mais lorsque ce même éclat qui ravit nos yeux met au jour nos imperfections et nos défauts, et que la vérité, non contente de nous montrer ce qu'elle est, vient à nous manifester ce que nous sommes, alors, comme si elle avait perdu toute sa beauté en nous découvrant notre laideur, nous conmiençons aussitôt à la haïr ^, et ce beau miroir nous déplaît à cause qu'il est trop fidèle. Étrange égarement de l'esprit humain, que nous souffrions en nous-mêmes si facilement des maux dont nous ne pouvons supporter la vue, que nous ayons les yeux plus tendres et plus délicats que la conscience, et que, pendant que nous haïssons tellement nos vices que nous ne pouvons les voir, nous nous y plaisions tellement que nous ne craignons pas de les nourrir ^ : comme si notre âme insensée met-

1. Ce pronom est omis en tête de 2. Point, qui se lit ici (f''36\a été

l'avant-propos : mais Bossnet l'a supprimé dans la première tradnc-

ajouté, après coup, en tête du second tion Tfo 85) : et en effet il est inutile,

exorde, écrit d'abord, selon l'habi- — Plus loin, et, qui se lit ici sans

tude. Le texte et la traduction ont, variante, avait été remplacé par

il est vrai, été barrés à cet endroit, mais. .

mais par les Bénédictins, qui avaient 3. Yar. : trop souvent injustes,

entrepris de fondre ce sermon avec 4. Ms. : hair, et plus bas : hais-

celui de IfiGl : Si veritatem dico sons, et plus loin : baissent.

vobis... (même dimanche). 5. Var. : fomenter.

tait son bonheur à se tromper elle-même, et se délivrait de ses maux ^ en y ajoutant le plus grand de tous, qui est celui de n'y penser pas et celui même de les méconnaître ! C'est, Messieurs, un si grand excès qui fait que le Sauveur se plaint, dans mon texte, que le monde le hait à cause qu'il découvre ses mauvaises œuvres : et .comme il n'est que trop vrai que nous sommes coupables du même attentat que Jésus-Christ a repris dans les Juifs ingrats, j'invoquerai aujourd'hui^ toute la force du Saint-Esprit contre l'injustice des hommes qui haïssent la vérité. Et nous demanderons pour cela les puissantes intercessions de celle qui l'a conçue et qui l'a enfantée au monde ; c'est la divine Marie, que nous saluerons avec l'Ange. Ave.

Tous ceux ^ qui font mal^ dit le Eils de Dieu, haïssent la lumière et craignent de s'en approcher "^^ à cause qu'elle découvre leurs mauvaises œuvres ^ . S'ils haïssent la lumière, ils haïssent par conséquent la vérité, qui est la lumière de Dieu et la seule qui peut éclairer les yeux de l'esprit. Mais afin que vous entendiez de quelle sorte et par quels principes se forme en nous cette haine de la vérité, écoutez une belle doctrine du grand saint Thomas ^ en sa seconde partie, où il traite ^ expressément ^ cette question.

Il pose pour fondement que le principe de la haine, c'est la contrariété et la répugnance ; tellement que les hommes ne sont capables d'avoir de l'aversion pour la vérité, qu'autant qu'ils la considèrent dans cjuelque sujet particulier où elle combat leurs inclinations. Nous la pouvons considérer ^ ou en tant [p. 2] qu'elle réside en Dieu, ou en tant que nous la sentons en nousmêmes, ou en tant qu'elle nous paraît dans les autres ; et comme, en ces trois états, elle contrarie les mauvais

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