Yar. : craignent — haïssent la p
lumière, et ne s'en approchent pas. !\ Yar. : regarder.
désirs, elle est aussi l'objet de la haine des hommes déréglés et mal vivants. Et en effet, Chrétiens, ces lois immuables de la vérité sur lesquelles notre conduite doit être réglée, soit que nous les regardions en leur source, c'est-à-dire en Dieu, soit que nous les écoutions parler en nous-mêmes dans le secret de nos cœurs, soit qu'elles nous soient montrées par les autres hommes nos semblables ^, crient toujours contre les pécheurs, quoique avec des effets très différents. En Dieu, qui est le juge suprême, la vérité les condanme ; en eux-mêmes et dans leur propre conscience, elle les trouble ; dans les autres hommes, elle les confond : et c'est pourquoi partout elle leur déplaît ^.
Ainsi, en quelque manière que Jésus-Christ nous enseigne, soit par les oracles qu'il prononce dans son Évangile, soit par les lumières intérieures qu'il répand dans nos consciences, soit par les paroles [p. 3] de vérité qu'il met dans la bouche de nos frères, il a raison de se plaindre que les hommes du monde le haïssent à cause qu'il censure leur mauvaise vie. Ils haïssent la vérité parce qu'ils voudraient premièrement que ce qui est vrai ne fût pas vrai ; ensuite ils voudraient du moins ne le pas connaître ; et, parce qu'ils ne veulent pas le connaître, ils ne veulent pas non plus qu'on les avertisse. Au contraire, Messieurs, nous devons apprendre à aimer la vérité partout où elle est, en Dieu, en nousmêmes, dans le prochain : afin qu'en Dieu elle nous éclaire, en nous-même[s] elle nous excite, dans le prochain elle nous reprenne^ : et c'est le sujet de ce discours.
1. On peut être tenté de rejeter confus. Bossuet a multiplié les surdans les variantes les mot? /e,<taM^re.« charges, et les a ensuite raturées hommes. Toutefois la place de la presque toutes. Celles que nous surcharge : nos semhlohles invite à maintenons ont seules trouvé grâce, la considérer comme une addition. — Autres rédactions (en remontant
2. En marge : Oderit vecesse est par degrés à la plus ancienne) : afin ebriosvs sobrium, continentem impu- qu'en Dieu elle nous gouverne — dicus,justum iniquKs.ettanquamcon- règle, en nous même[s] elle nous scientiœ omis prœsentiam sancti eu- excite et nous éclaire — nous applijusque non sustinet (S. Hilar., /?? Ps. que — éclaire — éveille, que dans CXVTll, litt. X, n. 10. — Ms. : Contr. le prochain — dans les autres — Auxent.) elle nous reprenne et nous redresse
3. G-andar lit autrement ce pas- — avertisse. sage. Le manuscrit est ici très
Premier Point.
Les fidèles n'ignorent pas que les lois i3rimitives et invariables qui condamnent ^ tous les vices, sont en Dieu éternellement ; et il m'est aisé de vous faire entendre que la haine des pécheurs " pour la vérité s'emporte jusqu'à l'attaquer dans cette divine source. Car, comme j'ai déjà dit que le principe de la haine, c'est la répugnance, et qu'il n'y a point de plus grande contrariété que celle des hommes pécheurs avec ces lois premières et originales, il s'ensuit que leur aversion pour la vérité s'étend jusqu'à celle qui est en Dieu, [p. 4] ou plutôt qui est Dieu même ; en telle sorte, Messi«urs> que l'attache aveugle au péché porte en nous nécessairement une secrète disposition qui fait désirer à l'homme de pouvoir détruire les lois et la sainte vérité de Dieu, qui en est le premier principe. Mais, pour comprendre l'audace de cet attentat ^ et en découvrir les conséquences, il faut que je vous explique avant toutes choses la nature de la haine.
Toutefois ne croyez pas. Chrétiens, que je veuille faire en ce lieu une recherche philosophique sur cette furieuse passion ^, ni vous rapporter dans cette chaire ce qu'Aristote nous a dit de son naturel malin. J'ai dessein de vous faire voir par les Écritures divines Cjue la haine imprime dans l'âme un désir de destruction et, si je puis l'appeler ^ ainsi, une intention meurtrière. C'est le disciple bien-aimé qui nous l'enseigne en ces termes r (c Qui odit fratrem suum homicida est ^ : Celui qui hait son frère est homicide. » Il ne dit pas, Chrétiens : Celui qui répand son sang ou qui lui enfonce un couteau dans le sein ; mais : celui qui le hait est homicide, tant la haine est cruelle et malfaisante. En [p. 5] effet, il est déjà très indubitable que nous faisons mourir dans notre cœur celui que nous haïssons ; mais il faut dire de plusqu'en l'éloignant de notre cœur, nous ne le pouvons