‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 240 sur 532 · Var. : sans bornes. 9. Yar. : abominables · texte numérisé non relu

Var. : sans bornes. 9. Yar. : abominables

cantls pertinet, ut nunquam careant supplicio, qui in hac vita nunquam volnerunt carere peccato \ »

[P. 17] ï^ntrez donc ^ aujourd'hui, mes Frères, dans la profondeur de vos maux, et voyez de quel abîme Jésus-Christ vous tire. Il est temps" que nous célébrions les miséricordes de ce sauveur qui nous est offert ^ aujourd'hui contre un si grand mal; de ce puissant médiateur de la nouvelle alliance, qui s'est mis entre Dieu et nous, afin [de] porter ^ pour nous tout le poids de sa colère implacable ; qui a noyé nos péchés, non plus au fond de la mer, comme disait le prophète ^, mais dans le bain salutaire, dans le déluge précieux de son sang ; qui nous a renouvelés par sa grâce, consacrés et sanctifiés par son Saint-Esprit, qu'il a répandu en nous ^ comme un gage de vie éternelle. Accourez ici, Chi;étiens : « Magnipcate D\ominum^ mecltmi^, et exalt[emus nomen ejus in îdipsum^] : Glorifiez avec moi ^ Notre-Seigneur, et ne cessons jamais d'exalter son nom, » ce nom aimable, ce nom de Jésus, notre unique consolation et l'appui de notre espérance. Je m'en vai[s] vous raconter les miséricordes qu'il a exercées dans la rémission de nos crimes.

Quand le souverain accorde une grâce et une rémission, ou il [p. 18] relâche toute la peine, ou il la commue ; et le Sauveur se sert de ces deux manières dans la rémission de nos crimes. Par la grâce du saint baptête, il donne une entière abolition ; il fait des créatures nouvelles, sur lesquelles il répand si abondamment sa miséricorde qu'il ne réserve aucun droit ni aucune peine à sa justice ^^. Mais quand nous avons violé ce pacte sacré du baptême, manqué à la foi donnée, foulé aux pieds indignement le sang de la nouvelle alliance,

1. Z)»a?09'..lib. IV, cap. XLiv. Ms.: sieurs,» qui le suivait. C'est une Non facta.ged corda pensant... ideo variante.

sine fine peccareriint, quia sine fine 4. "Var. : donné.

vixerunt... 7it possent... sempei' in ô. Var. : et qui a porté...

peccatoîHvere...pertinetrindicantis... 6. Mich., vu, 19.

2. Var. : Il est temps maintenant, 7. Var. : qu'il nous a donné... Messieurs, que nous célébrions les 8. Ps. xxxill, 4. miséricordes... (Texte de l'édition 9. Var. : Glorifiez tous ensemble. Lâchât.) — Edit. : nous tire. — Edit. : tous ensemble avec moi.

3. Edit. : maintenant. — Ce mot. ^ 10. Edit. : à sa justice irritée. — qui est de la première rédaction, de- Épithète effacée.

vient inutile, aussi bien que « Mes-

Sermons de Bossuet.— V. 20

par lequel nous avons été rachetés et purifiés, c'est une doctrine constante qu'il se montre plus rigoureux ^, et réserve quelque peine : non que son sang ne soit suffisant pour <?mporter une seconde fois la coulpe et la peine" ; mais il [en] dispense l'application selon les ordres, de sa sagesse et suivant qu'il nous est utile pour nous retenir dans un penchant si dangereux. Il ne permet i^as ^ que nous [p. 19] sortions tout à fait des liens de la justice ; en pardonnant aux pénitents la peine éternelle qu'elle pouvait exiger, il lui laisse néanmoins qtielque prise, afin que nous ressentions par quelque atteinte les engagements malheureux et inévitables où nous nous étions jetés : « et ainsi, dit saint Augustin, il accorde tellement la grâce qu'il ne relâche"^ pas tout à fait la sévérité de la discipline : Sic impertitur largHcis: misericordiœ, ut non omittatuv scveritas disciplinsi' ^ . »

C'est pourquoi deux prisons dans l'Évangile. Une prison éternelle, où cent portes d'airain ferment la sortie, où un ^ vaste chaos ' , une immense et insurmontable séparation rend le ciel pour jamais inaccessible. Et il y a une autre prison, dont il est écrit qu'on en sortira après avoir payé jusques à la dernier [e] ^ obole ^ ; et c'est cette prison temporelle que les Pères et les saints conciles et l'ancienne tradition appellent le purgatoire.

Quoique cette peine soit bornée à un certain temps, il est aisé de comprendre, comme saint Augustin l'a remarqué ^^*, qu'elle passe de bien loin toutes celles que nous ressentons en ce corps mortel ^\ [p. 20] « Tout

1. Addition marginale (rejetée en- pas... — Les deux premiers mots ne suite dans une seconde rédaction peuvent plus être conservés, après plus développée) : pour nous retenir. les additions.

— L'auteur continuait d'abord ain- 4. Var. : qu'il n'omet pas. si... (( plus rigourenx ; car alors il ô. S. Aug., De Cont'm.^ n. 15.

ne permet pas que nous sortions 6. Les trois mots : « un vaste

tout à fait des liens de la justice. » chaos » sont une addijtion margi-

— Ici, addition interlinéaire, simple nale, au craj'on. indication d'idées qui ne sont pas 7. Luc, xvi, 26. développées: (( Mélange, tempéra- 8. L'auteur avait écrit : ((jusques ment, pour nous retenir; marquer au dernier; i) — il allait; ajouter notre ingratitude. »> u sou (!<ol) »> : il y renonce, et écrit

2. Première rédaction :... quelque (( obole », à la place. l)eine; non que son sang ne soit 0. Matth., v, 26. suffisantpour l'emporter (/v/y. .-l'ex- 10. Enarr. in 7'^■. .Nxxvii. n. H. ]iier) toute entière. 1 l.Var. : toutes les peines de cette

o. Édit. : Car alors il ne permet vie.

est ombre, tout est figure en ce monde : Figura hujus niundi^. » En l'autre, il n'est pas ainsi ^ : là s'exerce la justice, là se ressent la vérité sans mélange ^. Et c'est pourquoi le Sauveur, qui ne se lasse jamais de nous bienfaire, use encore d'une seconde commutation. La première a changé la peine éternelle en des peines temporelles ^, mais peines du siècle futur, mais peines qui ont un poids extraordinaire : il consent que nous subissions en échange les peines de cette vie.

De là les saintes sévérités de l'ancienne pénitence "*, qui soumettaient les pécheurs à de longues humiliations, à des rigueurs inouïes qui se pratiquaient sans relâche durant le cours de plusieurs années. Une profonde terreur de la justice divine leur faisait chercher quelque proportion avec ses règles rigoureuses '^ . Ainsi le cilice, les prosternements ^ , les gémissements et le pain des larmes, le renoncement à tous les plaisirs, même aux plus innocents, était ^ l'exercice des saints pénitents, qui s'estimaient trop heureux d'éviter par une si faible compensation les peines de la vie future, quoique déjà modérées, mais toujours plus insupportables que toutes celles de cette vie.

Notre extrême délicatesse ne peut encore souffrir ce tempérament : [p. 21] soldats lâches et efféminés, et indignes de marcher sous l'étendard de la croix, nous ne pouvons endurer la discipline de notre milice ; et voici que le Sauveur se relâche encore. Il fait une troisième commutation des peines que nous avions méritées. Il change les anciennes austérités en quelques jeûnes ^, quelques stations, des prières et des aumônes ; et pourvu que le cœur du moins soit percé des saintes douleurs de la pénitence et rempli de ses amertumes, il permet à son Église d'user d'indulgence. C'est la grâce du Jubilé, qui s'accorde sur la terre, et qui a son effet

Page 1