‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 284 sur 532 · Ms. : livrés (livrez). — Var · texte numérisé non relu

Ms. : livrés (livrez). — Var

358 AYENT DE SAINT-ÏHOMAS-DU-LOUYRE.

Pour joindre ces trois passages, trois caractères. Dans le premier, la puissance méprisée ; dans le second, la bonté aigrie i^ar l'ingratitude ; dans le troisième, la majesté et la souveraineté violée : et voici en trois mots [p. 3] les trois fondements de la vengeance divine ^, que le Saint-Esprit veut nous faire entendre. Vous vous êtes soulevés contre la puissance infinie, elle vous accablera; vous avez méprisé la bonté, vous éprouverez les rigueurs ; vous n'avez pas voulu vivre sous un empire doux et légitime, vous serez assujettis à une dure et insupportable tyrannie.

Premier Point.

Mais, pour procéder ~ avec ordre dans l'explication des paroles que j'ai rapportées, il les faut considérer dans leur suite. Voici la première qui se présente : [p. 4] ce Quod si nec sic volueritis... disciplinam : Que si vous ne voulez pas vous soumettre à la discipline. » Il leur met devant les yeux avant toutes choses la liberté du choix qui leur est donnée, parce que c'est cette liberté qui nous rend coupables, et dont le mauvais usage donne une prise terrible sur nous à la justice divine.

Pour entendre ^ cette vérité, il faut savoir que Dieu, qui est par nature notre souverain, a voulu l'être aussi par notre choix. Il a cru qu'il manquerait quelque chose à la gloire de son empire, s'il n'avait des sujets volontaires ; et c'est pourquoi il a fait les créatures raisonnables et intelligentes, qui, étant déjà à lui par leur naissance, fussent capables encore de s'engager à lui obéir par leur volonté, et de se soumettre à son empire par un consentement exprès '\

1. Var. : de la justice divine. s^uite d'une croix en marg'e. Bossnet

2. Première rédaction (effacée) : l'a. en effet, repris plus loin. Répétons encore une fois les paroles o. Première rédaction (effacée): delà première menace; car il faut (< Il faut donc ici vous faire entendre peser tous les mots. — Le faible à quoi nous engage noti-e liberté, et s'élève contre le fort, le fort accable combien elle nous rend responsables le faible ; le. fort offre la paix au de nos actions : et pour cela. Chréfaible, le faible veut combattre. Il tiens, posons, s'il vous plaît, ce fonn'y a plus qu'à voir qui l'emportera, dément. »

et à qui demeurera la victoire {luir.: 4. Var. : (s'engagent) outre cela

et qui sera le plus fort et le plus à le servir — avec lui ^- de nouveau puissant). — Passage marqué en- par un consentement exprès.

[P. 5] Cette vérité importante nous est magnifiquement exprimée dans le livre de Josué, où nous voyons que ce fidèle serviteur de Dieu, ayant assemblé le peuple, leur dit ces paroles : « Si vous n'êtes pas contents de servir le Seigneur, l'option vous est déférée : Optio ^ vohis datur : choisissez aujourd'hui ce qu'il vous plaira, à quel maître vous voulez servir ^ : eligite hodie quod placet, cui servir e potissimiim deheatis ^. » — Et tout le peuple répondit : A Dieu ne plaise que nous quittions le Seigneur! Au contraire, nous voulons le servir, parce que c^est lui en effet qui est notre Dieu. Josué ne se contente pas de cette première acceptation, et, reprenant la parole, il dit au peuple : ce Prenez garde à quoi vous vous engagez ; vous ne pourrez servir le Seigneur"^, ni subsister devant sa face, parce que Dieu est saint, fort et jaloux : Non poteritis servir e Domino : Deus enim sanctus et fortis semulator est ^... et il ne pardonnera pas vos crimes et vos péchés. — Et le peuple repartit : Non, il ne sera pas comme vous le dites ; mais nous servirons le Seigneur et demeurerons ses suîets. — Alors Josué leur dit ^ : Vous êtes donc aujourdUiui témoins que vous choisissez vous-mêîne[s~\ le Seigneur pour être votre [p. fi] Dieu et le servir ? — Oui, nous en sommes témoins ^ , »

Si j'entreprenais de raconter tout ce qui est à remarquer sur ces paroles, discours entier ; mais ce Cjui importe à mon sujet.

Vous jugez bien, Messieurs, que Dieu, en nous laissant l'option, ne renonce pas au droit qui lui est acquis. Il ne prétend pas nous décharo-er de l'obligation primitive que nous avons d'être à lui, ni nous déférer tellement

1. Les texte? latins sont cité=; en la surcharge. Celle-ci a été ajoutée marge. Mais on n'en saurait con- pour serrer de plus près le latin, dure, quand il s'agit de l'auditoire 3. .Tos., xxiv. 15. — Ms. : cui pode Saiat-Thomas-du-Louvre, que tissimum...

l'orateur ne les aura pas prononcés. 4. Ces six mots sont soulignés.

On a vu quelles tirades latines con- mais non ce qui suit. Apparemment

stituent la division. Du reste, nous Bossuet a commencé à effacer, et n'a

n'avons pas ici de rédaction suscep- pas voulu continuer,

tible d'être récitée de mot à mot. ô. Jos., xxiv, 16, 18. 19, 20.

2. Var. : et déterminez à qui vous 6. Note marginale : Témoin^^. Deavez résolu de vous soumettre.— vaut quel juge (?«.*(. : quelque). Maintenue dans le texte par les 7. Jos., xxrv, 22.

éditeurs, elle fait double emploi avec

le choix, que nous puissions sans révolte et sans injustice nous soustraire à son empire. Mais il veut que nous soyons aussi volontairement à lui que nous y sommes déjà de droit naturel, et que nous confirmions par un choix exprès notre dépendance nécessaire et inévitable. Pourquoi le veut-il ainsi ? Pour notre perfection et pour notre gloire. Celui à qui nous devons tout, veut pouvoir nous savoir gré de quelque chose ^ : il veut nous donner un titre pour lui demander des récompenses. Que si nous refusons notre obéissance, nous lui donnons un titre pour exiger des supplices ^.

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