‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 341 sur 532 · Épithète assez étrange. Leçon (Labb., t. II, col · texte numérisé non relu

Épithète assez étrange. Leçon (Labb., t. II, col

qui voulait dire qu'on s'égarait hors des bornes, qu'on s'échappait, qu'on sortait des Kgnes. Ce n'est pas que les iîdèles ne sussent que les puissances de l'État étaient légitimes, puisque même saint Paul leur avait appris qu'elles étaient ordonnées de Dieu \ Mais, dans cette première ferveur, l'Église respirait tellement le ciel, qu'elle ne voulait rien voir dans les siens qui ne fût céleste ; et elle était encore tellement remplie de la simplicité presque rustique de ses saints et divins pêcheurs, qu'elle ne pouvait accoutumer ses yeux à la pompe et aux grandeurs de la terre.

Il faut vous dire, Messieurs, l'opinion qu'on avait en ce temps-là des empereurs, sur le sujet de la religion. On ne considérait pas seulement qu'ils étaient ennemis de l'Église ; mais Tertullien a bien osé dire qu'ils n'étaient pas capables d'y être reçus : vous allez être étonnés de la liberté de cette parole. « Les Césars, dit-il, seraient chrétiens, si le siècle qui nous persécute se pouvait passer des Césars, ou s'ils pouvaient être Césars et chrétiens tout ensemble : Cœsares credidissent super ChristOy si aut Cœsares non essent seculo necessarii, aut si et christianipotuissent esse et Cœsares^. » Voilà, direz-vous, de ces excès de Tertullien. Eh ! quoi donc ! n'avons-nous pas vu les Césars obéir enfin à l'Évangile, et abaisser leur majesté aux pieds de la croix ? Il est vrai ; mais il faut savoir distinguer les temps. Durant les temps des combats, qui devaient engendrer les martyrs, les Césars étaient nécessaires au siècle, le parti contraire à l'Église les devait avoir à sa tête ; et Tertullien a raison de dire que le nom d'empereur et de César, qui, selon les occultes dispositions de la Providence ^, était un nom de majesté, était incompatible avec le nom de chrétien, qui devait être alors un nom d'opprobre. I^es fidèles de ces temps-là, regardant les empereurs de la sorte, n'avaient garde de corrompre leur simplicité à la Cour : il ne fallait pas craindre que les faveurs des empereurs fussent capables de les tenter* ; et leurs mains, qu'ils voyaient trempées et encore toutes

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