Cette phrase est une réminis
VOUS persuade de vous occuper souvent de cette pensée. Toutefois ce n'est pas l'ouvrage d'un homme mortel de mettre dans l'esprit des autres ces vérités importantes : c'est à Dieu de les y graver. Et comme je n'ai rien fait aujourd'hui que vous réciter ses saintes paroles, je produirai encore en finissant ce qu'il a prononcé de sa propre bouche, chap. vi du Deutéronome ^ : « Écoutez, Israël : Le Seigneur votre Dieu est le seul Seigneur. Vous l'aimerez de tout votre cœur, de toute votre âme et de toute votre force. Mettez dans votre cœur mes paroles et les lois que je vous donne aujourd'hui : racontez-les à vos enfants et les méditez en vous-même, soit [p. 41] que vous soyez assis dans votre maison, soit que vous marchiez dans le chemin ^ ; en vous couchant et en vous levant, qu'elles vous soient toujours présentes. Que mes préceptes roulent sans cesse devant vos yeux, en sorte que vous ne les perdiez jamais de vue : » Movehuntur inter oculos tuos : non comme un objet mort ^, qui n'émeut pas, mais comme un objet mouvant qui éveille les sens. Telle est la loi inviolable des anciens*. Pesez-en toutes les paroles. Elle leur commande d'avoir Dieu et ses saints commandements dans le cœur ; d'en parler souvent, afin d'en rafraîchir la mémoire ; d'y avoir toujours un secret retour ; et de ne s'en éloigner point parmi les affaires, et néanmoins de prendre un temps pour y penser à repos dans son cabinet avec une application particulière ; de s'éveiller et de s'endormir dans cette pensée : afin que, notre ennemi étant toujours attentif à nous surprendre, nous soyons toujours en garde contre ses embûches. Ne me dites pas que cette attention [p. 42] n'est d'usage que pour les cloîtres et pour là vie retirée. Ce précepte formel a été écrit pour tout le peuple de Dieu. Les Juifs, tout
1. r)euter., vi, 4 et seq. mais il en est de même de toute la
2. Le latin en marge : Sedens in remarque qui s'y rattache. (Ms. : ■domo tua et ambulans m itincre, dor- ante oculos tuos.)
miens atque consurçens. (Deuter., vi, 4. Yar. : que Dieu avait donnée 7.) — La coupe des phrases n'étant — a donnée — à nos pères. — Anpas la même dans la traduction et ciennes édit. : Telle est la loi inviodans le texte, il semble que celui-ci lable des anciens que Dieu a donnée ne devait pas être prononcé. à nos j)ères. (Et même : (( à ses pè-
B. Les quatre mots latins sont une res. » Edit. G-arnier.) note ou une addition marginale ;
charnels et grossiers qu'ils sont, reconnaissent encore aujourd'hui que cette obligation indispensable leur est imposée. Si nous prétendons, Chrétiens, que ce précepte ait moins de force dans la loi de grâce, et que les chrétiens soient moins obligés à cette attention que les Juifs, nous déshonorons le christianisme, et faisons honte à Jésus-Christ et à l'Évangile. Le faux prophète des Arabes, dont le paradis est tout sensuel, et dont toute la religion n'est que politique ^, n'a pas laissé de prescrire à ses malheureux sectateurs d'adorer cinq fois le jour ; et vous voyez combien ils sont ponctuels à cette observance. Les chrétiens se croiront-ils ^ dispensés de penser à Dieu, parce qu'on ne leur a point marqué des heures précises ? C'est qu'ils doivent veiller et prier toujours ^. Ne pensez pas que cette pratique vous soit impossible : le passage que [p. 43] j'ai récité vous en donne un infaillible moyen. Si Dieu ordonne aux Israélites de s'occuper perpétuellement de ses saints préceptes, il leur ordonne auparavant de l'aimer et de prendre à cœur son service. Aimez, dit-il, le Seigneur, et mettez en votre cœur ses saintes paroles. Tout ce que * nous avons à cœur nous revient assez de soi-même, sans forcer notre attention, sans tourmenter notre esprit et notre mémoire. Demandez à une mère s'il faut la faire souvenir de son fils unique ''. Faut-il vous avertir de songer à votre fortune et à vos affaires ? Lorsqu'il semble que votre esprit soit ailleurs, n'êtes-vous pas toujours vigilants, et toujours trop vifs et secrètement attentifs sur cette matière, sur laquelle le moindre mot vous éveille ^ ? Si vous pouviez prendre à cœur votre salut éternel, et vous faire une fois une grande affaire de celle qui devrait être [p. 44] la seule, nos "^ salutaires
1. Yar. : Le faux prophète des et vivre toujours attentif à son sa- Arabes, dont la religion n'est que lut éternel.
politique. — (Première rédaction, 4. Cette phrase venait d'abord un
complétée par des additions interli- peu plus loin, avant : « Si vous
néaires.) pouviez prendre à cœur... »
2. Édit. Lâchât: ee croiraient-ils...? 6- 'Var. : de son cher enfant.
— Cette faute n'était pas dans De- 6- La première rédaction se bor-
foris. ii^it à, ces mots: (( toujours vigilants,
3. Ces deux phrases sont une ad- toujours vifs sur cette matière. » dition marginale. — Var. : le chré- 7. Var. : les.
tien doit veiller et prier sans cesse,
SERMON SUR l'endurcissemext. 573
avertissements ne vous seraient pas un supplice, et vous penseriez de vous-même [s] mille fois le jour à un intérêt de cette importance. Mais certes, ni nous n'aimons Dieu, ni nous ne songeons à nous-mêmes, et ne sommes chrétiens que de nom. Excitons-nous enfin, et prenons à cœur notre éternité.
Grand roi, qui surpassez de si loin tant d'augustes prédécesseurs, Cjne nous voyons infatigablement occupé aux grandes affaires ^ de votre État, C[ui embrassent les affaires ^ de toute l'Europe ; je propose à ce grand génie un ouvrage plus important et un objet bien plus digne de son attention : c'est le service de Dieu et votre salut. Car, Sire, que vous servira d'avoir porté à un si haut point la gloire de votre France '^, de l'avoir rendue si puissante par mer et par terre, et d'avoir fait, par vos armes et par vos conseils, que le plus célèbre, le plus ancien, le plus noble royaume '^ de l'univers soit aussi en toutes manières le plus [p. 45] redoutable ; si, après avoir rempli tout le monde de votre nom et toutes les histoires de vos faits, vous ne travaillez encore à "" des œuvres Cjui soient comptées devant Dieu, et qui méritent d'être écrites au livre de vie ? Votre Majesté n'a-t-elle pas vu dans l'évangile de ce jour l'étonnement du monde alarmé dans l'attente du jour effroyable où Jésus-Christ paraîtra en sa majesté ? Si les astres, si les éléments, si ces grands ouvrages, que Dieu semble avoir voulu bâtir si solidement pour les faire durer toujours ^, sont menacés de îeur ruine, que deviendront les ouvrages C[u'auront élevés des mains mortelles ? Ne voyez-vous pas ce feu dévorant C[ui précède la face du juge terrible, qui abolira en un même jour et les villes, et les forteresses, et les citadelles, et les palais, et les maisons de plaisance, et les arsenaux, et les marbres, et les inscriptions, et les titres, et les histoires, et ne fera qu'un grand feu et peu après ^
1 . Yar. : des affaires. — Infatiga- 5. Var. : si vous ne faites encore hlement remplace sans cesse, qui a des œuvres...
été effacé. 6. Première rédaction (effacée) :