Jerem., VI
heureux restes ? Celui-là est inquiété, s'il n'a pas dit son chapelet et ses autres prières réglées, ou s'il manque quelque Ave Maria à la dizaine. Je ne le blâme pas, à Dieu ne plaise ! je loue dans les exercices de piété une exactitude religieuse. Mais qui pourrait supporter qu'il arrache tous les jours sans peine quatre ou cinq préceptes à l'observance du saint Décalogue et qu'il foule aux pieds sans scrupule les plus saints devoirs du christianisme ? Etrange illusion, dont l'ennemi du genre humain nous fascine ! [p. xxviii] Il ne peut arracher du cœur de l'homme le principe de religion, qu'il y voit trop profondément gravé : il lui donne, non son emploi légitime, mais un dangereux amusement, afin que, déçus par cette apparence, nous croyions ^ avoir satisfait par nos petits soins aux obligations sérieuses que la religion nous impose : détrompez-vous. Chrétiens. Priez la sainte Vierge, je vous y exhorte. Elle nous fortifiera dans les tentations. Elle nous " obtiendra du vin pour notre banquet, c'est-à-dire ou de la charité dans notre conduite, ou du courage parmi nos langueurs. Mais écoutez comme elle parle dans les noces de Cana à ceux pour lesquels elle a tant prié : Faîtes ce que mon fils vous ordonnera^. J'ai prié^ j'ai intercédé, mais faites ce qu'il vous dira; c'est à cette condition que vous verrez le miracle et l'efl:et de mes prières. Ainsi, [p. xxix] je vous dis, mes Frères : Attendez tout de Marie, si vous êtes bien résolus de faire ce que Jésus vous commandera : c'est la loi qu'elle vous prescrit ellemême.
Mais vous me dites : Où me poussez-vous ? Quitteraije donc toutes mes prières jusqu'à ce que j'aie résolu de me convertir tout à fait à Dieu, et vivrai-je, en attendant, comme un infidèle ? Non, mes Frères, à Dieu ne plaise! Dites toujours vos prières; j'aime mieux vous voir pratiquer des dévotions imparfaites que de vous voir mépriser toute dévotion et oublier que vous
1. Ms. : nous croyons. visible. Aussi v02/5,quiétait remplacé
2. Edit.: elle nous {var. : vous) par nous' dans la ligne précédente, impétrera la chasteté, qui vous est si n'a-t-il pas été corrigé ici. nécessaire. — Cette phrase est effa- 8. Latin en marge : Quodcumque cée, bien que par un trait à peine dixerit vobisjacite. (Joan., ir, 5).
êtes chrétien. Le médecin qui vous traite d'une maladie dangereuse et habituelle \ vous ordonne des remèdes forts ; mais il ordonne aussi des fomentations et d'autres remèdes plus doux ". Vous pratiquez les derniers et vous n'avez pas le courage de souffrir les autres; il vous avertit sagement que vous [p. xxx] n'achevez pas votre guérison. Vous vous irritez contre lui, ou plutôt contre vous-même, et vous lui dites que vous quitterez tout régime et que vous laisserez à l'abandon votre santé et votre vie. Il ne s'aigrit pas contre vous, et il regarde votre chagrin comme une suite fâcheuse ou plutôt comme une partie de votre mal, et il vous répond : Ne le faites pas ; prenez toujours ces remèdes, qui du moins ne vous peuvent nuire et qui peut-être soutiendront un peu la nature accablée ; mais, à la fin, vous périrez sans ressource, si vous ne faites de plus grands efforts pour votre santé. Ainsi je vous dis, mes Frères : Pratiquez ces dévotions, faites ces prières; j'aime mieux cela qu'un oubli total et de Dieu et de vous-même [s]. Mais ne vous appuyez pas sur ces légères pratiques ; elles empêchent peut-être un plus grand malheur, c'est-à-dire l'impiété toute déclarée et le mépris tout [p. xxxi] manifeste de Dieu, et c'est pour cela ^ qu'on vous les souffre ; mais sachez qu'elles n'avancent pas votre guérison et que, si vous y mettez votre appui, elles en seront bien plutôt un perpétuel obstacle. Car écoutez ce que le Saint-Esprit a dit de vos œuvres et de vos dévotions superstitieuses : Ils ne cherchent pas la justice et ne jugent pas droitement. Ils mettent leur confiance dans des choses de néant, et ils s^amusent à des vanités. La toile qu'ails ont tissue est une toile d'^ araignée; et pour cela, dit le Seigneur, leur toile ne sera pas propre à les revêtir et ils ne seront point couverts de leurs œuvres. Car leurs œuvres sont des œuvres inutiles et leurs pensées sont demeurées vaines. Ils nmrchent dans un chemin de désolation et de ruine ^.
1. Note marginale (au crayon): 4. Le latin en marge : iVon es< ^?<? La pierre. — Plus loin : des bains. rnvocet justitiam, nec qui jndicet