ESQUISSE
Le manuscrit même i nous donne l'indication du jour et de l'auditoire : ce N. C. (Nouveaux Convertis), Samedi devant le dimanche des Rameaux. » L'année n'est pas désignée; mais cette écriture d'une beauté exceptionnelle, malgré l'extrême rapidité de la rédaction, ne saurait être antérieure à 1669, ni même, croyons-nous, du commencement de cette année. Le ton dithyrambique de cet écrit convient d'ailleurs à l'époque où nous voici parvenus: « Je ne sais si j'enfanterai ce que je conçois, etc. » M. Lâchât a proposé la date de 1666; mais le samedi n'était pas jour de prédication à la Cour; cette considération seule empêcherait d'attribuer cette esquisse au Carême de Saint- Germain, lors même que l'autographe serait plus semblable à ceux de cette époque.
Nuiic judicium est mundi.
(Joan., XII, 31.)
[P. 1] Ce n'est pas' ce jugement qui sera Tétonnement de l'univers, Pefïroi des impies^, l'attente des justes, que je dois vous représenter ; ce n'est point ce Jésus qui viendra dans les nues du ciel, terrible et majestueux, qui paraîtra dans cette chaire : c'est Jésus jugé devant Caïphe et devant Pilate ; Jésus jugé, Jésus condamné ; mais, en cet état, il juge le monde, et vous le verrez sur sa croix le condamnant souverainement avec ses pompes et ses maximes. O Dieu, donnez-moi des paroles, non de celles qui flattent les oreilles et qui font louer les discours, mais de celles qui pénètrent les
1. Ms. fr. 1282.3; fos 109-170. — cond exorde, et avant tout le Par exception, la marge est très discours.
étroite ; mais c'est ici une improvi- .". Bossuet disait d'abord : « qui
sation qui ne comportait pas de fera l'eiïroi de l'univers, l'étonne-
retouches. ment des impies, l'attente... ». II
2. Par une autre exception, cet corrige au moyen de chiffres, avant-propos est écrit avant le se-
cœurs et qui captivent tout entendement sous l'autorité de votre Évangile. Ave^
Je ne sais si j'enfanterai ce que je conçois, ni si la bonne parole que le Saint-Esprit me met dans le cœur pourra sortir de ma bouche avec toute son efficace. Je suis attentif à un grand spectacle; je découvre intérieurement Jésus sur sa croix condamnant de ce tribunal et le monde et ses maximes. Il est ^ occupé de la pensée de sa Passion prochaine ; sa sainte âme en est troublée : Nunc anima [mea turhata est] . Il semble hésiter : Et quid dîcam ? A la fin, la force prévaut : Pater y clarifica nomen tuum ^ . Sur cela, une voix comme un tonnerre: Et clarlficavi, [et iterum darificahoY - Au bruit de cette voix, il semble parler avec une nouvelle force, et il prononce les paroles que j'ai récitées : Nunc judicium est mundi * ; nous enseignant par ce discours que sa croix et sa Passion sont le jugement et la condamnation du monde. C'est ce jugement que je vous prêche ; et pour vous expliquer en trois mots tout ce que j'ai à vous proposer de ce jugement, je dirai quelle en a été la forme, sur Cjnel sujet il est ^ prononcé, ciuelle en doit être l'exécution.
[Premier Point.]
Le monde établit des maximes. Elles ont toutes leur fondement sur nos inclinations corrompues. Mais le monde leur donne une certaine autorité, ou plutôt leur attribue une tyrannie contre laquelle les chrétiens n'ont pas le courage de s'élever. Ce sont comme des jugements arrêtés, et qui passent en force de choses jugées. Sur les vengeances, sur la fortune, etc.
Jésus-Christ veut condamner ces maximes, et la manière de les condamner est nouvelle et inouïe. Il se laisse