Joan., XII, 27. — Ms.: glori- peu visible
Sermons de Bossuet. — V. 41
juger par le monde, et, par l'iniquité de ce jugement, il infirme toutes ses sentences. {Voy. Car[ême] [des] Min[imes], ser[7non] 6, la fin ^.)
De là il se voit que le monde n'a pas le principe de droiture ; et c'est pourquoi ses jugements i° sont pleins de bizarreries, 2*^ n'ont point de stabilité ni de consistance. Mais vous direz que c'est le peuple emporté. Voyons ce que le monde juge dans les formes ; écoutons le jugement des pontifes et le jugement de Pilate, ceux qu'on appelle les honnêtes gens. Pilate condamne un innocent, afin d'être ami de César. Il s'est trompé : sa disgrâce sera marquée dans l'histoire ^ , et il y aura une tour qui deviendra fameuse par son exil. Voilà pourtant les honnêtes gens, ceux qui ont de grandes vues pour la Cour et j^our la fortune. Ils ont mal jugé du Fils de Dieu, et leur ambition les a corrompus, pour leur faire tremper leurs mains dans le sang du Juste.
Mais les prêtres et les pontifes ont encore un objet plus haut : ils songent à sauver l'État et l'autorité de la nation : Et non tota gens pereat ^. Sur cela, ils sacrifient Jésus-Christ à une chimère d'intérêt public. Mais ce sang, qu'ils ont répandu, est sur eux et sur leurs enfants, selon leur parole : il les poursuit, il les accable, etc. : Ut veniat super vos omnis sanguis justus, [qi/f effusus est super teiravi^]. Ils mettent le comble au crime et à la vengeance. I^e dernier trait.
Ainsi, en jugeant Jésus-Christ, tout le monde s'est trompé. Il s'est laissé juger, et l'extravagance de ce jugement criminel et insensé a fait paraître que le monde ne sait pas juger. Jésus s'est mis au-dessus de tous les jugements humains ^ ; et c'est ce qui lui donne une autorité suprême au-dessus de tous les jugements du monde. (V. le même sermon ci-dessus.)