‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 262 sur 296 · ynr. promise · texte numérisé non relu

ynr. promise

Dieu vous donne par son Fils Ji<:sus-Ciirist, apprenez aussi de l'Apôtre que, comme Ji-isus est ressuscité, ainsi devonsnous marcher en nouveauté de vie.

Commençons à montrer la ruine du péché par la grâce de la justice qui nous est donnée.

premier point.

Je tirerai (') mon raisonnement de deux excellents discours de saint Augustin :1e premier c'est le Traité XIX sur saint Jean ; le second c'est le Sei^mon X VIII des paroles de [Apôtre. Ce grand homme, aux lieux allégués, distingue en l'âme deux sortes de vie : l'une est celle qu'elle communique au corps ; l'autre est celle dont elle vit elle-même. Comme lame est la vie du corps, ce saint évêque enseigne que Dieu est sa vie. Pénétrons, s'il vous plaît, sa pensée. L'âme ne pourrait donner la vie à notre corps (^), si elle n'avait ces trois qualités : il faut premièrement qu'elle soit plus noble, car il est plus noble de donner que de recevoir ; il faut en second lieu qu'elle lui soit unie, car notre vie ne peut point être hors de nous ; il faut enfin qu'elle lui communique des opérations que le corps ne puisse exercer sans elle, car la vie consiste principalement dans l'action. Ces trois choses paraissent clairement en nous : ce corps mortel, dans lequel nous vivons, si vous le séparez de son âme, qu'est-ce autre chose, qu'un tronc inutile et qu'une masse de boue 1 Mais sitôt que l'âme lui est conjointe, il se remue, il voit, il entend, il est capable de toutes les fonctions de la vie. Si je vous fais voir maintenant que Dieu fait à l'égard de l'âme la même chose que l'âme fait à l'égard du corps, vous avouerez sans doute que tout ainsi que l'âme est la vie du corps, ainsi Dieu est la vie de l'âme (3) ; et la proposition de saint Augustin sera véritable. Voyons ce qui en est, et prouvons tout solidement par les Ecritures.

1. Ici, plus de manuscrit. Mais on trouvera dans la suite du discours des preuves nombreuses et évidentes de l'unité de l'œuvre que nous reconstituons.

2. Edit. à nos corps. — Le reste de la phrase montre l'erreur.

3. Var, que Dieu est la vie de l'âme à aussi bon titre que l'âme elle-même est la vie du corps.

Et premièrement, que Dieu soit plus noble et plus éminent que nos âmes, ce serait perdre le temps de vous le prouver. Pour ce qui regarde l'union de Dieu avec nos esprits, il y a non plus de lieu d'en douter, après que l'Écriture a dit tant de fois que « Dieu viendrait en nous, qu'il ferait sa demeure chez nous ("), que nous serions son peuple et qu'il demeurerait en nous (^') ; » et ailleurs que « qui adhère à Dieu est un même esprit avec lui (') ; » et enfin que « la charité a été répandue en nos âmes par le Saint-Esprit qu'on nous a donné ("'). » Tous ces témoignages sont clairs et n'ont pas besoin d'explication.

L'union de Dieu avec nos âmes étant établie, il reste donc maintenant à considérer si l'âme par cette union avec Dieu est élevée à quelque action de vie dont sa nature ne soit pas capable par elle-même. Mais nous n'y trouverons point de difficultés, si nous avons bien retenu les choses' qui ont déjà été accordées. Suivez, s'il vous plaît, mon raisonnement : vous verrez qu'il relève merveilleusement la dignité de la vie chrétienne.

Il n'y a rien qui ne devienne plus parfait en s'imissaiit à un être plus noble : par exemple, les corps les plus bruts reçoivent tout à coup un certain éclat, quand la lumière du soleil s'y attache. Par conséquent il ne se peut faire que l'âme s'unissant à ce premier Etre très parfait, très excellent et très bon, elle n'en devienne meilleure. Et, d'autant que les causes agissent selon la [perfection de leur être, qui ne voit que l'âme étant meilleure, elle agira mieux ? Car dans cet état d'union avec Dieu, que nous avons montré parles Iicritures, sa vertu est fortifiée par la toute-puissante vertu de Dieu qui s'unit à elle, de sorte qu'elle participe en quelcjuc façon aux actions divines. C(;la est peut-être un peu relevé: mais tâchons de le rendre sensible [)ar un exemple.

Considérez les corcU^s d'un instrument : trelles-mêmes elles sont muettes et immobiles; sont-elles touchées d'une main savante, elles reçoivent en elles la mesure et la cadence, et même elles la portent aux autres. Cette mesure et celte cadence, elles sont originairement dans l'esprit tlu m.iltre; a.Joan., XIV, 23. — h. Trvit.^ XXVI, \i. c. I Cor., Vî. 7. — d. Rem., v. $.

mais il les fait en quelque sorte passer dans les cordes, lorsque les touchant avec art, il les fait participer à son action. Ainsi l'âme, si j'ose parler de la sorte, s'élevant à cette justice, à cette sagesse, à cette infinie sainteté, qui n'est autre chose que Dieu, touchée pour ainsi dire par l'Esprit de Dieu, elle devient juste, elle devient sage, elle devient sainte; et participant, selon sa portée, aux actions divines, elle agit saintement, comme Dieu lui-même agit saintement. Elle croit en Dieu, elle aime Dieu, elle espère en Dieu; et lorsqu'elle croit en Dieu, qu'elle aime Dieu, qu'elle espère en Dieu, c'estDieu qui fait en elle cette foi, cette espérance et ce saint amour. C'est pourquoi l'Apôtre nous dit que « Dieu fait en nous le vouloir et le faire (''), » c'est-à-dire, si nous le savons bien comprendre, que nous ne faisons le bien que par l'action qu'il nous donne, nous ne voulons le bien que par la volonté qu'il opère en nous. Donc toutes les actions chrétiennes sont des actions divines et surnaturelles, auxquelles l'âme ne pourrait parvenir, n'était que Dieu s'unissant à elle les lui communique par le Saint-Esprit, qui est répandu dans nos cœurs. Davantage ('), ces actions que Dieu fait en nous, ce sont aussi actions de vie, et même de vie éternelle. Par conséquent (') on ne peut nier que Dieu s'unissant à nos âmes, mouvant ainsi nos âmes, ne soit véritablement la vie de nos âmes. Et c'est là, si nous l'entendons, la nouveauté de vie (3) dont parle l'Apôtre {^').

Passons outre {'^) maintenant, et disons : Si Dieu est notre vie, parce qu'il agit en nous, parce qu'il nous fait vivre divinement en nous rendant participant des actions divines, il est absolument nécessaire qu'il détruise en nous le péché, qui non seulement nous éloigne de Dieu, mais encore nous fait vivre comme des bêtes, hors de {^) la conduite de la raison. Et ainsi, chrétiens, élevons nos cœurs, et, puisque dans

a. Philip.^ II, 13. — b. Rom.^ vi, 4.

1. Édit. « De plus. » — Nous rétablissons la locution dont Bossuet se servait à cette date.

Page 1