SUR LE JUGEMENT DERNIER
Écrit au Collège de Navarre, 1643.
Après avoir examiné l'original de ce curieux fragment dans le cabinet de M. Choussy ('), après en avoir retourné dans tous les sens le fac-similé, publié chez Palmé en 1884 (-), je demeure convaincu que cette pièce, d'aspect unique à certains égards, est le plus ancien autographe de Bossuet qui nous soit parvenu.
J'ai démontré (Histoire critique de la Prédication de Bossuet^ p. 52) que les pensées et les expressions sont bien du grand orateur. J'ai constaté également, ce que personne ne nie d'ailleurs, que de nombreuses surcharges, ajoutées en 1665, sont du même trait que le sermon sur le Jugement dernier. Et comme on pourrait se demander si Bossuet n'a pas dicté cette page à quelque secrétaire inconnu, nous avons remarqué qu'en 1665 il n'aurait pas appelé Philippus, le père « du grand Alexandre » ; au contraire ces latinismes abondent dans les essais de sa jeunesse. A ces raisons, et aux autres, développées dans l'Appendice (p. 444) de l'ouvrage cité, ajoutons ici qu'indépendamment des corrections de 1665, que nous reproduirons à leur date, on en lit plusieurs autres, beaucoup moins différentes de la première rédaction. Là, dans une écriture un peu plus serrée par défaut d'espace, se reconnaît indubitablement le type ordinaire des manuscrits de la première époque, celui surtout des annotations rapidement tracées.
D'ailleurs le manuscrit sur le Péché d'habitude, le plus ancien après celui-ci, et dont nous donnons ci-après un fac-similé, est, lui aussi, d'aspect unique ; et, chose remarquable, il forme transition entre celui de notre exorde et tous les autres. Concluons donc que nous avons ici un reste précieux des compositions de Bossuet écolier. Ce n'est pas, croyons-nous, celle qu'un bon mot de Voiture rendit célèbre (3), mais une seconde, dont parle aussi Ledieu, dans ses Mémoires \^). Écrite à la demande de Cospéan, évoque de